La jeune femme tambourinait à la porte de son appartement, son corps secoué de tremblements incontrôlables. Elle ne pouvait pas croire à sa situation, elle ne pouvait pas être mise à la rue le soir même de la Purge ! Et pourtant c'est ce qui arrivait
Elle ne pouvait plus retourner chez elle car elle n'avait plus de chez elle, les loyers avaient augmenté et elle avait eu du retard dans le paiement du sien. Ce combo avait suffi à lui faire perdre son toit en moins de deux.
- Je vous en prie ouvrez-moi ! Vous ne pouvez pas me jeter à la rue ainsi !
Je n'ai nulle part où aller !
Elle n'obtint aucune réponse, ce qui n'était pas étonnant, les propriétaires de l'immeuble ne devaient surement pas être là
Une alarme retentit et glaça le sang de la jeune femme, cette sirène annonçait le début de la Purge et elle était dehors, livrée aux purgeurs cinglés.
Elle regrettait de ne pas avoir accepté la proposition de son ami Nyx et de s'être rendue à la Citadelle, l'immense bâtisse des Caelum dont le patriarche était le maire de la ville, mais également l'endroit le plus sûr. Seulement elle n'avait pas voulu s'imposer de la sorte, elle n'était personne pour cette famille et n'avait pas voulu en profiter, mais peut-être aurait-elle dû
Tournant le dos au bâtiment, elle s'en éloigna rapidement, elle ne savait pas ni où aller ni où se réfugier. Elle savait juste qu'elle ne voulait pas tomber entre les mains des purgeurs. Elle ne connaissait personne susceptible de l'héberger alors même que cela faisait plus d'un an qu'elle se trouvait à Insomnia. Ses parents l'avaient mise en garde envers les grandes villes et le danger qu'elles représentaient mais la vie nocturne comme journalière de cette ville l'avait attiré ici.
(Y/N) essayait tant bien que mal de faire abstraction aux bruits ambiants, la peur la prenait en tenaille et une boule de panique tentait de se frayer un chemin en elle.
- On se promène ma belle ? L'apostropha une voix masculine inconnue. Les gars regardez ça ! Une belle biche vient de se jeter dans la gueule des loups que nous sommes !
Et comme pour illustrer la métaphore qui venait d'être employée, le groupe d'hommes masqués hurlèrent à la lune. Ils se mirent à tourner autour d'elle en cercle et elle maudit sa propre bêtise pour avoir emprunté une des avenues principales du centre-ville.
La jeune femme n'avait aucun moyen de s'échapper ou de se défendre et l'étau se resserrait autour d'elle, elle allait donc mourir ainsi !
Dans une tentative désespérée de s'en sortir vivante, elle se précipita vers une ouverture qui se referma aussitôt, des mains de fer la saisirent aux avant-bras et elle se retrouva immobilisée tandis que l'homme qui avait parlé s'approcha d'elle, un couteau de chasse à la main. Il avait relevé son masque de hockey et la démence qui déformait les traits de son visage apparaissait dans toute son entièreté.
- Non je vous en prie arrêtez !
La lame glissa de son plat le long de sa joue et la sensation désagréable la fit frissonner, on lui arracha sa veste et elle se retrouva en t-shirt à manches longues ce qui accentua son frissonnement à cause du froid.
- On devrait s'amuser avec elle avant !
Une main glissa sous son haut et une langue lécha le haut de son oreille, le dégoût s'empara d'elle, non seulement elle allait mourir mais en plus elle serait souillée !
- Je vous en prie arrêtez
Elle se sentait comme hors de son corps et c'était tant mieux, le sort qui l'attendait n'était pas des plus optimistes et elle ne voulait pas y penser. Alors se déconnecter de la réalité était le seul moyen de protection qu'il lui restait.
- Allons, n'avez-vous pas entendu ce que cette jeune femme a dit ? Elle vous a pourtant demandé d'arrêter
Tous les visages se tournèrent vers le nouvel arrivant, un homme d'âge mûr aux cheveux couleur prune, ce qui était plutôt atypique. Il portait un long manteau recouvrant son corps et qui le faisait apparaître encore plus impressionnant.
Pour une raison qui échappait totalement à (Y/N), ses assaillants semblaient terrorisés par l'arrivée de cet inconnu. Ils la lâchèrent sans prévenir et détalèrent sans demander leur reste, encore sous le choc les jambes de la jeune femme ne soutinrent plus son poids et elle tomba au sol sur les genoux.
- Oh ! Et bien je suppose que c'était une expérience plutôt éprouvante !
Seulement très chère je ne peux pas te laisser au sol ainsi, d'autres viendront pour toi en t'apercevant sans défense et aussi vulnérable.
