Présente dans la pièce, Oulaya s'exprimait rarement, mais quand elle le faisait, chacun l'écoutait.
- Ça, je le confirme, ajoute Dior avec un sourire.
Bella-Dior, la benjamine, a 24 ans. Elle est célibataire et sans enfant. C'est elle que Mourad apprécie le plus parmi ses sœurs. Il a une confiance totale en elle. Sa douceur et sa gentillesse sont remarquables.
C'est aussi elle qui l'accompagnera pour la pré-lune de miel. C'est à elle que revient la lourde responsabilité d'observer les prétendantes et de rapporter leurs faits et gestes aux sages. Son jugement influencera directement le choix final.
- Belles peut-être, mais espérons qu'elles aient un bon comportement, rétorque Saran.
Saran, 25 ans, est divorcée et mère d'une fille. Elle ressemble à leur sœur aînée Oulaya. Toutes deux ont ce tempérament dur, presque aigre. Elles ne sont tendres ni avec Dior, ni avec les autres. Il n'y a vraiment que leur mère qui supporte leur caractère.
- Bon, je crois qu'il est temps d'aller dormir. Demain est un jour important pour notre fils, notre frère, notre neveu Mourad, déclare leur oncle.
Tout le monde se lève. Chacun se dirige vers sa chambre. Mourad, lui, se rend dans la sienne. Il s'assoit sur le lit, pensif, l'esprit en désordre.
On frappe doucement à la porte.
- Je peux entrer ? demande Dior.
- Oui, bien sûr, répond-il.
Elle s'approche de lui.
- Ça va ? Je t'ai senti tendu tout à l'heure.
- Je ne vais pas te mentir, cette histoire me monte à la tête.
- Je comprends. Mais ne t'en fais pas, Mourad. Tu sais que tu as le droit de refuser si ça ne te convient pas.
- Tu penses vraiment qu'à ce stade je peux faire machine arrière ?
- Bien sûr. Personne ne peut contester tes décisions.
- Oui, et on sait tous pourquoi...
- L'argent fait tout le travail, plaisante-t-elle en riant.
Il esquisse enfin un sourire.
- Bon, sérieusement, ne te mets pas dans cet état. Je les ai vues en photo. Elles sont toutes belles et très raffinées.
- Tu sais bien que ce n'est pas que le physique.
- Évidemment. Mais je te connais, je connais tes goûts. Et sincèrement, tu as du boulot.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Elles ont toutes un truc que tu aimes chez une femme.
- Vivement que tout ça se termine, souffle-t-il.
- Allez, repose-toi. Demain est un jour spécial.
- Bonne nuit, princesse.
- Bonne nuit, ma vie, répond-elle en lui déposant un bisou.
Elle quitte la chambre. Mourad se lève, enfile son pyjama, puis se glisse sous les draps.
•••
Dimanche, 16h23
C'était un jour particulier pour Mourad. Enfin, il allait rencontrer les prétendantes que sa famille lui avait soigneusement sélectionnées.
Jennah Al Marzouki fut la première à arriver. À vingt-sept ans, elle rayonnait d'assurance. Influenceuse suivie par des milliers de personnes, elle connaissait l'art de se présenter. Sa robe moulante couleur ivoire semblait tout droit sortie d'un shooting de mode. Elle marchait comme si le monde lui appartenait, un sourire accroché aux lèvres, consciente de son charme et de son impact.
Zaynab Al Zarqawi, la plus jeune des quatre, fit une entrée remarquée. Elle portait une robe somptueuse, signée d'un grand couturier. À vingt-quatre ans, elle avait l'allure des filles trop gâtées, les gestes précis d'une enfant du luxe. Son regard balaya la pièce avec un mélange d'ennui et de curiosité.
Khoudia Nour Al Najjar arriva en silence, vêtue d'une abaya claire au tombé parfait. À vingt-cinq ans, elle dégageait une grâce rare, un mélange de pudeur et de mystère. Voilée, discrète, elle s'effaçait presque... mais ses yeux parlaient pour elle. Elle observait chaque détail, comme si elle enregistrait tout pour plus tard.
Enfin, Lina Al Bader fit son apparition. Fière, droite, le regard déterminé. Sa robe sobre et élégante trahissait une personnalité ambitieuse, presque inaccessible. Issue d'une famille respectée, elle incarnait la stabilité, la force tranquille. Elle n'avait pas besoin de parler pour s'imposer.
Bella Dior, la sœur de Mourad, observait tout cela avec une émotion qu'elle ne pouvait cacher. Toute la famille était réunie. Les oncles, les tantes, les voisins... la maison débordait de monde. Tous voulaient voir qui prétendait au cœur de Mourad. Il était l'unique fils, le précieux, et cette étape était un honneur partagé par tous.
