PDV Jordan
Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'ai été submergé par la lumière émanant des rideaux noirs fermés. Ma tête me faisait souffrir. J'avais l'impression que mon cœur avait migré et continuait de battre dans ma boîte crânienne. Je ferme les yeux.
Je tends mon bras pour serrer ma femme dans mes bras. Il est temps que je m'excuse pour la soirée d'hier. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi je me comporte ainsi. Je tâtonne, sa place est vide. Elle ne se trouve pas à mes côtés quand je me réveille pour la première fois. Une fois de plus, j'ouvre les yeux et je la cherche du regard dans la chambre. Rien, elle ne semble pas là.
Je me lève rapidement, un peu trop, car je sens ma tête tourner. Les excès de la veille, certainement. Ce n'est pas un problème bien grave. Je saisis mon téléphone et l'appelle. La sonnerie résonne dans la chambre. Elle n'est pas loin, j'en suis convaincu.
Je jette un coup d'œil dans la salle de bain au cas où je pourrais la rejoindre sous la douche, mais la pièce est aussi vide. Je m'approche de la table. Un papier est posé au-dessus. Je souris, puis je lis, lis encore, et je suis étonné de voir ce que je vois. Je tiens son alliance dans ma main. Je suis perplexe quant à la raison de son départ. En y réfléchissant et pour être tout à fait honnête, elle a réussi à tenir longtemps dans les conditions qui sont les nôtres.
Je saisis mon téléphone et j'appelle Shannon. Je peux compter sur mon frère pour m'apporter son soutien et ses conseils avisés. De toute façon, je suis persuadé qu'il en connaît davantage que moi sur cette affaire, il doit certainement savoir où elle se trouve. Je ne lui donne pas l'occasion de s'exprimer, je dois admettre que l'inquiétude commence à m'envahir et je prends conscience progressivement que ma femme m'a définitivement laissé.
- Où est-elle ?
- Qui ? De quoi parles-tu ?
- Te fou pas de ma gueule Shannon !
Mes paroles ont résonné dans le combiné, et il a immédiatement compris qu'il ne valait mieux pas provoquer ma colère.
- Ok, c'est bon, j'ai compris ! Je ne sais pas, elle devait te parler avant de s'en aller !
Je saisis le sens de ses paroles, il était donc au fait de toute la situation. Ça met un sérieux coup de frein à mon ego.
- Ben faut croire qu'elle a changé d'avis, elle est partie et à même laisser ses papiers et son alliance sur la table ! Shannon, dit moi que tu sais où elle se trouve, je t'en supplie, je vais devenir fou !
- J'arrive, on va la chercher ensemble ok ?
- Ok !
Quand j'ai raccroché, je me suis mis à tourner en rond comme un fauve en cage, sans pouvoir me calmer. Étant dans un état de tension extrême, mes démons sont revenus et j'ai eu envie de me remettre à la d****e, si j'en avais eu les moyens.
J'arpentais de long en large la petite pièce, et dès que j'entendais quelque chose, je pensais que c'était elle qui revenait, qui avait modifié sa décision, mais je me berçais à chaque fois d'illusions.
À l'arrivée de Shannon, j'avais rassemblé mes affaires et m'apprêtais à quitter les lieux, mais il m'a alors arrêté.
- Jordan, habille-toi avant !
En abaissant le regard, j'ai constaté que je n'étais habillé que d'un caleçon. Ce qui ne me surprenait pas, elle avait pris les dispositions nécessaires avant que je ne m'endorme. Comme un enfant, elle m'avait déshabillé. J'ai alors réalisé pourquoi elle avait choisi de s'enfuir : je n'étais plus son époux, mais un enfant dont elle devait prendre soin, ce à quoi elle ne s'était pas engagée.
J'ai rassemblé rapidement mes affaires, en moins de 5 minutes j'étais prêt. Ensuite, j'ai rejoint mon grand frère et nous sommes partis ensemble pour la réception. Ils devaient sûrement avoir remarqué ou savoir quelque chose.
En arrivant devant le comptoir, une ravissante blonde m'a souri. Il y a eu un temps où cela m'aurait fait plaisir, mais maintenant, j'ai juste noté ce sourire sans y accorder plus d'importance.
- Dites-moi, ma femme est partie, je pense dans la nuit, auriez-vous vu quelque chose où quelqu'un saurait me renseigner ?
Mes propos l'ont laissée interdite, il me semble que mon inquiétude n'était pas sa principale préoccupation.
- Madame, je vous ai demandé quelque chose et j'apprécierais que vous me répondiez !
J'ai élevé la voix, ce n'était pas par méchanceté, mais j'étais agacé de ne pas savoir où elle se trouvait, de ne pas pouvoir lui parler, de ne pas être avec elle. J'en avais assez de cette charge constante sur mes épaules, de devoir me dissimuler sans cesse. J'ai d'ailleurs moi-même choisi de dévoiler mon secret, sachant que cette bimbo ne le garderait pas confidentiel. Mais peu importe, ma femme est ma priorité absolue, je ferai tout pour la retrouver, elle est la plus importante.
Mon impatience grandissait et Shannon prit la relève, je faisais les cent pas dans la pièce dans l'attente qu'il s'explique avec elle, il lui montra une photo sur son téléphone portable, elle fit un geste de dénégation.
Une femme de service est venue vers moi, elle avait l'air soucieuse.
- M. Catalano ? Je crois que je peux vous renseigner !
Je me suis retourné aussitôt vers elle, puis elle m'a raconté à voix basse, comme si nous étions sous surveillance et qu'elle n'était pas autorisée à me parler.
- Cette nuit, pendant mon service dans le hall, une jeune femme les cheveux châtains est partie avec un petit sac à la main, elle pleurait beaucoup, je l'ai vue essuyer ses larmes. Elle est sortie et a traversé la route pour rejoindre un taxi qui se trouvait de l'autre côté, seulement, une voiture qu'elle n'avait pas vue l'a percutée. Les pompiers sont venus, ils l'ont prise en charge et elle est partie avec eux. Je ne peux pas vous en dire plus, je ne sais rien de plus, je ne peux pas vous garantir que cette femme est la vôtre, mais on ne sait jamais. Elle n'avait pas de papiers sur elle ?
J'ai secoué la tête pour lui faire comprendre que non. Son attitude donnait l'impression qu'elle comprenait et partageait ma douleur. Je la remerciai, j'en étais persuadé, c'était bien elle. Je retrouvai Shannon et nous sortîmes de l'hôtel.