Chapitre 1: Rose et Promesses
Eilish
Comme à mon habitude, je m'occupe des fleurs du jardin, mes mains délicates caressant les pétales veloutés des roses . Le Grand Duc, Ferdinand II, se tient sur le balcon de sa chambre, un verre de vin rouge à la main, son regard pesant sur moi dès l'aube. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qui se cache derrière cette attention matinale, ce sourire énigmatique qui étire ses lèvres.
Inconfortable sous son regard insistant, je tourne les talons, mes pas me guidant vers les cuisines. La pièce est vaste, un véritable théâtre de l'activité culinaire. Les murs de pierre, blanchis à la chaux, sont ornés d'ustensiles en cuivre étincelants, suspendus à des crochets. Un feu crépite dans l'immense cheminée, réchauffant la pièce et remplissant l'air d'un mélange d'arômes alléchants. Des herbes aromatiques sèchent, suspendues à des poutres en bois, et des bocaux de conserves s'alignent sur les étagères en bois brut.
__ J'ai terminé
dis-je d'une voix douce, en m'inclinant respectueusement devant Dame Marie, la gouvernante en chef. Elle est l'incarnation de l'ordre et de la discipline, sa robe sombre toujours impeccable, son tablier blanc amidonné. Ses cheveux gris, tirés en un chignon serré, ne laissent échapper aucune mèche rebelle, contrastant avec ma propre chevelure rousse indomptable.Sans un mot, elle me tend une bourse remplie de pièces d'or, son geste précis et efficace. Puis, avec la dignité d'une noble dame, elle se détourne, me laissant seule. Un remerciement silencieux sur les lèvres, je quitte les cuisines par la porte de service, comme il est coutume pour les employés.
Mais alors que je m'éloigne, je sens un regard lourd dans mon dos. Le Grand Duc Ferdinand II, toujours posté sur son balcon, ne me quitte pas des yeux. Je coupe le contact visuel, une sensation étrange me parcourant l'échine. Ses yeux gris perçants, d'une intensité presque surnaturelle, me scrutent, comme s'ils pouvaient lire au plus profond de mon âme.
Comment peut-il regarder avec une telle intensité ?
Pourquoi ce sourire étrange qui ne quitte jamais ses lèvres ?
Est-il malade ?
Je quitte les lieux à grandes enjambées, comme si un monstre me poursuivait, et me retrouve bientôt dans les rues animées de la capitale. Les calèches se croisent, les voitures se suivent en file indienne, et le brouhaha de la ville m'enveloppe. Je replace mon chapeau sur ma tête, un sourire intérieur illuminant mon visage. Et si je faisais une surprise au garçon ? Je m'arrête devant la grande boulangerie de la ville, attirée par l'odeur alléchante du pain chaud, et en ressors avec deux baguettes croustillantes et une sélection de pâtisseries. Après une longue marche, je quitte enfin la capitale et retrouve le chemin de ma maison.
De loin, je vois Oscar Porter, les sacs de farine sur le dos, se déplaçant avec une aisance impressionnante. Ses cheveux blonds retombent sur son visage, encadrant ses traits doux.
Je cours vers lui, levant les bras au ciel comme une enfant, en criant son prénom :
__Oscar !
Il se tourne vers moi, un sourire radieux éclairant son visage, et me soulève dans les airs avec une facilité déconcertante. Étourdie, je ris, et il finit par me reposer doucement, ses bras toujours autour de moi. Il dépose un b****r tendre sur mon front.
__Bonjour, ma chérie
dit-il, sa voix douce comme une caresse.
Je rougis et lui souris, le cœur battant la chamade.
__J'ai une surprise pour vous !
Il sourit et me suit sans poser de questions, curieux de ce que je lui réserve.
__Doucement...
rit-il, en s'asseyant à la table de ma cuisine.
__ J'ai des pâtisseries pour vous !
dis-je en poussant des cris de joie, comme une enfant à Noël.
__Pas la peine de crier, jeune fille
dit mon père en riant, entrant dans la pièce avec mon petit frère Karl. Malgré mes deux ans de plus, Karl me dépasse d'une tête, et contrairement à moi, il a hérité des cheveux châtains de notre père.
__Alors, qu'est-ce qu'on fête ?
demande Karl, les yeux brillants de curiosité.
__Rien de spécial
dis-je en lui tirant la langue.
__Juste une petite surprise pour Oscar.
__ Toujours à le gâter
grommelle Karl, jaloux de l'attention que je porte à Oscar.
__ Et toi, tu es toujours jaloux
répliqué-je, en lui lançant un regard noir.
__Ça suffit, les enfants
intervient notre père, en soupirant.
__ Comportez-vous correctement.
Oscar, pendant ce temps, ne cesse de m'envoyer des baisers discrets, me faisant rougir à chaque fois. Notre père, remarquant nos échanges, fronce les sourcils.
__ Oscar, mon garçon
dit-il, sa voix grave résonnant dans la pièce.
__ Je crois qu'il est temps de mettre les choses au clair. Je suis prêt à vous donner la main de ma fille.
Les yeux d'Oscar s'illuminent, et il se lève d'un bond, me prenant dans ses bras et me faisant tournoyer dans les airs. Je ris de joie, le cœur rempli de bonheur.
__ Oui !
crie-t-il, les yeux brillants de joie.
__Oui, je veux épouser Eilish !