Le soleil s’inclinait doucement, teintant le ciel de nuances orangées. Les murmures des villageois emplissaient l’air lourd. La maison d’Amina débordait de monde, chacun venant présenter ses condoléances après le tragique décès de son époux. Amina, le visage dissimulé sous un voile noir, semblait perdue dans un océan de douleur.
Elle recevait les condoléances avec un sourire brisé, répondant mécaniquement aux paroles réconfortantes, alors qu’au fond, elle avait l’impression que chaque mot creusait un peu plus le vide dans son cœur. Puis, soudain, un silence étrange se propagea dans l’assemblée. Les murmures cessèrent, et tous les regards convergèrent vers une silhouette imposante qui avançait parmi la foule.
Abdoulaye.
Habillé avec élégance, ses traits fermes et son regard pénétrant captèrent l’attention de tous. Certains villageois chuchotaient, surpris de le voir ici après tant d’années.
D’autres observaient avec curiosité, se demandant ce qui allait se passer.
Amina, elle, sentit son souffle se couper. Elle n’osait pas lever les yeux, mais son cœur tambourinait dans sa poitrine, menaçant d’exploser.
Amina (dans un murmure) :
— Abdoulaye… Abdoulaye s’arrêta devant elle. Il la fixa, son regard insondable traversant le voile noir qui couvrait son visage.
Puis, sans un mot, il se pencha au-dessus du grand calebasse placé pour recueillir les dons destinés aux funérailles. Il y déposa une somme conséquente, bien plus que quiconque n’avait donné.
Les chuchotements reprirent, cette fois plus forts. Les villageois s’étonnaient de sa générosité, mais aussi de son audace.
Une vieille femme murmura :
— Il ne fait pas ça par hasard… Un homme ajouta :
— C’est lui, n’est-ce pas ? Celui qu’elle aimait avant… Amina releva doucement la tête. Leur regard se croisa, et pendant un instant, tout le reste sembla disparaître.
Abdoulaye (d’une voix calme et respectueuse) :
— Mes condoléances, Amina.
Ces simples mots, prononcés avec une intensité qui déchirait l’âme, brisèrent les dernières défenses d’Amina. Elle détourna le regard, ses mains tremblant légèrement.
Amina (faiblement) :
— Merci… Lorsqu’Abdoulaye fit enfin demi-tour et s’éloigna, Amina resta figée, les larmes coulant silencieusement sous son voile.
Ce retour inattendu, cette confrontation avec un passé qu’elle avait essayé d’oublier, l’ébranlait plus qu’elle ne voulait l’admettre.
Elle entendait encore les murmures autour d’elle, mais ils n’étaient que des échos lointains. Ce qui résonnait le plus fort, c’était la tempête dans son propre cœur, déchiré entre le chagrin de sa perte récente et les souvenirs douloureux que la présence d’Abdoulaye venait de raviver.
---Le village semblait plus petit, plus étouffant, depuis qu'Amina y était revenue. Chaque recoin lui rappelait les souvenirs de sa jeunesse, mais surtout ceux d’un passé qu’elle aurait préféré laisser derrière elle. La maison familiale était modeste, bien loin de la demeure spacieuse et lumineuse qu'elle partageait avec Samba. Là-bas, elle avait été une épouse comblée et une mère aimée, vivant des années de bonheur paisible avant que le destin ne vienne tout bouleverser.
Assise sur une natte usée dans la cour, Amina fixait l’horizon, perdue dans ses pensées. Sa fille, Yama, jouait non loin, sa petite silhouette fragile portant déjà le poids de l’absence de son père. Amina essuya discrètement une larme.
Sa mère (approchant doucement) :
— Amina, ma fille, ne reste pas comme ça. Ce que tu vis est dur, mais c’était ton destin. Tu sais que tout est écrit.
Ces mots, censés apaiser, ne faisaient que raviver la douleur.
Destinée. Ce mot pesait lourd, comme une chaîne invisible qui l’avait conduite là où elle était aujourd’hui.
Amina :
— Maman, est-ce vraiment cela qu’on appelle la destinée ?
Perdre tout ce qu’on aime ?
Sa mère soupira et s’agenouilla près d’elle, posant une main rassurante sur son épaule.
Sa mère :
— La vie ne nous donne pas toujours ce que l’on désire, mais elle nous donne ce que l’on peut supporter. Regarde autour de toi. Tu as ta fille, ta chair et ton sang. Yama est ta lumière.
Samba t’a laissé un trésor inestimable avant de partir.
Ces paroles rappelèrent à Amina une soirée particulière, celle où sa vie avait pris un tournant qu’elle n’oublierait jamais.
Flashback C’était une nuit étoilée, quelques jours après la naissance de Yama. La douleur de l’accouchement était encore fraîche dans son corps, mais son cœur débordait de joie. Samba était resté à son chevet, refusant de la quitter une seule seconde.
Lorsqu’il avait tenu leur fille pour la première fois, ses yeux s’étaient embués de larmes.
Samba (dans un murmure ému) :
— Merci, Amina. Merci pour ce cadeau.
Ce soir-là, Samba avait rempli la pièce de rires et de promesses. Il avait déposé une parure en or sur les épaules d’Amina, des bracelets scintillants autour de ses poignets, et avait promis de faire d’elle la femme la plus heureuse du monde.
Samba :
— Tant que je vivrai, tu ne manqueras de rien, Amina. Toi et Yama, vous êtes ma vie, mon univers.
Ces paroles, ces gestes, avaient gravé en elle un amour et une sécurité qu’elle n’avait jamais connus auparavant. Elle se souvenait de ses bras l’entourant, de son rire rassurant, et de cette promesse inébranlable d’un avenir radieux à ses côtés.
Retour au présent Les larmes d’Amina coulaient à flots. Elle baissa la tête, incapable de contenir sa douleur.
Amina (à sa mère, d’une voix brisée) :
— Il m’avait promis une vie heureuse. Pourquoi, maman ?
Pourquoi a-t-il fallu que ça s’arrête si brutalement ?
Sa mère la prit dans ses bras, berçant doucement son dos comme lorsqu’elle était enfant.
Sa mère :
— Parce que même les plus belles promesses ne peuvent vaincre le destin, ma fille. Mais tu dois te relever, pour toi, pour ta fille. Samba t’a aimée, et cet amour, il continue de vivre en Yama.
Amina leva les yeux vers sa fille, qui riait innocemment en jouant avec une vieille poupée. Elle sentit une pointe d’espoir mêlée à son immense chagrin.
Mais au fond de son cœur, une autre douleur refaisait surface, celle qu’elle avait essayé d’enterrer depuis tant d’années.
Abdoulaye était de retour, et avec lui, un flot de souvenirs qu’elle n’était pas certaine de pouvoir affronter.
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