Pendant que mon ressenti se laissait entendre, machinalement, je tournais mon alliance ce qui attira son attention.
- Tu as une nouvelle bague ? Me demandas-t-elle curieuse.
- Oui, je n'ai pas le droit de me faire un plaisir ? Ça aussi, c'est interdit ? Aboyai-je.
Elle baissa les yeux, je me sentis mal de lui avoir envoyé ces derniers mots, mais elle ne devait pas savoir que c'était une alliance, personne ne devait savoir que Jordan et moi étions mariés.
J'entendis quelques notes de la marche nuptiale. C'était l'heure, et je devais faire bonne figure, laisser de côté mes sentiments le temps de la réception et être la meilleure amie et témoin possible. M'armant de mon plus beau sourire, je la devançais bouquet de fleurs dans les mains et remontai l'allée qui menait à l'autel.
Je me pris à imaginer ce qu'aurait été mon mariage si on avait comme eux, pu le faire en grande pompe. J'imaginais aisément Jordan m'attendant devant l'officiant, et moi dans ma belle robe blanche avançant au son de la marche nuptiale vers cet homme qui serait mon mari pour la vie. Cela aurait été magnifique, je n'en doute pas, mais au lieu de cela, j'étais simplement témoin d'un mariage qui a compromis le mien.
Une fois placé, Jordan me faisait face, tout comme moi, il imaginait sûrement ce moment dans d'autres circonstances. Pendant la cérémonie, je ne cessais de le regarder, il faut dire qu'il avait fière allure dans son costume noir satiné, d'ailleurs, il portait le même pour notre cérémonie. Il était accessoirisé de quelques médailles qui gardaient pour moi une signification un peu floue, mais il semblerait qu'elles aient appartenu à un de ses aïeuls. Bref, il était beau mon homme.
Quand nous sommes passés au repas bien entendu, nous étions à la table des mariés, moi à côté de mon "amie" lui à côté de son frère, sa mère à côté de lui. Je me sentais bien seule dans mon coin. J'avais le sentiment de ne pas être à ma place. Les parents de mon amie n'avaient pas pu venir pour assister à son mariage, il faut dire que la France était bien loin de notre maison à présent, vu que nous habitions aux États-Unis. Et elle s'était brouillée avec eux pour une raison que je ne connaissais pas, mais visiblement la dispute était tenace.
La salle était joliment décorée, je dois bien l'avouer. Des voilages blancs recouvraient les murs de pierres, de la lumière rose et bleu était déployée par endroit. Les tables étaient embellies avec des compositions d'orchidées et de lys, deux magnifiques fleurs au prix tout aussi magnifique.
L'ouverture de bal arriva rapidement et nos deux jeunes mariés se levèrent pour lancer les festivités. Je regardais Jordan, me demandant quand nous pourrions enfin nous rapprocher pour cette unique danse qu'il m'avait promise quelques heures plus tôt. Je dois avouer que son contact me manquait et nos regards échangés paraissaient si peu en comparaison.
Mon anxiété augmentait à chaque fois que quelqu'un s'approchait de lui, serveuse, invitée… Toutes plus belles les unes que les autres à croire qu'ils avaient embauché une agence de mannequins pour faire le service. J'avais du mal à contenir mon manque de confiance en moi, et cela devait se voir, car il me faisait des petits gestes afin que je reste calme. Je n'ai jamais fait de scène de jalousie, je ne suis pas de ce genre, généralement, je me retire, et sombre dans une sorte de dépression interne, mais aujourd'hui, je n'avais pas ce luxe, cette permission de m'en aller.
Je me sentais de plus en plus mal, et j'avais de plus en plus de peine à me maîtriser. Chaque main posée sur mon homme, chaque sourire lui étant dédié, chaque regard, je ne pouvais en supporter davantage.
Un slow démarra signalant la fin de l'ouverture de Bal, Jordan s'approcha de moi, me présentant sa main, que je m'empressai de prendre avant de perdre pied. J'aurais donc droit à la première danse ! Il me dirigea vers le parquet fraîchement verni, et entama un slow collé-serré, mes bras noués à son cou, ses mains dans le creux de mon dos, je me sentais à ma place dans ses bras. Enfin sereine.
Il approcha son visage du mien, puis me glissa à l'oreille.
- Essaye de te maîtriser s'il te plaît, personne ne va me sauter dessus en pleine réception !
Je levai les yeux vers lui, coupable, même si je doutais que personne n'ose. Il continua.
- Je sais ce qu'on te fait endurer et ce n'est pas facile pour moi aussi, mais ce n'est qu'une soirée, on devrait y arriver, tu ne penses pas ?
- Une soirée et une nuit ! Rectifiai-je
En effet, en louant le château, il y avait dans le "package" des chambres d'hôtes qui, bien sûr, ont été louées pour l'occasion. Personne ne devait quitter la résidence avant le lendemain matin et de préférence après le déjeuner.
Il sourit, en effet, c'était un peu plus long.
- Ne t'inquiète pas pour la nuit, je trouverai une solution !
Plus facile à dire qu'à faire ! Nous n'étions pas seuls, comment ne pas se faire prendre ?
- Et si on nous surprend ? Demandai-je
- On nous surprendra, que veux-tu que je te dise !
Il me fit un clin d'œil et me serra un peu plus contre lui. La musique parut bien courte, car il fut rapidement temps de nous séparer pour qu'il offre ses bras à d'autres femmes que moi, et j'allais entamer les minutes les plus longues de ma vie.
Je voulus rejoindre ma place quand ce fut au tour de Shannon de m'inviter à danser.
- Une danse pour ton beau-frère ?