le travail

2752 Words
Kaïna ferme doucement la porte derrière elle, doucement, nous avançons jusqu'à la porte du salon, heureusement pour nous celle-ci est vide. Lorsque Amine et moi sommes arrivés sur le parking, la voiture de Housni avait déjà disparu. Amine nous a accompagner jusqu'au pied de l'immeuble avant de retourner avec ses amis. À présent, nous cheminons jusqu'à la chambre en espérant ne pas se faire remarquer. Mais alors qu'on s'apprêtait à entrer dans notre chambre, celle d'Ibrahim s'ouvre brusquement. Mounir referme la porte derrière lui, puis reste immobile durant une dizaine de seconde nous fixant longuement. « Vous étiez où ? - Je suis sortie un peu avez Azhar, elle ne sort jamais. -[...] - On est resté avec des filles en bas, puis on est remonté. - Pourquoi vous avancez doucement comme ça ? - Parce que tout le monde dort. - Humm, bref je rentre. - Ok, salue Youssra pour nous. » Une fois dans notre lit, je ne peux m'empêcher de me poser des questions sur la relation que Kaïna entretien avec cet homme. « - Ça fait longtemps que vous vous voyez en cachette ? - Deux ans. - Pourquoi il ne vient pas te demander en mariage. - Je ne sais pas, c'est compliqué. Il n'a pas une vie facile, il ne m'en parle pas trop parce qu'il est fier mais il est très préoccupé, mais il à toujours été là pour moi, à chaque fois que j'ai besoin de lui, il est là. J'ai confiance en lui, je patiente. « Si l'amour ressemble à cela je ne suis pas pressé de le découvrir. Mais moi aussi j'aimerai pouvoir parler d'un homme comme Kaïna parle du sien, avec beaucoup d'amour et de respect. [...] « Amine arrête ! - Attend, un dernier rot, répond-il. - Rote et tu vas voir, crasseux. - Oh détendez-vous, aussi nerveux qu'Ibrahim ». Cela ne fit rire que Sofia qu'Ibrahim ignora totalement, il était de très mauvaise humeur, pour ne pas changer. Nous n'avons pas échangé le moindre mot depuis ce qu'il s'est passé dans la salle de bain et je n'étais pas prêt à lui pardonner, bien que mon pardon soit le cadet de ses soucis. « Sinon, tu te sens bien Azhar ? Me demande Youssra. - Oui, merci, gênée d'être devenue le centre de l'attention. - Tu comptes retourner à l'école ou suivre une formation ? - Je ne sais pas, pour l'instant j'aide à la maison. - Tu n'es pas ici pour faire le ménage, d'autres peuvent le faire, dit-il en dévisageant Kaïna et Sofia. - Je l'aide ! Dit lui Azhar que je t'aide, dit Kaïna en m'implorant presque du regard. - Azhar va rester ici avec moi, elle fait bien à manger, elle range bien ma chambre. Tout est parfait depuis qu'elle est là, ma vie est parfaite. - Tu la prends pour ton chien ? - Mais non, dit Amine blasé. - Je ne vais pas retourner à l'école. Je voudrai trouver un travail. Même du ménage, ça ne me dérange pas. - On dirait que tu ne sais faire que ça, le ménage, se moque Sofia. - Et toi qu'est-ce que tu sais faire de plus ? Dix huit ans sur les bancs de l'école et t'es incapable de raisonner logiquement. - Ibrahim, ne soit pas méchant, gronde ma tante. - Ta fille est impolie et irrespectueuse en plus d'être bête. - Ibrahim arrête ! - Il a raison, dit Amine. - Ce qui compte c'est ce que Azhar veut faire, le reste on s'en fiche ». Le reste du repas s'est déroulé en silence, je n'avais plus le cœur à faire la conversation. Heureusement, j'ai pu m'installer avec Youssra dans le salon, elle me parlait de sa grossesse, de tout ce qu'il lui restait à préparer avant l'arrivée de son bébé. Se ventre arrondi j'en rêvais tellement. [...] Les jours se ressemblaient, et cette routine bien qu'assez calme commençait à me fatiguer, je voulais faire autre chose que le ménage, les courses et le repassage. Le panier à linge sale dans les mains je parcours les différentes pièces de la maison, le panier devenant plus lourd après chaque pièce, je m'apprêtais à entrer