Je fronçais les sourcils, ne parvenant pas à comprendre pourquoi il utilisait ce terme. Jordan et moi étions bien mariés, et il était légitime que l'on puisse appeler quelqu'un 'beau-frère' sans être marié, mais jamais, il n'avait utilisé ce terme pour se décrire. Est-ce qu'il cherchait à me transmettre de manière subtile un message ?
- Je suis au courant, allez, viens !
Il me guida sur la piste de danse et se rapprocha de moi de manière raisonnable. Mes mains étaient posées sur ses bras et lui maintenait ma taille, ce qui n'a rien à voir avec le collé-serré d'il y a peu. C'était aussi bien ainsi, car malgré ses efforts pour me mettre à l'aise, je ne me sentais pas à ma place en sa présence. J'avais l'impression d'être le centre de l'attention et cela ne me plaisait guère. De plus, je me sentais mal vis-à-vis de mon amie. C'était son mariage, donc c'était à elle de danser en compagnie de son mari.
- Aurore m'a parlé de votre altercation.
Je me tournai vers lui. Il n'allait quand même pas me dire aussi que tout était normal dans le meilleur des mondes, j'espère.
- Désolée, mais je n'ai pas de talent d'actrice connu, je ne lui envie pas son bonheur, elle l'a bien mérité, mais je ne supporte pas qu'elle me dise qu'elle n'y est pour rien dans ma situation, car ce n'est pas le cas !
Il détourna les yeux avant de me répondre, calmement. Il était d'une grande diplomatie, et je lui enviais cela. J'aurais aimé pouvoir parfois avoir les mots pour dire des choses sans être contrarié.
- Je sais, et je comprends, Jordan est comme toi, nous en parlons souvent. On a essayé de parler avec la maison de disques, mais ils ne veulent rien entendre !
- Oui et bien entendu, ce sont eux qui décident ! M'agaçais-je.
- Oui, tant qu'ils ont le stylo pour signer nos chèques oui !
Il avait été agressif, une caractéristique de son tempérament que je ne connaissais pas. J'avais l'impression d'être une enfant gâtée qui faisait des caprices inutiles. Cependant, nous parlions de ma vie et des conséquences que cela avait sur ma vie quotidienne, et je ne voulais pas laisser quiconque compromettre mon bonheur, qu'il soit détenteur de stylos ou non.
- Je suis désolée, Shannon, mais cette situation m'est de plus en plus insupportable, et ce soir en plus, je dois supporter de voir mon mari danser avec des femmes qui ne sont pas timides dans leurs intentions. Je lui désignais la femme qui dansait présentement avec lui d'un signe de la tête.
Il se tourna vers Jordan, constatant qu'il ne cessait de recadrer la jeune femme aux mains baladeuses avec qui il dansait. Il esquisse un sourire devant le comique de la situation. En réalité, avant notre rencontre, il avait l'habitude d'apprécier ce type de femmes. Il avait et a toujours conscience de son charme et à cette époque, il en usait et en abusait.
- J'ai fait le maximum pour que la situation ne te soit pas trop pénible à supporter, je sais que rien n'est idéal dans ce contexte et je m'en excuse, sincèrement, mais s'il te plaît ne fais pas d'esclandre, essaye de t'amuser, c'est juste le temps de la cérémonie !
- Et de la nuit ! Précisai-je. Encore un qui a oublié qu'il fallait passer la nuit à l'intérieur de ces murs.
- Non, pas la nuit, j'ai tout prévu !
Son petit sourire en coin m'a fait sourire. Il avait donc organisé quelque chose pour que Jordan et moi puissions nous retrouver? C'était agréable pour moi, et je me sentais un peu moins incomprise, même si je lui en voulais toujours.
La musique changea. Alors que Shannon m'abandonnait, je vis Jordan souffler de soulagement, ce qui me fit rire. Il me fixa discrètement avant d'être capturé par une autre femme qui voulait danser avec lui. Je me suis retourné sur ma chaise et j'ai griffonné des idées pour mon roman sur un bout de papier.
Après un certain temps, un homme s'est approché de moi. Il souhaitait que je lui offre une danse. Même si je ne le voulais pas, je ne devais pas me limiter aux deux frères pour ne pas éveiller les soupçons. Alors, laissant mes idées de côté, je me suis levé pour le suivre. Je dois admettre que je n'ai pas prêté attention à son apparence sur le moment. C'était une erreur.
Le slow, une chanson française nommée "l'été indien", qui, comme je le savais, durait longtemps, commença. Il semble que cette chanson ne me soit pas bénéfique. Un souvenir d'enfance où j'ai dû danser sur ces notes en mauvaise compagnie. Par ironie du sort, cet homme ne m'attirait pas du tout et je me sentais mal à l'aise. D'une, le regard qu'il posait sur moi me dérangeait, et de deux, il me serrait un peu trop contre lui, et malgré mes tentatives, je ne parvenais pas à m'éloigner.
Au loin, je vis deux jeunes femmes se mettre à rire en me voyant en si mauvaise position. Il se peut que si j'avais été plus attentive aux personnes présentes, je n'aurais pas donné mon accord si rapidement pour une danse. Il semble que j'aie eu une mauvaise interprétation de cet homme qui semblait gentil au premier abord.
En plus de me serrer contre lui plus que de raison, il dégageait une odeur d'alcool à des kilomètres et avait les mains baladeuses. C'était quelque chose que je ne supportais pas du tout. Je faisais de mon mieux pour le repousser, mais je dois admettre que cette odeur m'empêchait de respirer correctement. Si on ajoute à cela un corset extrêmement serré qui était censé être idéal avec cette robe, je manquais de respiration.
Heureusement, il a réussi à s'entraver avec ses propres pieds. C'est ce qui m'a permis de m'éloigner de quelques pas. Il m'a brusquement saisi par le bras quand j'ai voulu retourner à ma place. Se tenant à peine sur ses jambes.
- Eh, on n'a pas fini !
Son regard était sombre. Il semblait ne pas apprécier que je le laisse en plan, mais je ne voulais pas rester une minute de plus avec cet ivrogne.
- Désolée, mais je ne veux pas continuer !
J'ai dû grimacer, car il me serrait fort l'avant-bras. Je savais que je me donnais en spectacle, mais je ne voulais pas danser avec un homme qui se comportait de cette manière. C'était un goujat.
- Tu as dit oui pour une danse, c'est oui !
Il m'a attiré vers lui, et tout s'est déroulé rapidement. Jordan s'est interposé, en prenant ma main dans la sienne.
- Elle t'a dit de la laisser donc un conseil fait le !
Ils se regardaient tous les deux en chien de faïence, et j'avais peur que la situation ne soit hors de contrôle. Tout le monde nous observait.
- J'ai dit laisse la tranquille.