Chapitre 3

1428 Words
Zaynab, bien qu’issue d’un milieu aisé, restait d’un naturel discret. Timide et réservée, elle ne parlait jamais pour ne rien dire. Pourtant, sa curiosité l’avait poussée à faire des recherches sur Mourad avant de venir. Elle n’avait trouvé aucune photo de lui. Rien. C’était étrange, surtout à leur époque. Il devait probablement se tenir loin des réseaux sociaux. Elle avait rencontré les sœurs de Mourad, et parmi elles, Dior et Soukayna lui avaient laissé une impression plutôt douce. Les deux autres en revanche, gardaient une certaine distance, voire une froideur à peine voilée. Quant aux prétendantes, elles étaient toutes très belles, mais l’une d’elles, Jennah, semblait convaincue que tout lui était déjà acquis. Son regard hautain parlait pour elle. Passer une semaine à ses côtés n’allait pas être simple. Petit à petit, Zaynab avait commencé à se détendre. Il ne restait plus que les prétendantes et les sœurs de Mourad dans le salon privé. Mourad Lui, en revanche, se faisait désirer. Voilà plus d’une heure qu’elled attendait son entrée. Pour patienter, Zaynab s’amusait à taquiner ses frères sur son téléphone, un petit plaisir qu’elle s’accordait dès qu’elle en avait l’occasion. Et soudain… la porte s’ouvrit. Un silence s’installa. Un homme entra, vêtu d’un kandura blanc impeccable. Tous les regards se tournèrent vers lui. Le fameux Mourad était enfin là. Zaynab s’était attendue à rencontrer un homme riche et sans doute élégant… mais ce qu’elle découvrit dépassait toutes ses attentes. Mourad Al Fayed, vêtu d’un kandura blanc éclatant, avait cette allure à la fois noble et assurée qui imposait le respect dès le premier regard. Leurs yeux s’étaient croisés à son entrée, et instinctivement, elle avait baissé les siens, troublée. Il était beau. Vraiment très beau. — Les filles, je vous présente votre prétendant, Mourad Yacine Al Fayed, annonça Oulaya avec un sourire étonnamment doux. Zaynab fut surprise. Depuis leur arrivée, l’aînée des sœurs de Mourad affichait une expression tendue. Elle comprit alors : ces femmes admiraient leur frère presque comme une idole. Elles le prenaient en photo sous tous les angles, au point qu’il semblait légèrement agacé. — Sortez, dit-il simplement à ses sœurs. Sa voix, grave et posée, dégageait une autorité naturelle. Zaynab crut un instant qu’il s’adressait aussi à elles tant le ton était fort. — Pardon ? protesta Saran. Mourad, on veut assister à la présentation. — Sortez, j’ai dit. Sans répliquer davantage, les quatre sœurs quittèrent la pièce. Zaynab, qui s’était inquiétée à l’idée qu’il ait autant de sœurs, fut rassurée. Il savait se faire respecter. — Pourquoi êtes-vous assises ? lança-t-il, les bras croisés. Les regards s’échangèrent entre les prétendantes. Dioulde fut la première à se lever, suivie de Jennah, puis de Khoudia. Toutes se tournèrent ensuite vers Zaynab. — Qu’est-ce que tu attends, toi ? demanda-t-il en la fixant. Elle se leva à son tour, encore confuse de ce petit manège. — Bien. Vous pouvez vous asseoir, ajouta-t-il en prenant place à son tour. Les filles regagnèrent leur place sur le canapé, encore troublées. Zaynab, elle, restait perdue. L’attitude de Mourad dégageait tant de contrôle qu’il en devenait presque déroutant. — Bon, les filles. Vous connaissez déjà mon prénom : Mourad. Je suis entrepreneur, et voilà. Sa présentation était brève, mais directe. Il parlait avec clarté et assurance. Tout semblait parfait chez lui, si ce n’était cette autorité quasi militaire qui l’enveloppait. — Mourad, tu es très beau, lança Jennah avec un sourire confiant. — Merci, c’est… ? — Jennah. — Enchanté, très belle. — Merci. Son sourire en disait long. Jennah était clairement sous le charme. — Et toi ? demanda-t-il en se tournant vers Lina. — Lina Al Bader. Je suis héritière d’un savoir ancien. Je propose des rituels de séduction orientale, transmis par ma grand-mère. Chaque femme a son charme, moi, je sais comment le révéler. Un léger froncement de sourcils apparut sur le visage de Mourad. — Oui, je suis venue pour prendre ton cœur, répondit-elle, sûre d’elle. — J’espère que ce n’est pas le cas des autres, rétorqua-t-il. — Non, ne t’en fais pas. Ce qui est naturel n’est jamais disgracieux, conclut-elle avec un sourire en coin. Mais son expression changea aussitôt. Elle avait perçu quelque chose. L’atmosphère se tendit subtilement. — Ok, et toi, c’est