dans la salle de bain, lorsque la porte de celle-ci s'ouvre d'abord l'humidité m'empêche de voir je chasse la fumée avec mes mains lorsque je me rends compte que je ne suis pas seule. Je recule, Ibrahim est devant moi à moitié-nu. Je n'ai jamais vu un homme dénudé. Immédiatement je détourne le regard et fait demi-tour. Lorsque la pièce est libre, j'en profite pour y faire le ménage. Une heure plus tard, Ibrahim entre dans la cuisine pendant que met en route la seconde machine. Il va surement sortir ce soir, je ne peux m'empêcher de le regarder du coin de l'œil, c'est un bel homme, il doit avoir beaucoup de filles autour de lui. Pourquoi est-ce que je pense à cela ? Chassant ses pensés de mon esprit, je me concentre sur mes tâches ménagères. « Ma mère comptait le faire en rentrant, me dit-il. - Elle pourra se reposer. » J'ouvre le frigo afin de voir ce que je pourrais cuisiner ce soir, n'ayant pas envie de me casser la tête je sors de la viande hachée du congélateur, je ferais des spaghettis. « Je suis désolé, pour ce que je t'ai dit l'autre jour, me dit-il. - Ce n'est pas grave. - Si c'est grave. Arrête de faire comme si ça ne te faisait rien. Si Sofia te pose des problèmes, il faut que tu le dises. - Ibrahim, Sofia est encore une gamine, il y à certaines choses qu'elle ne comprend pas encore. Tu ne devrais pas la rabaisser ainsi, tu es son grand frère. -[...] - Tu ne le voie pas mais elle veut attirer ton attention, elle cherche toujours ton approbation. « Il pose le verre qu'il tenait entre ses mains puis s'apprêtent à quitter la pièce. Puis s'arrête et me regarde, je porte une jupe longue et un vieux tee-shirt appartenant sûrement à Amine. « C'est mon tee-shirt. - Oh, désolée je pensais qu'il était à Amine. - Ce n'est rien, garde-le. Il te va mieux, dit-il avant de partir. » Le tee-shirt avait une tout autre signification à présent, lorsqu'il ferme la porte d'entré derrière lui, je ne peux m'empêcher d'amener le tissu vers mon nez, il n'avait plus d'odeur, sûrement remplacé par la mienne, mais maintenant, je sais qu'il l'a porté, je me sens bizarre, il y cette sensation dans mon ventre que je n'arrive pas à définir. Il est entrain de me transformer, de faire de moi une personne que je ne connais pas et cela m'effraie tellement. Ce soir-là, pour la première fois, j'ai rêvé d'un homme, j'ai rêvé d'Ibrahim. [...] La journée avait mal commencé, je me suis levée très tard, midi était déjà passé lorsque j'ai commencé à préparer le repas du midi. Je venais d'achever la sauce du poulet lorsque Ibrahim entre accompagné de ses amis. Ils étaient cinq garçons, faisant un bruit pas possible et faisaient du couloir un parcours du combattant à cause de leur chaussure entasser dans l'entrée. Ils sont partis s'asseoir dans le salon. « Je vais vous apporter à manger. - On va commander. - Je viens juste de finir, c'est encore chaud. - Azhar, tu n'as pas besoin... - Rejoins tes amis, je vous apporte ça. - Non, je préfère rester ici, je l'apporterai moi-même. - D'accord. » Alors que les garçons mangeaient, je suis resté dans la cuisine, je n'en pouvais plus d'être enfermé, trop occupé ils ne m'ont pas vu mettre mes chaussures et sortir. J'ai pris le bus jusqu'au centre commercial, après avoir acheté une glace je me suis installé sur des bancs. Lorsque j'ai pris le chemin du retour, des problèmes de transports ont allongés le temps d'attente, ce n'est qu'une heure et demie plus tard que je suis rentré. Je me rends compte que je suis sortie sans téléphone, et sans avoir prévenu, depuis plus de trois heures. J'accélère le pas et monte les marches jusqu'au sixième étage d'une rapidité qui me surprend. « Tu étais où ?! Me dit Mounir. - Je suis allé faire un tour dehors. - Tu es folle de sortir comme ça sans prévenir personne ! On à cru que tu t'étais perdu ou même