Telle une poupée de chiffon elle saisit la main tendue et se laissa entraîner à l'écart de la grande avenue en état léthargique. Elle tremblait toujours autant d'ailleurs et ne sortit de son état de choc que lorsqu'elle sentit quelque chose de chaud et qui sentait bon, être enroulé autour de son cou et de ses épaules la couvrant même jusqu'à son nez. Elle toucha le doux tissu , l'homme venait de lui passer son écharpe lui souriait doucement.
- Me...Merci de m'avoir aidé.
- Mais enfin c'était normal, je ne pouvais pas laisser ces hommes commettre quelque chose d'aussi terrible !
Tu es toute pâle, n'aies crainte il ne t'arrivera plus rien de fâcheux maintenant que tu es avec moi !
- Pourquoi m'aider ? Personne ne s'entraide pendant la Purge
- Et bien je passais dans le coin et puis surtout je refuse d'abandonner une damoiselle en détresse !
Le début de sa phrase avait donné lieu à une réponse plutôt évasive et qui n'avait pas vraiment de sens mais (Y/N) ne fit pas attention à cela, elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance mais elle le voulait, il lui avait sauvé la vie en plus.
- Merci, c'est extrêmement dangereux de votre part de me venir en aide alors que nous ne nous connaissons même pas.
- Pas besoin de me remercier, cela pourra attendre l'aube.
Le choc s'est-il quelque peu dissipé ? Je ne voudrais pas paraître désobligeant, mais nous devrions nous remettre en route. Je ne peux faire fuir toutes les hordes se trouvant à l'extérieur.
L'homme se remit à marcher et la jeune femme mit quelques secondes avant de réagir et de le suivre.
Elle n'était pas plus rassurée mais au moins elle avait un protecteur désormais, enfin à condition qu'il ne lui tourne pas le dos et se révèle être un purgeur fou
- Au fait, je m'appelle (Y/N) !
- Ravissant tout comme ce visage exprimant une telle innocence et naïveté. Mon nom est Ardyn douce créature.
Malgré sa bonne intention, cet homme n'en restait pas moins étrange et dégageait une aura bien particulière.
Un coup de feu suivit d'un cri guttural surprit la jeune femme qui se rapprocha d'un bond de son sauveur, elle se cogna alors contre son dos. Confuse et à crans elle se recula légèrement tout délivrant une profusion d'excuses qui furent accueillies par un rire.
- Il n'y a pas de mal voyons. Ne nous éloignons pas l'un de l'autre, ce serait bien regrettable sinon.
Elle hocha vigoureusement la tête de haut en bas et se rapprocha encore plus de lui, alors qu'ils se remirent à marcher, sa main agrippa un pan de l'arrière de son manteau. L'homme remarqua cette action mais ne dit rien à cela, la laissant faire, elle essayait de trouver du confort et il était la source la plus proche pour cela.
- Vous rendez-vous quelque part en particulier ?
- Pas vraiment, j'ai déjà fait ce que j'avais à faire, maintenant je n'ai plus qu'à contempler le résultat !
Le sourire déjà forcé de la jeune femme se crispa et cela ne passa pas inaperçu aux yeux d'Ardyn, qui semblait grandement amusé par une telle réaction.
- Oh je vois
- Nul besoin de s'inquiéter voyons ! Ce dont je parle c'est de ton sauvetage !
- Oh !
...Hum, pardonnez la formulation mais votre visage m'est familier et je-
Elle ne put finir sa phrase car il se retourna vivement vers elle tout en se penchant en avant, le geste la fit tituber sur quelques mètres en arrière jusqu'à ce que son dos rencontre un mur humide à cause de la fraîcheur de la soirée. Le visage du plus vieux était bien trop proche mais cette proximité lui permettait également de l'observer de plus près et elle devait bien avouer que la couleur de ses yeux était vraiment envoutante tout comme son brin de voix et son souffle chaud qui se répercutait contre sa joue. Cela n'avait rien à voir avec son agresseur, non elle n'était pas repoussée par cela bien au contraire.
- Et bien voilà quelque chose à laquelle je ne m'attendais guère, mais c'est plutôt flatteur d'être la cible d'un tel flirt.
- Quoi ?! Non, non, non, non ! Ce n'est pas! Ce n'est pas ce que vous croyez !
(Y/N) ne pouvait continuer de soutenir son regard et détourna les yeux alors qu'il se mit à nouveau à rigoler, son rire vibra contre le cou de la jeune femme qui sentit une vague de chaleur monter en elle, c'était bien le pire moment pour une telle chose
- Je plaisantais, il est naturel d'avoir l'impression de m'avoir déjà vu quelque part, après tout je suis le maire de la capitale du Nilfheim. J'ai donné de nombreuses interviews alors c'est surement de là que tu m'as vu.
