LIIIVous devez être étonné, comme je le suis moi-même, de la lucidité avec laquelle je vous raconte – trop longuement – cette période de mon existence. Il semble qu’elle devrait avoir dans ma pensée la confusion et l’obscurité d’un mauvais rêve dont on s’est réveillé en sursaut. Il paraît étonnant que le cerveau, ébranlé dans toute sa masse, ait pu conserver et retrouver à distance, si claires et si précises, des sensations qu’il subissait malgré lui, qu’il repoussait de son mieux et qui sont du domaine de l’aliénation. C’est ainsi cependant. Les moindres détails de mon séjour à Rome, je me les rappelle distinctement, et, avec un peu d’effort, je pourrais y joindre les dates correspondantes. Je m’étais pour ainsi dire dédoublé alors, et l’un de mes deux moi assistait avec un désespoir inut

