Chapitre 5.1

1070 Words
Lya Je me gare devant la belle maison en pierre. La maison de mon père. Qu'est-ce que ça m'avait manqué de venir ici. Je sors de la voiture et toque à la porte. Je sais qu'il me dit de ne jamais toquer, mais je préfère. Histoire de ne pas le surprendre. Même s'il sait que je viens. -Tu peux entrer ma chérie, crie mon père depuis le salon, j'imagine. J'entre en allant directement à sa rencontre. Je le prends dans mes bras et il rigole à mon oreille. -Et bien, je vois que tu es ravie de venir. Ça me fait plaisir. -Oui, je suis contente de te voir. Alors, tu vois, tu arrives à marcher malgré que tu penses être vieux. Il secoue la tête et il ne peut retenir son sourire. -Tu es ma fille donc ton avis n'est pas très objectif. Je sais que je vieillis. Je ne suis pas si naïf que ça. -Allez dis plus de bêtises. Mais j'ai compris ! T'es en pleine crise de la cinquantaine. Ça doit être ça ! Ce n'est que ça d'ailleurs. -Ça doit être ça oui. Viens on se met à table. J'ai acheté des crevettes pour l'entrée. Comme tu les aimes. J'hoche la tête dans un sourire et je m'assois en face de lui, à ma place, comme d'habitude. Ma tête dérive sur la place vide en bout de table. La place de ma mère. Je ravale mon expression de dégoût et tente de ne pas y penser. Qu'elle aille au diable avec son nouveau mec. -Le travail se passe bien ? Me dit-il tandis qu'il me sert quelques crevettes. -Tout va bien de ce côté là même si la personne avec qui je travaille est très autoritaire et pense que c'est à elle de donner des ordres. Alors que nous sommes au même niveau et je n'apprécie pas trop ça. Elle n'en fait pas des masses et c'est bien ça le vrai problème, dis-je d'un soupir blasé. -Et tu ne peux pas aller voir ta patronne pour le lui dire ? Tu ne peux pas laisser cette g***e te donner des ordres surtout si elle n'est pas ta chef ou une supérieure hiérarchique, elle n'a pas à te donner des ordres chéris. Pourquoi tu ne dis rien ? -Parce que je ne veux pas créer des embrouilles et que ma chef n'a pas que ça à faire. Elle est très occupée et surtout n'en à que faire de ce genre de problème. Mais je vais essayer de lui en parler, elle sera peut-être compréhensive. -Oui discutes-en avec elle et si ça ne marche pas, même si ça doit la déranger, tu vas devoir en parler avec ta patronne. Ça sera la seule solution. Tu ne peux pas être la seule à faire tout le travail. Ça, c'est non, dit-il un peu agacé. Et je le comprends. C'est vrai que ce n'est pas à moi de tout faire et je ne vais pas vivre comme ça pendant encore longtemps. Je vais lui en parler dès demain et même si ça doit mettre un froid entre nous, ça sera comme ça. -Je vais faire ça dès demain. Il hoche la tête. -Tu veux que je nous apporte le plat ? -Si ça ne te dérange pas, je veux bien. J'ai mal aux jambes et je suis bien assis. Fais attention le plat est chaud. Ne te brûle pas. -Oui papa, je vais faire attention, ne t'inquiète pas, dis-je d'un petit sourire. Il est souvent soucieux pour pas grand-chose. Je ne peux pas le changer pour ça. Je me lève et attrape le plat dans la cuisine. Je le pose au milieu de la table et me réinstalle. -Et sinon tu as revu ta mère ces derniers temps ? Dit-il d'une voix incertaine. C'est un sujet sensible. Je n'ai pas envie de parler d'elle. Pas de cette femme qui est censée être ma mère et m'a prise pour une conne. -Non et je crois que c'est mieux comme ça. Elle prend de mes nouvelles que quand elle a besoin de l'argent et le pire, c'est que je suis trop naïve et je le lui donne. Ensuite, elle disparaît. Je ne sais même pas pourquoi je m'obstine à penser qu'elle va changer et surtout vouloir lui pardonner ses erreurs et sa manipulation. Je ne veux plus la revoir de si tôt. Il souffle et prend ma main dans la sienne. -Tu sais, je suis vraiment désolé qu'elle t'ait fait vivre tout ça. Je ne le savais pas et bordel, je m'en veux tellement. Tu étais une enfant et elle n'avait pas à te manipuler de la sorte. Je suis vraiment désolé. -Ce n'est pas ta faute papa, tu travaillais beaucoup à l'époque et c'est moi qui ne disais rien. Ne t'en veux pas pour ça. Ce n'est pas ta faute. Vraiment. Je m'en suis sorti, comme toujours, dis-je d'un sourire triste. -J'aurais dû te protéger d'elle, je ne pensais qu'elle faisait ça. Si j'avais su, je serais parti loin d'elle. Pour te protéger. Il baisse les yeux et soupire de tristesse. Je sais qu'il a beaucoup de remords avec l'enfance que j'ai passée avec ma mère. Elle ne travaillait pas, restait à la maison et j'étais ignorante à ses yeux. Et quand elle me trouvait dérangeante et elle trouvait un moyen de me tenir éloigné d'elle. Ma mère ne voulait pas de moi, je le sais, mais ça fait toujours mal de se le dire et de le réaliser trop tard. -Laisse tomber papa. On ne peut pas refaire le passé et malheureusement elle nous a manipulé et trahi. A toi aussi. Je finis mon assiette dans une ambiance un peu pesante. Je sais que ce n'était pas pour plomber l'ambiance qu'il a posé cette question, mais il sait que je n'aime pas parler d'elle. J'ai trop souffert à ces côtés et de ne plus être avec Thibault qui m'a trahis avec une autre femme, ça fait remonter les souvenirs. -Je suis désolé d'avoir posé cette question. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine à savoir si tu as de ces nouvelles ou pas. On parle d'autres choses ? Dit mon père en cassant ce silence insupportable. J'hoche la tête et nous entamons une discussion sur les actualités récentes qui passent à la télé. Tous ces jeunes qui se font tuer, c'est désolant autant que les jeunes qui tuent eux-aussi.
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