Chapitre 1

809 Words
Les jours suivants, je n’ai pas cessé de repenser à cette conversation. Ce n’était pas une nuit comme les autres. Pas de sous-entendus, pas de regards appuyés, pas d’enveloppes bourrées de billets abandonnées sur la table de chevet. Juste des mots. Des mots qui, contre toute logique, continuaient à résonner dans ma tête. Je m’étais promis de ne plus y penser. De le classer parmi ces clients étranges et singuliers qui croisent parfois ma route. Mais une part de moi savait déjà qu’il n’était pas comme les autres. Une semaine plus tard, mes doutes furent confirmés. Quand j’ouvre la porte de la suite, je le retrouve, assis au même endroit, dans la même posture détendue, son regard toujours aussi calme. Lui : « Bonsoir, Bella. » Je me fige. Bella. Ce nom, que je m’étais inventé pour échapper à la banalité de Ndella, sonne différemment dans sa bouche. Comme s’il portait un poids, une signification que je ne comprends pas encore. Moi : « Vous êtes tenace, je vous le concède. Mais je vous ai déjà dit, je ne suis pas une âme à sauver. » Il esquisse un sourire. Pas un sourire narquois ou moqueur. Un sourire doux, presque désarmant. Lui : « Je ne suis pas ici pour vous sauver. Je suis ici pour vous accompagner, si vous le permettez. » Un rire amer m’échappe avant même que je ne puisse le retenir. Moi : « Accompagner ? Vers quoi, exactement ? Vous croyez vraiment qu’il y a un avenir pour quelqu’un comme moi ? Si c’était le cas, je l’aurais trouvé toute seule. » Il soutient mon regard, imperturbable, comme s’il avait anticipé ma réponse. Lui : « Parfois, nous avons simplement besoin d’un guide. Même le plus fort des arbres a besoin de racines solides pour pousser. » Je le fixe, cherchant à déceler une faille dans ses mots, une intention cachée. Mais il n’y a rien. Juste cette patience infinie, ce calme qui me met mal à l’aise parce qu’il semble tout voir, tout comprendre. Moi : « Très bien. Supposons que je veuille changer. Que feriez-vous ? Vous avez une solution miracle dans votre Coran ? » Je pensais que mes mots le déstabiliseraient, mais il reste imperturbable. Lui : « Changer est un chemin, Bella, pas une destination. Mais avant tout, il faut que ce soit votre choix. Je peux vous montrer des possibilités, vous aider à retrouver votre dignité, mais le reste dépend de vous. » Ce mot, dignité, me frappe comme un coup de poing. Je détourne les yeux. Depuis combien de temps ne l’ai-je pas entendu ? Depuis combien de temps n’y ai-je pas pensé ? Un silence s’installe, mais il n’est pas oppressant. Il me laisse le temps de respirer, de réfléchir. Moi : « Et si je vous dis que je ne sais pas comment ? Que je suis tellement enfouie dans cette vie que je ne vois même plus la sortie ? » Je déteste la vulnérabilité dans ma voix, mais elle est là, incontrôlable. Lui : « Alors, nous la chercherons ensemble. » Ses mots sont simples, mais ils portent une promesse. Pas celle d’un sauveur ou d’un redresseur de torts, mais celle d’un homme prêt à marcher à mes côtés. Je croise les bras, tentant de retrouver un semblant de contrôle sur moi-même. Moi : « Vous ne comprenez pas. Cette vie, elle est tout ce que je connais. C’est ma survie. Je ne peux pas simplement l’abandonner sur un coup de tête. » Il hoche doucement la tête, comme s’il comprenait, vraiment. Lui : « Personne ne vous demande de tout abandonner, Bella. Pas encore. Mais peut-être pouvez-vous commencer par poser un pied en dehors, juste un. Pour voir ce qui existe ailleurs. » Je le fixe, incapable de répondre. Ces mots, si simples, me déconcertent. Moi : « Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi moi ? » Il prend une profonde inspiration, comme s’il pesait soigneusement ses mots. Lui : « Parce que je crois que vous êtes plus que ce que vous laissez voir. Et parce que, parfois, la foi ne consiste pas seulement à prier. Elle consiste aussi à tendre la main à ceux qui en ont besoin. » Je ne sais pas quoi répondre. Une part de moi veut rire, repousser ses paroles comme une absurdité. Mais une autre part, plus enfouie, se demande s’il pourrait avoir raison. Je détourne le regard, troublée, et murmure presque pour moi-même : Moi : « Je ne sais pas si je peux. » Il se lève alors, sans gestes brusques, et s’approche de la porte. Lui : « Peut-être pas aujourd’hui. Mais un jour. Je serai là si vous en avez besoin. » Et il sort, me laissant seule avec mes pensées, mes doutes… et cette lueur d’espoir que je n’ose encore nommer.
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