Khoudia Nour, si je ne me trompe pas ? — Oui… répondit-elle timidement. — Comment tu connais son prénom ? s’étonna Jennah. — Nos pères sont des cousins éloignés, je crois. J’ai été informé. Enchanté, j’aime les femmes timides. — Merci. Le visage de Jennah se crispa. Elle ne s’y attendait pas. Personne, en réalité. — Et toi ? demanda-t-il, d’un ton plus sec. — Zaynab. — Zaynab comment ? — Al Zarqawi. — Tu fais quoi dans la vie ? — Rien. — Jeune diplômée sans emploi ? — Non. Je suis fille unique, j’ai deux frères qui me gâtent comme une princesse… donc tu vois un peu. — Une pourrie gâtée ? lança Lina. — Si tu le veux, ma belle, répondit-elle du tac au tac. Mourad se leva, ouvrit un tiroir, sortit une enveloppe qu’il ramena avec lui, puis l’ouvrit calmement. — Vos passeports. Nous partons pour Doha, ce mardi. Un éclat de joie traversa le visage des prétendantes. Zaynab aussi était ravie, mais une inquiétude lui nouait le ventre. Cette histoire de mariage l’angoissait profondément. Elle ne voulait pas forcément être choisie, mais avait-elle vraiment le choix ? Elle avait entendu des choses. Que si tu n’étais pas « l’élue », il te fallait tout faire pour te faire épouser, même en seconde épouse. Et sinon… on te promettait au premier venu. — Je suis excitée à l’idée. J’ai hâte d’apprendre à te connaître, et pourquoi pas, conquérir ton cœur, déclara Jennah avec un sourire éclatant. Mourad lui rendit son sourire. Zaynab, silencieuse, priait intérieurement pour que cet homme soit juste. Pour qu’il sache faire la part des choses. Mourad venait tout juste de rencontrer les prétendantes. Il devait reconnaître qu’elles étaient toutes magnifiques, bien au-delà de ses attentes. Il ne s’attendait pas à des femmes laides non plus, mais après l’expérience désastreuse de son cousin, il était resté sur ses gardes. Car au-delà de l’apparence, c’était le mental et le comportement qui comptaient vraiment à ses yeux. Pour l’instant, il préférait ne tirer aucune conclusion. Khoudia Nour attirait naturellement son attention. Elle semblait douce, timide, presque innocente. Un profil qui lui rappelait Dior, sa sœur préférée. Lina, en revanche, le mettait mal à l’aise. Son histoire de "rituels de séduction orientale" ne lui inspirait aucune confiance. Il espérait qu’elle n’utiliserait rien sur lui. Il détestait ces pratiques, souvent chimiques, nuisibles pour la santé, et il risquait de très mal réagir si elle osait aller trop loin. Quant à Zaynab, elle l’avait laissé perplexe. Belle, c’était indiscutable. Mais son attitude, gâtée, détachée, presque arrogante, l’irritait déjà. Ce genre de femme, habituée à être traitée comme une princesse, ne l’attirait pas du tout. À l’inverse, Jennah avait un caractère qui le piquait. Élégante, très à l’aise, sûre d’elle, un peu provocante même il aimait bien cette chaleur qu’elle dégageait. Le séjour au Qatar s’annonçait mouvementé. Il était satisfait de cette première rencontre. Il espérait que les choses se dérouleraient sans accroc. Plus tard, ils avaient rejoint le reste de la famille dans le grand salon. L’ambiance était à la fête : musique, chants, danses… La maison vibrait de joie. Les invités finirent par partir, mais les prétendantes, elles, restèrent. Elles passeraient la nuit. Un souhait de la mère de Mourad qui tenait à les observer de plus près dans les jours restants avant le départ. Tous étaient rassemblés autour de la table pour le dîner. Khoudia paraissait particulièrement timide, presque effacée, peinant à toucher à son assiette. Mourad l’avait observée un moment, puis lui avait proposé de le rejoindre dans une pièce à part pour dîner au calme. Elle avait accepté sans hésiter, avec une discrétion touchante. Il la trouvait d’une douceur rare. Il la voyait un peu comme une petite sœur. Sans vraiment savoir pourquoi, il ressentait ce besoin instinctif de la protéger. C’était la première fois depuis le décès de leur père que la famille partageait un dîner aussi animé, avec autant de monde réuni autour de la table. Dior en était sincèrement émue. Voir la maison vibrer à nouveau, entendre les rires et les conversations, tout cela lui faisait chaud au cœur. Elle espérait de tout son être que son frère finirait par trouver l’élue de son cœur, et que leur foyer, marqué par tant de silences, retrouve enfin la chaleur du bonheur. A suivre...
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