PDV Kena
J'étais hospitalisée depuis quelques jours, mes membres en bonne santé me faisaient encore souffrir, et en fait j'avais mal partout. Pourquoi les voitures sont-elles si dures ? Pourquoi n'ai-je pas regardé attentivement avant de traverser ? Pourquoi, une fois de plus, je devais endurer les conséquences d'une décision que j'avais prise ?
Je remarquais sur les médias télévisuels et les réseaux sociaux que Jordan faisait tout son possible pour me recontacter. Je trouvais son attention envers moi attendrissante, mais j'avais peur que ce ne soit qu'un simple effet d'affichage. Il l'avait déjà fait dans le passé, en faisant des promesses qu'il n'était pas en mesure de tenir.
Malgré mon amour profond pour Jordan, qui allait bien au-delà de la raison, je ne souhaitais pas retourner dans cette relation où le malheur s'était installé. J'avais besoin, de façon égoïste, de vivre.
Mon souhait était d'accueillir mon enfant dans un cadre plus apaisé. Je me doutais que Shannon avait divulgué l'information sur l'enfant, mais cela ne justifiait pas pour autant que je retourne le voir sans avoir vraiment réfléchi à la situation. Sans avoir pris le temps de considérer mon avenir et le nôtre. Je ne voulais pas que mon enfant connaisse les mêmes souffrances que j'ai traversées ces dernières années, je ne voulais pas qu'il soit contraint de se cacher constamment.
Je souhaitais qu'il ait la liberté d'être et de faire ce qu'il désirait, sans être harcelé par les paparazzi à la recherche du moindre scoop croustillant à publier. Je ne voulais pas lui imposer cette situation.
Je me remémorais certains instants de ma vie de couple avec Jordan, où malgré ma présence, personne ne semblait vraiment conscient de qui j'étais. J'étais tellement invisible que parfois, je me faisais même refuser l'accès à certains contrôles, obligé alors de faire appel à lui pour pouvoir passer. C'était humiliant et déshonorant. Certes, je ne voulais pas être médiatisée, mais je n'aspirais pas non plus à rester cachée dans l'ombre, au point que personne ne sache que j'existe.
Aujourd'hui, j'en ris, mais à l'époque, c'était vraiment difficile pour moi. Je voyais Aurore arriver aux concerts, entrant par la même porte que moi. Nous avions le même badge qui nous donnait un accès illimité. Elle était accueillie chaleureusement, tandis que moi, on me regardait soit comme l'amie d'Aurore, soit comme une groupie qui se serait retrouvée là par je-ne-sais quel miracle. Combien de fois ai-je senti des regards désagréables posés sur moi. J'ai aussi entendu des paroles blessantes à mon encontre. Une fois même, on m'a prise pour une prostituée alors que je me rendais dans la loge de mon mari.
Je n'ai jamais évoqué le sujet avec lui, ne voulant pas lui apporter de nouveaux problèmes en plus de ceux qu'il avait déjà, mais ce sont des instants de mon passé que je ne veux pas revivre. Ils constituent en partie la raison de mon comportement actuel.
Tout le monde connaissait Aurore, même les plus modestes, on s'écartait pour la laisser passer, alors que moi, j'étais davantage considérée comme une gêne par les ingénieurs. J'avais l'impression d'être invisible. Contrairement à mon amie, il m'arrivait fréquemment d'être bousculée et maltraitée.
Je me souviens avoir arpenté les couloirs, cherchant la loge de Jordan, me faufilant entre les techniciens et autres professionnels du monde du spectacle qui œuvrent dans la discrétion. Un agent de sécurité m'a alors arrêté. Grand, afro-américain, musclé, bref, le genre d'homme qu'on ne souhaite pas contrarier.
- Mademoiselle, vous ne pouvez pas aller plus loin !
Il se tenait debout au milieu du couloir, bloquant le passage. Je lui ai présenté mon badge, prouvant que j'avais l'autorisation d'aller partout. Mais il ne l'a même pas regardé.
- Désolée, c'est un couloir privé, vous ne pouvez pas passer.
D'un côté, j'étais satisfaite que nous puissions encore trouver du personnel compétent pour assurer la sécurité, ce qui était essentiel. Mais là, c'était exagéré. Quand il avait pour consigne de ne laisser passer personne, cela sous-entendait toujours qu'il y avait des exceptions, dont je faisais partie.
- Monsieur, je vois que vous faites parfaitement votre travail, mais je peux passer, j'ai un laissez-passer pour aller partout, ici !
Il a regardé mon badge. Ensuite, il m'a fixé du regard. Je dois admettre que je n'avais pas prévu de porter une tenue nécessairement adaptée, mon jean, mon t-shirt et mes chaussures de sport étant mes vêtements habituels. Je n'avais rien à voir avec une éventuelle star venue voir Jordan ou Shannon. J'avais plutôt l'air d'une femme d'entretien, mais il faut dire que la mode peut parfois être déroutante et ne pas avoir de règles précises.
- Je suis Kara, je suis sûr que je suis sur la liste des personnes qui peuvent y aller !
Je déclinais mon nom, car je savais que parfois ils avaient une liste d'invités autorisés à entrer, et j'espérais que ce soit le cas à cet instant.
- Je n'ai pas de liste et vous ne passez pas !
Il s'est adressé à moi sur un ton froid et sec, me donnant le sentiment d'être réprimandée pour une bêtise. Son regard n'était également pas très engageant et je craignais qu'il n'use de la force pour me faire comprendre que je n'étais pas la bienvenue. J'étais contrariée. Avec Aurore à mes côtés, nous aurions pu y aller sans difficulté. Mêlant la colère à cette tristesse, j'ai hurlé à pleins poumons, n'ayant malheureusement pas mon téléphone sur moi.
- Jordan !!
Dès que j'ai prononcé son nom, le garde m'a fait taire en me plaquant la main sur la bouche. Moi qui ne voulais pas le contrarier, j'ai raté mon coup et force est de constater qu'il était sacrément costaud le bougre. Je me suis senti complètement humilié, traité comme n'importe qui, et encore, je doute qu'ils aient réagi de la même manière avec quelqu'un d'autre.
Bien que je me sois débattu avec fougue, que j'aie tenté de faire valoir mes droits, c'était peine perdue. Plus je m'agitais, plus il me maintenait fermement. J'étais au bord des larmes, tellement cette situation me mettait dans un profond malaise. J'avais dû faire face à des situations humiliantes dans ma jeunesse, mais jamais à ce degré..