Les jours passent, et l’imam ne faiblit pas dans sa volonté d’accompagner Ndella. Chaque rencontre devient un terrain d’échange où le silence est souvent brisé par des dialogues à la fois profonds et déroutants. Mais ce soir-là, alors qu’il lui tend un petit livre au cuir usé, elle hésite.
Imam : « Voici le Coran. Pas comme une obligation, mais comme une porte que je vous propose d’entrebâiller. »
Ndella observe le livre comme si sa couverture portait un poids.
Ndella : « Je ne suis pas sûre de vouloir ou même de pouvoir comprendre ce qu’il contient. »
Il sourit doucement, sans impatience.
Imam : « La compréhension ne vient pas en un jour. Mais la curiosité, elle, peut être immédiate. »
Elle finit par accepter le livre, mais pas sans réticence. Pendant les jours qui suivent, il lui rend visite dans cette même suite, créant un rituel étrange mais apaisant. Un soir, elle ouvre enfin le livre devant lui.
Ndella : « Vous allez vraiment m’apprendre ? Même si je ne crois pas encore à tout ça ? »
Imam : « La foi n’est pas une lumière qu’on allume soudainement. C’est une braise qu’on souffle doucement jusqu’à ce qu’elle devienne flamme. »
Elle fronce les sourcils, un peu perdue.
Ndella : « Vous parlez toujours en énigmes. Je ne sais pas si c’est fascinant ou frustrant. »
Il rit légèrement, une rare spontanéité qui la désarme.
Imam : « Alors commençons simplement. Vous connaissez la première sourate ? »
Ndella : « Non. »
Imam : « Al-Fatiha. Elle est comme une clé. Voulez-vous l’entendre ? »
Elle acquiesce, et il commence à réciter doucement, sa voix grave et posée enveloppant la pièce. Chaque mot semble imprégner l’air, et bien qu’elle ne comprenne pas tout, Ndella est troublée.
Ndella : « C’est beau. Mais… et si je ne suis pas digne de prononcer ces mots ? »
Imam : « Chaque mot du Coran s’adresse à tous. Et vous êtes digne, Ndella, parce que vous êtes ici, parce que vous posez des questions. »
Leurs séances continuent. Les premières semaines sont un combat intérieur pour elle. Chaque fois qu’elle ouvre le livre, une petite voix lui murmure qu’elle ne mérite pas ce savoir, que cette vie n’est pas pour elle. Mais l’imam est toujours là, avec une patience infinie.
Un jour, elle lui pose une question qu’elle garde en elle depuis longtemps.
Ndella : « Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi perdre votre temps avec moi ? »
Il la regarde longuement, ses yeux semblant sonder son âme.
Imam : « Parce que je vois en vous ce que vous refusez encore de voir. Une force, une lumière. Vous êtes bien plus que ce que vous croyez être. »
Ndella détourne le regard, émue malgré elle.
Ndella : « Et si je n’y arrive pas ? Si je retombe dans cette vie que je connais si bien ? »
Imam : « Alors, vous vous relèverez. Et je serai là pour vous tendre la main, tant que vous le souhaiterez. »
Les jours difficiles deviennent moins nombreux. Elle commence à se réveiller avec une curiosité qu’elle n’a jamais connue, à poser des questions qu’elle n’aurait jamais osé formuler. À travers ces échanges, une transformation lente mais puissante s’opère en elle.
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