pire. - Ne lui cri pas dessus, dit Ibrahim. - Je cris si je veux, tu allais devenir presque fou et là tu me dis de ne pas lui crier dessus ! - Vien Azhar. « Ibrahim m'entraîne avec lui jusqu'à la cuisine et ferme la porte derrière nous. « Pourquoi tu ne ma pas dis que tu sortais ? - Tu étais avec tes amis. - Il faut que tu nous préviennes avant de sortir. - Oui...Pardon. - Ce n'est rien, Mounir à eu peur c'est pour ça qu'il est énervé ». Sûrement pour me réconforter, il pose sa main sur mon deux et à nouveau cette sensation dans mon ventre, la chaleur de sa main me procure beaucoup de bien, mais très vite je reviens à la raison, sentant mon malaise, Ibrahim retire sa main, avant de quitter la pièce. Après cet incident, je n'ai plus quitté la maison. Mes journées étaient toujours aussi vides de sens. Je m'ennuyais beaucoup, l'hiver était à présent bien en place. Je n'avais jamais eu aussi froid dehors, et pourtant on était seulement en décembre. Le temps passait rapidement, et le mois de janvier passa aussi vite que le précédent. Ce matin-là, j'attendais patiemment Mounir afin qu'il m'accompagne à mon rendez-vous avec un agent de l'OFPRA. Je prenais mon petit déjeuner lorsque j'entends Ibrahim au téléphone avec son frère. « Azhar, je vais t'accompagner à ton rendez-vous. Youssra à eu un petit problème ils sont à l'hôpital. - Le bébé est là ? - Non, des fausses contractions bref je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais ce qui sûr c'est qu'il n'est pas encore là. On peut y aller maintenant. - Tu ne déjeunes pas ? - Non, je m'achèterai un truc en route. Allons-y ! ». J'enfile rapidement mes chaussures et le suis jusqu'à dehors. Je stressai beaucoup, cette rencontre était décisive. J'ai pu obtenir un récépissé à la suite de mon premier entretien mais celui-ci pourrait évoluer vers un titre de séjour, même valable un an et renouvelable. Je ne comptais pas sur le statut de réfugié. Le trajet en voiture est silencieux, Ibrahim s'arrête comme prévu dans une boulangerie afin d'acheter des viennoiseries, je trouve le temps et le trajet long mais lorsqu'il se gare à l'adresse indiqué, le stress se transforme rapidement en angoisse. « Ne t'inquiète pas Azhar ». Je le regarde surprise puis très attendrie par son geste. Nous sortons de la voiture et marchons jusqu'à l'entrée. L'entretien se déroule dans un petite boxe totalement fermé. L'entretien est entièrement enregistré. On me demande si j'ai besoin d'un interprète, Ibrahim m'encourage à accepter. L'homme assis en face de moi aborde un visage souriant ce qui me redonne un semblant de confiance. Il pose des questions cherche à comprendre les raisons de mon départ, je lui raconte ma vie avant la guerre, puis après, nous vivions dans une zone de conflit à hauts risques. Très vite, l'émotion me submerge et tout ce que je gardais au fond de mon cœur resurgit. Je tente de garder mon calme, sa patience m'aide beaucoup. Il m'informe que le délai d'attente pour une réponse est de six mois, je peux toutefois recevoir une réponse au bout de trois mois. En attendant, je suis autorisée à rester sur le territoire. Lorsque l'entretien prend fin c'est bouleversé que je rejoins Ibrahim, il fronce les sourcils en me voyant essuyer mes joues. Nous quittons rapidement le bâtiment, je n'ai plus envie de rester là pour le moment. « Tu as pleuré. - Des mauvais souvenirs, rien de grave. - Qu'est-ce qu'ils ont dit ? - Il m'a posé des questions classiques. J'aurais une réponse dans six mois ou trois si c'est rapide ». L'entretien m'a donné faim, dans la voiture, je termine les viennoiseries d'Ibrahim. Il m'a proposé d'aller manger mais j'ai refusé, je n'ai qu'une seule envie de coucher dans mon lit et m'envoler très loin. Heureusement pour moi, un matin Youssra m'a annoncé une nouvelle qui allait tout changer. Une amie