La jeune femme prit quelques secondes pour assimiler l'information, l'homme qui venait de lui sauver la vie et qui avait promis de veiller sur elle n'était autre qu'une personnalité politique de la plus haute importance. Et cela ne faisait qu'encore plus l'interroger sur pourquoi il était dehors, il pouvait sans doute bénéficier d'une protection infaillible mais au lieu de profiter de ce privilège il se baladait dehors
Des gémissements se firent alors entendre, brisant ce moment, non loin de leur position. Ardyn recula et se dirigea vers ces derniers, (Y/N) n'osa pas poser une question de plus à propos de la réelle présence de l'homme dans ces rues. Il avait vu juste, elle était naïve mais pas stupide, elle savait que quelque chose clochait chez lui après tout et malgré son grand charisme, il n'avait pas pu faire fuir ces purgeurs par sa seule présence. Et maintenant qu'elle était en sécurité, du moins elle espérait, elle ne pouvait s'empêcher de se questionner sur ses véritables intentions.
Ils arrivèrent alors dans une ruelle où on pouvait distinguer un jeune homme blond se trouvant au sol, face à terre et la cheville maintenue par un câble. (Y/N) étouffa un cri, elle ne savait pas s'il était mort mais dans le cas contraire elle voulait l'aider et espérait que son compagnon d'une nuit était de cet avis également.
- Est-ce que tout va bien ?! Demanda-t-elle en s'agenouillant à ses côtés.
- F-Fuyez...
À son plus grand soulagement, il était encore en vie mais semblait épuisé et terrifié. Et il avait sans doute toutes les raisons d'être dans un tel état.
- Il faut l'aider !
Elle essaya de lui retirer son entrave mais sans lame ou pinces, c'était bien inutile…C'est alors que pour la énième fois dans la soirée, Ardyn ricana doucement, seulement ce son pétrifia le jeune homme qui se mit à trembler. La jeune femme fut surprise par une telle réaction et elle se pencha vers son visage, tapotant avec douceur sa joue.
- Tout va bien, nous allons t'aider, n'aies crainte.
Ardyn, aidons le !
- Et pourquoi cela ?
Le plus vieux s'accroupit aux côtés de (Y/N), il n'y avait aucune expression sur son visage. Il avait prononcé ces paroles avec tant de détachement et de froideur que le sang de la jeune femme s'était glacé dans ses veines.
Comment pouvait-il dire une telle chose ?! Il n'avait pourtant pas hésiter à lui venir en aide.
- Il...Car il a besoin d'aide !
- FUYEZ ! PARTEZ ! Ce rire, son rire Cria le blond
Inconsciemment (Y/N) avait eu un mouvement de recul, elle ne comprenait pas ce qui se passait mais elle n'aimait pas cette situation et sa peur revenait au galop pour mieux lui marteler les entrailles.
- Et donc ? Je ne suis pas un ange tombé du ciel pour venir en aide à ceux dans le besoin.
Désormais l'homme politique semblait ennuyé, il bailla même et se passa une main dans ses cheveux. Le blond continuait ses mises en gardes et paroles ayant peu de sens à force de les répéter.
- Mais vous...vous m'avez pourtant sauvé la vie !
- Ainsi donc, parce que je t'ai sauvé tu assumes que je devrais le faire pour tout le monde ? Tellement naïve Ma tendre (Y/N), tu es une exception, tu te débattais comme un beau diable, l'envie de vivre irradiait de tout ton être que cela en était merveilleux et magnifique ! Tu as su me toucher et raviver une flamme en moi morte depuis longtemps, mais malheureusement cette dernière c'est à nouveau éteint et tu commences à m'ennuyer.
Une dague entra dans son champ de vision, à la hauteur de ses yeux. Ardyn la tenait de façon à ce qu'elle pouvait voir le reflet apeuré de son propre visage sur la lame.
Comment avait-elle pu croire que cet homme était vraiment bienveillant envers elle ?! C'était la Purge, la loi de la jungle, l'entraide n'existait pas. Elle était seulement tombée sur un taré de plus, à la différence qu'il possédait un charme indéniable mais était également plus terrifiant que tous les autres.
L'homme se releva, les bras tendus en croix, son corps éclairé par la lumière de la pleine lune, le visage levé vers cette dernière.
- Oh mais quelle merveilleuse soirée ! Enfin la Citadelle brûle, consumée par ma rage. Le fils adoré de ce cher Régis est dehors et à la merci de tous ! Et en bonus son meilleur ami ainsi qu'une ravissante petite chose sont entre mes mains afin de me divertir.
Non, non, non ! Ne fais pas une telle tête, toi et moi nous allons bien nous amuser ma belle colombe...