Livia se tenait devant les tombes de ses parents, les mains tremblantes en serrant le bouquet de fleurs fanées qu’elle avait réussi à ramasser, son regard plongé dans le sol, comme si elle cherchait une réponse dans la terre. Le vent soufflait doucement, mais cela n’apaisait en rien son cœur en feu. Elle parla à voix basse, ses mots se mêlant à ses sanglots.
— Papa... Comment as-tu pu permettre à ton petit frère de vivre dans toute cette richesse, alors que ta propre fille se bat dans la misère ? Je suis fatiguée... tellement fatiguée. Je voudrais juste m'en aller, mais parfois je me dis que si je meurs, votre mort restera sans justice. Vous m'avez laissée seule dans ce monde, sans vous, et je me bats pour chaque souffle d'air. Je suis au bout de mes forces...
Ses yeux se fermaient sous la pression des larmes qui coulaient sans fin. Elle n'arrivait même plus à les arrêter.
— J'ai pleuré tellement de fois... mais aujourd'hui, c'est différent. Je ne sais plus si je peux encore continuer. Aidez-moi... si je me laisse aller maintenant, je sais que je n'aurai plus de raison de me relever. Mais je vous promets, je vais venger votre mort, c’est la seule chose qui me retient encore ici. Vous le savez, je le ferai.
Elle se leva lentement de la tombe de sa mère, la douleur pesant lourdement sur son cœur. Elle déposa une dernière pensée sur la pierre tombale de son père avant de se détourner. Ses jambes étaient lourdes, comme si chaque pas la menait plus loin dans une obscurité d'incertitude.
Elle marcha sans but, les mains dans les poches, le regard perdu dans la brume du matin. La solitude était son seul compagnon. Livia, une fille qui n’avait plus rien, si ce n’était son désir de justice, s'éloigna lentement du cimetière, laissant derrière elle les fantômes du passé, mais portant avec elle l'ombre de sa souffrance.
Alessandro était déjà de retour dans son palais, confortablement installé dans son fauteuil, qui semblait plus un trône qu’une simple chaise. Il était plongé dans ses pensées, les yeux fixés sur l'horizon, lorsqu'un de ses gardes du corps fit son entrée, brisant le silence.
— « Patron, nous avons suivi la jeune fille. Après avoir quitté le restaurant, elle s'est dirigée vers le cimetière. Elle a parlé à voix haute en regardant deux tombes. Il semblerait que ce soient ses parents, ceux à qui elle tenait profondément. »
Alessandro leva les yeux, intrigué. Il fixa son garde du corps avant de répondre d'une voix calme mais autoritaire.
— As-tu réussi à identifier ces personnes ?
Le garde du corps tendit un téléphone à Alessandro.
— Voici les photos, patron.
Il les observa attentivement. Les visages sur l'écran étaient familiers, mais il avait du mal à y croire. Il se leva brusquement de son fauteuil, son regard devenu glacial.
— Est-ce que vous avez identifié qui étaient ces personnes pour la jeune fille ? demanda-t-il d'une voix froide, presque menaçante.
Le garde du corps hocha la tête, son visage grave.
— Oui, monsieur. Nous avons suivi la jeune fille jusqu'à son domicile. Elle s'appelle Livia Santoro.
Le nom fit l'effet d'un coup de poing. Alessandro se figea, le sang lui montant au visage. Il se tourna brusquement vers la fenêtre, cherchant à maîtriser sa colère.
— Ce n'est pas possible… La famille Santoro a été éliminée il y a des années. Comment se fait-il que cette fille soit encore en vie ?
Le garde du corps baissa la tête, visiblement mal à l’aise.
— Nous avons vérifié, patron. Elle est vivante, et apparemment, elle connaît l'histoire de sa famille.
Alessandro serra les poings. Une colère sourde montait en lui, mais il se forçait à garder son calme. Il sortit de la pièce d'un pas rapide, se dirigeant vers son bureau. Là, il attrapa son téléphone et composa le numéro de son père.
— Papa, tu as commis une faute très grave, dit-il d'un ton glacial.
— Qu'est-ce que tu me racontes ? Alessandro Volta ne fait jamais de faute. De quoi parles-tu ? répondit son père d'une voix autoritaire.
Alessandro se força à respirer profondément avant de répondre.
— La famille Santoro… Tu te souviens d'eux ? J'ai découvert qu'ils ont laissé une fille derrière eux, et aujourd'hui, elle m'a humilié en public.
Un silence pesant s'installa à l'autre bout du téléphone. Alessandro entendit la respiration lourde de son père, signe qu’il réfléchissait. Puis, d’une voix plus grave, Vicenzo Volta répondit :
— « Impossible. Cette famille a été éradiquée jusqu’au dernier. J’ai moi-même supervisé l’opération. »
Alessandro serra les mâchoires, ses doigts crispés autour du téléphone. Son père n’avait jamais laissé place à l’erreur. S’il disait que la famille Santoro avait été anéantie, alors comment cette fille avait-elle pu survivre ?
— « Tu es sûr de toi ? » insista Alessandro, sa voix froide trahissant une pointe de frustration.
Un ricanement sec résonna dans l’écouteur.
— « Tu doutes de moi, Alessandro ? Méfie-toi, mon fils. Tu sais ce qu’il en coûte de remettre en question mes décisions. »
Alessandro ferma les yeux un instant, se retenant de répliquer. Il connaissait son père. Vicenzo Volta ne supportait pas l’insubordination, même de la part de son propre sang. Mais cette affaire le concernait directement. Il avait été publiquement ridiculisé par une fille qui, selon toutes les versions officielles, n’aurait jamais dû exister.
— « Si elle est en vie, c'est qu'on nous a menti, » déclara Alessandro après un moment de silence. « Quelqu'un l’a protégée. Et aujourd’hui, elle est là, prête à réclamer justice. »
— « Hm. » Vicenzo sembla réfléchir. « Une fille seule n’a aucune chance face à nous. Elle aboie peut-être fort, mais elle ne mordra pas. »
— « Je ne serais pas aussi sûr. Elle a défié mon autorité devant tout le monde. Et elle n’a pas peur de moi. C’est une Santoro, papa. Leur famille a toujours eu ce foutu courage suicidaire. »
Un silence tendu s’installa à nouveau avant que Vicenzo ne lâche, d’une voix tranchante :
— « Si elle devient un problème, tu sais ce qu’il te reste à faire. »
Le sang d’Alessandro se glaça. Son père venait de lui donner une autorisation tacite. Une simple phrase, mais qui portait un poids immense. Il pouvait agir comme il le voulait avec cette fille. Livia Santoro était une menace, et chez les Volta, les menaces n’étaient pas tolérées.
— « Je vais m’occuper d’elle, » déclara Alessandro d’un ton froid. « Mais pas tout de suite. Je veux savoir qui l’a aidée à survivre. Qui lui a donné des informations. Qui lui a appris à me tenir tête. »
— « Fais comme bon te semble, Alessandro. Mais ne perds pas ton temps avec des futilités. Si elle commence à fouiller trop profondément, élimine-la. »
Et sur ces mots, son père raccrocha.