Une grosse pile de documents repose sur la table dans un paquet parfait montrant que personne n’y a touché. Pourtant les parents se sont appliqués à la former, se renseignant sur les meilleures écoles supérieures, surtout celle qui leur permettrait d’étudier leurs matières sans être trop éloignés. Mais ce que les quatre adultes n’avaient pas réellement prévu c’est qu’à présent, on peut sans doute appliquer ce lourd titre à leurs fils ainés...
Bien sûr ils sont loin d’être complètement ”adulte" cependant ils agissent en ce sens, étonnant sincèrement les plus vieux. Mael et Andréa sont installés côte à côte et semblent avoir réellement discuté de tout cela entre eux. Leurs décisions sont prises et de prime abord, il semble que tout soit juste “parfait" !
- J’aimerais devenir vétérinaire ! Cette école à un excellent programme de formation pour ça, donc c’est celle qui a retenu mon attention.
Mael est serein, son sourire solaire étalé sur ses lèvres comme une étreinte chaleureuse... Il fixe tour à tour les personnes autour de lui, comme pour recevoir leur assentiment. L’école en question fait aussi partie d’une de leur proposition, bien qu’elle ne soit pas le premier choix... Ils savaient déjà que l’Alpha souhaitait se lancer dans ce genre d’étude et il y a des opportunités bien plus intéressantes ailleurs... Mais ils ont sans doute pris en compte bien plus, alors ils se tournent naturellement vers Andréa qui semble tout aussi déterminé bien qu’il ne sourit pas.
- Je vais l’aider ! Je m’occuperais de ses rendez-vous et de la compta, enfin ce genre de chose. Cette école est plutôt bien réputée pour ces options.
Paul ne retient pas une moue soucieuse, croisant le regard d’Adrien qui semble avoir la même réaction. Marianne semble plutôt émue et au vu de ses yeux émerveillée, elle doit sans doute imaginer son adorable enfant avec une tenue de docteur, qu’importe que ce soit pour les animaux... Mais MJ regarde sérieusement son fils, gardant le silence comme si elle savait que les deux jeunes adultes n’ont pas fini de s’expliquer...
- L’école est proche de tout et la zone commerciale, donc de cliniques vétérinaires ou Mael pourrait faire des stages. Quant à moi, on s’est renseigné, il n’y a pas mal de succursales de compagnie dans le coin, donc pareil j’aurais de quoi faire. Et... enfin j’aurais fini avant Mael donc ce sera plus facile pour moi de trouver un travail en attendant. Ça me fera de l’expérience et on mettra de l’argent de côtés pour ensuite.
- Tout ça sans avoir à déménager pendant mes études.
Voilà ce dont il est question...
L’école est assez éloignée ! Il est difficile d’imaginer que ces deux-là fassent le trajet aller-retour tous les jours.
- Vous... ?
Marianne immerge de son rêve qui semblait bien plus agréable. Vivre loin de Mael est difficile, mais ils sont revenus chaque week-end pour retrouver leur enfant ! Ici, il est évident que l’on ne parle pas de ça.
- Oui maman, on aimerait vivre là-bas.
- Mais... Bébé, ce n’est pas si simple, tu sais ?
- Je sais maman, je n’en doute pas ! Ce sera vraiment difficile c’est vrai et sans doute qu’on fera des erreurs, mais notre décision est prise.
- C’est ce que tu souhaites aussi Andréa ?
- Oui, c’est ce que je veux.
Les deux mamans soupirent, sans doute pour des raisons différentes, mais pourtant elles sont très synchronisées, faisant soudainement rire les hommes présents. L’atmosphère est un peu lourde, et c’est en riant un peu que tous s’en rendent compte. Pourtant, rien de mal n’est en train de se produire, au contraire même ! Ils devraient plutôt se réjouir, leurs fils font preuve de beaucoup de maturité et parlent même de quitter le nid, d’une certaine manière en tout cas.
- Il y a un dortoir pour les élèves justement...
- En fait... Ce n’est pas...
Ils se doutent tous de ce dont il est question, mais l’ambiance qui règne reste étrange. Habituellement, Mael se serait injurié et aurait clairement fait entendre ce qu’il pense de tout ceci, lui qui n’a jamais imaginé s’éloigner de son vieil ami. Dans cet état de fait, Andréa suivait, acquiesçant sans dire un mot.
- On ne pensait pas aux dortoirs, mais plutôt à un appartement...
Mael répond doucement, semblant étrangement peu sûre de lui. Pourtant ce n’est pas la première fois qu’ils font entendre leurs voix quant à ce qu’ils veulent et jusqu’ici, il s’est toujours exprimé sans mal ! Paul fronce les sourcils, tentant de comprendre ce qui retient son fils, mais préfère garder le silence. Il observe son gamin qui se triture la bouche et jette un oeil vers son neveu. Ce dernier est au contraire calme et fier. Il fixe sa mère comme s’ils se parlaient en silence et acquiesce soudainement.
- Oui, c’est ce que NOUS voulons. Nous voulons vivre ensemble à partir de maintenant !
- Vous pouviez en parler. Mael serait venu vivre à la maison, ou...
- Non-maman... Nous voulons vivre à deux.
- Oh !
C’était un “oh” que s’échappe de la bouche de Marianne, mais il est partagé par tout le monde dans la pièce. MJ semble bien plus déterminée à découvrir ce qu’il en est, surtout depuis la conversation qu’elle a eue avec lui. Mais leurs visages ne laissent rien paraître, sinon qu’ils sont sérieux sur le sujet.
Et le tableau paraît pétrifié un moment, un instant où l’idée se dessine clairement dans l’esprit de chacun.
- Vous n’avez que dix-huit ans à peine !
Idée qui semble bien plus difficile à accepter pour certains. Marianne donne l’impression de supplier qu’on lui rende ce petit garçon adorable qui courait derrière elle.Celui-làest trop grand pour être dorloté et même si elle en ressent une immense fierté, elle ne peut pas ignorer cette pointe inquiète et triste qui se faire sentir aussi. Elle n’attend pas de réponse et tout le monde l’a bien compris. C’est surtout une remarque qu’elle se fait à elle-même pour se donner une raison de refuser cette notion saugrenue contre laquelle elle ne peut ni ne veut se battre...
- Très bien... Si c’est votre choix, alors nous aviserons en ce sens...
Ils le savent tous ici, les gamins ont toujours choisi la direction à prendre et ne se sont pas trompés jusqu’ici. Même quand ils ont largement douté face à la jalousie maladive d’Andréa, ils n’ont jamais donné l’impression de mal vivre ce lien. C’est encore plus évident depuis qu’ils sont redevenus proches, les voyants sincèrement heureux de simplement faire les choses à leurs manières. Alors personne n’intervient vraiment et la conversation qui devait durer des heures se termine étonnamment tôt...