à elle, connaissait un homme qui cherchait quelqu'un pour s'occuper de sa fille et de leur maison. C'était le travail parfait pour moi, j'aimai beaucoup les enfants et faire le ménage ainsi que préparer la cuisine n'était pas bien difficile pour moi. Youssra à donc parlé de moi à son amie et finalement, l'homme à accepté de me rencontrer. J'étais assez stressé j'avais peur qu'il refuse de m'embaucher à cause de mon accent. De plus, j'évitai toujours de dire d'où je viens. Ce matin-là, je me suis vêtu très simplement d'un jean que Youssra m'a prêté, d'une longue chemise blanche et d'une paire de basket. J'ai enfilé un foulard camel afin d'ajouter une touche de couleur. J'embrasse ma tante avant de rejoindre Youssra dans sa voiture. Son ventre était encore plus gros que la dernière fois que je l'ai vue. « J'aime beaucoup ta tenue, me dit-elle. - Ce n'est pas un peu trop ? - Mais non ! Tu es parfaite comme ça. - Je n'ai pas l'habitude de mettre des jeans. - Tu aurais pu mettre une robe, ou une tunique, l'important c'est que tu sois à l'aise. Bon allons y avant d'être en retard. - La grossesse te va bien. - Mounir aussi me dit ça, mais j'ai hâte d'accoucher, je n'en peu plus. Et puis il dit ça pour ne pas m'inquiéter. - Je ne pense pas, il est très amoureux de toi. » Elle me sourit tristement avant de démarrer. Je sens qu'il y a quelque chose mais je n'insiste pas. Ma mère m'a toujours dit de ne jamais parler de mes problèmes de couples aux autres, Youssra doit sûrement elle aussi respecter cette « règle ». Mais si elle à besoin de parler, je suis là. [...] La voiture s'arrête devant une maison contemporaine devant laquelle deux voitures sont déjà garées. La maison est très grande vue de l'extérieure et très moderne, Youssra se gare sur le côté et coupe le moteur. « C'est ici ? - D'après le GPS. - Je t'attends ici, ne t'inquiète pas Azhar. Contentes-toi de dire la vérité. - D'accord à toute à l'heure «. Une fois dehors, je me sens stressé et complètement désordonné, je vérifie ma tenue une dernière fois avant de sonner, l'interphone s'allume et je me place devant la caméra. Une voix féminine me demande la raison de ma présence, je lui explique je suis venu pour l'offre de travail, la porte s'ouvre je la ferme derrière moi et avance jusqu'à la porte d'entrée où une femme d'une cinquantaine d'années très élégante m'attend. « - Bonjour, je suis Asma vous devez être Azhar ? - Bonjour, oui c'est bien moi. - Allons donc discuter à l'intérieur. » L'intérieur est calme et lumineux, nous nous installons autour de la table de la salle à manger, elle me propose à boire et à manger mais je refuse poliment. Elle m'intimide un peu mais très vite je me rappelle que se travail est pour moi une opportunité de pouvoir m'en sortir seule. « Mon fils vit ici avec sa fille de cinq ans. Il travaille beaucoup, et n'a donc pas le temps de s'occuper du recrutement. C'est donc avec moi que vous aurez cet entretien. Quel âge avez-vous ? - J'ai vingt ans. - Vous êtes étudiante ? - Non, je suis disponible à plein temps. - C'est une très bonne chose, mon fils aura besoin de quelqu'un tous les jours sauf le week-end. La journée commence à 8h00 jusqu'à 19h00 s'il ne rentre pas à temps il vous préviendra et vos heures supplémentaires seront payées. C'est un travail totalement légal et déclaré. Si vous voulez ce poste il va falloir être disponible jusqu'à assez tard le soir, ça ne vous dérange pas. - Non, j'adapterai mes horaires en fonction des besoins de votre petite fille. - Il faut également entretenir la maison mais pas grand-chose, uniquement si vous le jugez nécessaire, la femme de ménage passe trois fois par jours. Pour vous résumez mon fils à besoin de quelqu'un pour s'occuper de la petite, vous savez cuisiner ? À suivre...
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