Beaucoup s’étaient longtemps demandé s’il allait un jour se poser. Il n’avait jamais eu de temps pour les relations. Les filles qui avaient tenté de l’approcher sans succès étaient là, assises, curieuses, parfois même envieuses.
Les prétendantes et leurs familles étaient installées. Dior les avait conduites dans le salon privé de Mourad, là où la première rencontre allait se dérouler. Chacune d’elles était magnifique à sa manière. Le choix serait difficile. Très difficile.
Khoudia Nour •
Le cœur de Khoudia battait à tout rompre. Naturellement réservée, elle n’arrivait pas à masquer son appréhension. Elle n’avait encore jamais vu Mourad en vrai. Jusqu’ici, sa vie se partageait entre souvenirs et exil ; elle vivait au Maroc chez sa tante depuis le décès brutal de son père. Ce mariage arrangé par les femmes de la famille l’avait ramenée à Dubaï.
Fille unique, Khoudia avait été élevée dans une certaine douceur, mais aussi dans un grand silence. Sa mère, discrète et pieuse, l’avait toujours protégée du tumulte du monde. Aujourd’hui, elle était là, dans cette maison pleine d’inconnus, avec l’espoir que son calme soit perçu comme une force et non comme une faiblesse.
Elle espérait sincèrement faire bonne impression. Mourad avait la réputation d’être un homme responsable, profondément attaché à sa famille. Cela suffisait à Khoudia. Elle n’avait pas besoin de luxe ni de promesses grandioses. Elle voulait juste un homme stable, capable de la comprendre et de la préserver.
Lina •
Chaque femme porte en elle une énigme. Une vérité dissimulée sous les couches de gestes, de parfums, de silences. Lina Al Bader connaissait ces vérités-là. Elle les vendait. Elle les préparait. Elle les sublimait.
Son calme n’était pas de la passivité. Il était le fruit d’une préparation méticuleuse. Elle savait exactement comment séduire un homme, comment faire vibrer ses sens sans un mot. Encens aux formules anciennes, gel intime fabriqué maison, infusions sucrées au miel, perles rares, secrets hérités d’un art ancestral… tout était prêt.
Orpheline depuis l’adolescence, elle avait été élevée par sa grand-mère, une femme respectée pour sa science des secrets féminins. Lina en avait hérité la sagesse et la stratégie. À vingt-huit ans, elle ne doutait plus de son pouvoir.
Elle attendait avec impatience le départ en pré-lune de miel. Ce moment où elle pourrait observer Mourad de plus près. Apprendre ses réactions. Comprendre ses failles. Et, peut-être, les combler une à une.
Elle était prête. Prête à tout pour conquérir ce qu’elle estimait déjà lui revenir.
Jennah •
Jennah ajusta sa chevelure soyeuse, vérifia une dernière fois l’angle de la lumière, puis captura quelques selfies dans le grand hall. Elle posta aussitôt les clichés sur ses réseaux sociaux, accompagnés d’une légende soigneusement pensée. La maison des Al Fayed était somptueuse, un mélange subtil de tradition et de modernité. Elle s’y voyait déjà, posant dans la cour intérieure, organisant des dîners chics, devenant l'épouse de Mourad.
Elle était convaincue qu’elle méritait cette place. Belle, brillante, raffinée — Jennah estimait incarner la femme idéale pour un homme comme lui. Elle avait cette allure qui attirait les regards, ce charisme qui imposait le respect. Mourad n’aurait pas besoin de chercher ailleurs.
Même les sœurs de Mourad n’avaient cessé de la complimenter. Elles semblaient déjà conquises, ce qui ne faisait que renforcer sa confiance. Les autres prétendantes, quant à elles, la dévisageaient parfois avec une étrange froideur. Jalouses, sans doute. Elles étaient jolies, certes, mais aucune ne pouvait rivaliser avec son assurance naturelle.
Jennah n’avait aucun doute : elle avait tous les atouts pour gagner le cœur de Mourad. Et dans cette compétition feutrée, elle comptait bien sortir victorieuse.
Zaynab •
Un verre de jus à la main, Zaynab observait avec discrétion les allées et venues dans la maison des Al Fayed. L’effervescence qui y régnait la mettait presque mal à l’aise. Des inconnus entraient, sortaient, s’agitaient… Tous désiraient jeter un œil aux prétendantes de Mourad, comme si elles faisaient partie d’un spectacle privé. Elle se sentait exposée, scrutée, pesée du regard.
Tout le monde ne parlait que de lui. « Est-ce que Mourad est prêt ? », « Va lui demander s’il a besoin de quelque chose… » Les murmures incessants tournaient en boucle, et elle se sentait saturée. Aucun doute : dans cette maison, Mourad était le roi autour duquel tout gravitait. Le commandant en chef de son clan.
A suivre...