ROUND 2

911 Words
ROUND 2 nouvelle insolite Il faisait grand jour quand je me suis réveillé. J’étais seul dans le lit. Le soleil forçait derrière les volets. Pendant un moment j’ai cru que cette histoire n’avait été qu’un rêve. J’ai appelé, angoissé, en me redressant : — Pascale ? Elle est apparue au seuil de la chambre, instantanément, comme un hologramme que j’aurais commandé avec la voix. Elle était habillée. — Le petit-déjeuner est prêt. Elle s’est assise au bord du lit. J’ai passé ma main derrière sa nuque et j’ai attiré sa bouche contre la mienne, comme si je voulais m’assurer qu’elle n’était pas une apparition, mais bien de chair. Ses seins moelleux brûlants sous son tee-shirt se sont écrasés sur ma poitrine en sueur. Déjà j’ai senti que quelque chose se tramait dans mon bas-ventre. Cette fille était bien réelle. — Pourquoi tu t’es levée ? — J’ai fini de dormir. Je ne voulais pas te réveiller en montant. Mais tu as vu l’heure ? Midi ! — Quelle importance ? Au fait, tu travailles ? — De temps à autre. Le petit-déjeuner est prêt. Pendant qu’elle descendait, je suis allé dans la salle d’eau. Après avoir vidé ma vessie, je suis monté comme chaque matin sur la balance : soixante-quinze kilos huit cents. J’ai rejoint Pascale en bas. Elle m’attendait dans la cuisine, assise devant deux bols fumants. Elle avait sorti le pain de la veille, ou plutôt de l’avant-veille, le beurre, les biscottes et le grille-pain. J’étais content qu’elle se considère chez moi comme chez elle. — Où est-ce que tu planques le sucre ? elle a demandé. J’ai réfléchi une seconde, avant de réaliser. — Y a pas de sucre. Et t’as de la chance qu’il y ait du beurre, c’est pas souvent que j’en achète. Tu permets que je me prépare mon petit-déjeuner ? j’ai dit en souriant. C’est avec une curiosité accrue qu’elle m’a regardé sortir du frigo les feuilles de salade, les rondelles de tomates et le yaourt. — Comment tu peux avaler ça le matin ? elle a demandé avec une grimace de dégoût. — Je me le demande aussi. Je crois que c’est encore plus pénible que de recevoir des coups de poing. Mais si je fais pas attention, dans trois mois, je dépasse le quintal et je bousille la balance. Et surtout je dis adieu à ma carrière de boxeur. Des fois, même, quand j’ai quelques centaines de grammes à perdre, je vais dans un sauna, et je fais du shadow… je veux dire, je boxe tout seul dans la vapeur. — Contre les fantômes ? — On peut dire ça comme ça. Puis on a parlé d’autre chose. C’est là que Pascale m’a raconté en détail sa mésaventure avec Édouard et comment elle s’est retrouvée au bord de la route en pleine nuit. — Tu sais, tu peux rester ici tout le temps que tu veux. — Tu dois me prendre pour une g***e ? — Tu me prends pour un s****d ? — Non… — Super. — Mais je dois récupérer mon sac à main. — Et Édouard. — Je me fous de ce type. — Dis-lui de t’envoyer ton sac, et lui, envoie-le au diable ! — Tu ne le connais pas ! Il n’acceptera jamais. — Dis-moi où il habite et j’irai moi-même chercher ton sac. Et j’en profiterai pour casser la figure à ce sale con. Ça lui apprendra les bonnes manières. Ç’avait l’air de l’embêter que je prenne ses problèmes à cœur. — Sois gentil, elle a dit. Tu en as fait suffisamment pour moi, je n’oublierai jamais combien tu as été chic. — On parle comme ça quand on s’en va. — Je ne peux pas rester. — Tu veux dire qu’ici, c’est trop moche ? Ou que je suis pas assez bien ? Elle a secoué la tête, les yeux perdus dans son bol de café fumant. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu l’impression qu’elle avait envie de pleurer. J’ai allongé mon bras sur la table et j’ai emprisonné sa main dans la mienne. — Excuse-moi. J’aurais jamais dû te parler comme ça. — Ce n’est rien. Mais nous deux, c’est tellement… inattendu ! — Tu peux le dire ! — Tu as une petite amie ? Une galerie de visages plus ou moins reconnaissables sont passés dans ma tête. Mais c’est celui d’Abigaelle qui s’est attardé. — Pas en ce moment. Après une seconde, j’ai ajouté en riant : — C’est préférable, hein ? Elle a brusquement changé de conversation. — Il faudrait que je téléphone. Mon portable était posé sur la table. Je l’ai poussé vers elle : — J’ai une connexion Internet. Si tu veux te servir de l’ordinateur pour envoyer un mail, te gêne pas. Elle a fait comme si elle n’avait pas entendu. Elle a composé le numéro, puis elle a approché l’appareil de son oreille. C’était plus fort que moi, j’ai tendu le bras et je lui ai enlevé le téléphone de la main. J’ai coupé la communication. Elle n’a rien dit, comme si elle s’était attendue à ma réaction. Son regard ne quittait plus le mien. J’ai dit : — Reste avec moi encore un peu. Elle se taisait, se contentait de me contempler, les yeux grands ouverts. J’ai dit encore – et je ne me reconnaissais pas dans ce rôle, c’était soudainement comme si quelqu’un s’était emparé de mon corps, ou de ma tête, et agissait à travers moi, malgré moi : — Quelques jours encore. Il sera toujours temps de téléphoner à ton amie. — Je n’ai plus mon sac à main. Plus de papiers, pas d’argent, je n’ai rien à me mettre. — Tu veux que je t’amène au commissariat pour porter plainte ? — Je ne tiens pas à créer des ennuis à Édouard. Il pourrait chercher à se venger. C’est assez difficile comme ça. Au fond, il n’est pas mauvais bougre, mais je crois qu’il est un peu… Elle a tourné son index sur sa tempe. — Siphonné ? j’ai dit. — Siphonné, c’est le mot juste, oui. Il boit trop. — Comme tu voudras. Pour les papiers, c’est embêtant, mais on n’a pas besoin de montrer sa carte d’identité tous les jours. Pour le reste, j’en fais mon affaire. Alors ? — D’accord, elle a dit. Quelques jours. Je me levais pour l’embrasser quand la sonnette de la porte d’entrée a retenti. Pascale a sursauté sur sa chaise, comme si une chauve-souris venait de se faufiler dans ses cheveux. — C’est Édouard ! j’en suis sûre. Ils nous a suivis !
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