Les jours suivants étaient silencieux. Bien que le dragon était éveillé, il refusait à présent d'adresser la parole à la demoiselle ou sa suivante. En l'observant du coin de l'oeil, elle avait bien vu que la marque des esclaves l'obsédait. Et quelque part en elle, elle soupçonnait l'homme de chercher à s'enfuir par tous les moyens. Elle s'était bien sûr demandé ce qu'elle pouvait faire pour lui faire comprendre qu'elle cherchait à l'aider, mais rien de précis ne lui venait réellement en tête. Si elle le libérait présentement, les possibilités pour qu'il se refasse capturer étaient si fortes que c'était inenvisageable. Elle soupira d'un air morne, se redressant de sa chaise.
- Et voilà, c'est officiel ! Tu es guéri ! Tu n'as plus besoin de soin dorénavant.
Le dragon ne répondit pas et se leva simplement du lit de fortune qu'il occupait jusque-là. Il s'approcha de la fenêtre, tournant le dos à la demoiselle comme pour lui signaler qu'il n'avait pas du tout l'intention de se soumettre à elle. Cela faisait bien longtemps qu'elle lui avait enlevé la sangle de ses ailes et il était à présent parfaitement libre de ses mouvements. Mais en rien tous ces faits ne pouvaient jouer en sa faveur aux yeux de l'homme de feu.Il ne faisait que la fixer durement ou l'ignorer, en fonction de la situation. Elle pensait que, comme à l'accoutumée, il allait garder le silence et aussi elle se leva pour retourner à ses taches.
- Pourquoi tu m'as aidé ? demanda-t-il soudain
La surprise la stoppa net, l'étranglant presque au passage. Même Vani s'était redressée elle aussi, surveillant du coin de l'oeil, prête à intervenir aux moindres soucis. Où avait-elle laissé sa broche à cheveux déjà ?
- Tu étais dans un état épouvantable et ...
- Ne la joue pas comme une Sainte ! Dis-moi la vérité !
Il s'était retourné vers elle, l'air sévère, mais mesuré. Il devait sans doute sentir qu'elle ne mentait pas réellement, mais persuader de l'infamie des hommes, il cherchait une preuve de son raisonnement. Évelyne quant à elle pris quelques secondes pour réfléchir, se remémorant alors de ce qu'elle avait ressenti à ce moment bien précis. Ce qui l'avait poussé à intervenir. Elle se souvenait alors de Marius...
- Il y avait un homme qui souhaitait t'acheter. Je n'ai pas réfléchi sur le moment, tout ce que je savais c'est que si je ne faisais rien tu allais mourir... J'ai agi sans réfléchir.
La demoiselle face à lui baissa les yeux comme pris sur le fait, mais en réalité cette confession pleine de vérité lui convenait parfaitement. Elle avait agi par instinct et les dragons ne fonctionnaient que comme cela ou presque.
- Tu attends quoi de moi maintenant ?
- Mais rien vraiment ! Je pensais vraiment pouvoir te ramener chez toi et te libérer...
Il la fixa durement pendant un long moment, cherchant le mensonge. Mais rien.
- Je ne peux pas rentrer, je dois retrouver ma soeur !
L'héritière eut alors un regard fuyant et désolé et son coeur s'emporta dans sa poitrine, redoutant sa réaction.
- Je me suis renseignée et malheureusement tu es le seul dragon qui eut été vendu que ce soit sur les terres d'Eastus ou ailleurs... On m'a fait comprendre que si tu étais seul c'est sans doute par ce que ta soeur devait être... enfin elle doit surement être décédée, je suis sincèrement désolée...
Il voyait bien qu'elle était sur ses gardes, mortifié de ne pas savoir comment il allait réagir. Elle devait sans doute avoir souhaité ne pas être celle qui lui apprendrait pareille nouvelle. Cependant il était surtout surpris qu'elle ait pris la peine de chercher pour lui. Il se souvenait vaguement avoir mentionné sa soeur et sans avoir d'autres indices, elle avait enquêté sans rien attendre en retour.
- Tu as cherché après un autre Dragon ?
- Oui j'ai cherché sur tous les continents, je suis tellement désolée...
- Christila n'est pas un dragon, j'ai été élevé par des élémentals de feu.
C'était la toute première information personnelle qu'il donnait. Il ne leur avait d'ailleurs jamais donné son nom et la question ne se posait même pas jusqu'ici. Il examina simplement la réaction de l'humaine qui osait se tenir face à lui et fut surpris de la voir non pas s'énerver de la perte de temps, mais d'être soulager.
- Alors il y a encore un espoir ! Attends, il y avait une jeune fille élémental en vente ce jour-là ! Elle était petite et mince et elle avait de très jolis cheveux comme tes yeux Vani, t'en souviens-tu ?
La fée ne répondit même pas, s'acharnant juste à fixer d'un oeil furibond l'intrus.
- Où est-elle ? s'enflamma-t-il soudainement
Il la saisit par les épaules, l'air énervé. Il s'était approché si vite que les deux jeunes femmes n'eurent pas le temps de réagir. En réalité il était en colère contre lui-même, se sentant responsable de son propre échec. Mais évidemment d'un point de vue extérieur, il était difficile de le percevoir. Évelyne se recroquevilla sur elle-même, ne sachant nullement quelle attitude adopter à présent, Vani s'interposa soudainement, poussant sans ménagement l'homme qui osait malmener sa maitresse.
- Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi l'animal ?
- Comment tu m'as appelé le lutin ?
- Je t'interdis de poser tes mains sur Miss, je n'hésiterais pas a te...
- Vani c'est bon, calmons-nous ! Je sais où se trouve ta soeur s’il s'agit bien d'elle et je peux t'aider à la retrouver !
Le dragon se tourna de nouveau vers elle, suspicieux, attendant clairement qu'elle annonce ce qu'elle attendait de lui en retour.
- Par contre cela me semble léger comme preuve, il faut que nous nous renseignions sur son identité. Tu as dit qu'elle s'appelait Christila ? Je vais envoyer un télégramme pour m'assurer que c'est elle et si c'est le cas, nous partirons la récupérer, qu'en penses-tu ?
De nouveau l'homme garda le silence, cherchant encore où se trouvait le piège.
- Ouais et après ... ?
- Après nous vous ramènerons ! C'est parfait ça ! Donne-moi un peu de temps !
Elle se réinstalla à son bureau, ignorant alors les deux non humains qui pourtant n'avait pas été loin d'en venir aux mains peu de temps avant et chantonna d'un air guilleret en s'adonnant à sa tache.
- Elle est bizarre cette humaine... laissa entendre le dragon, ayant réellement du mal à s'y faire
- Non, tu te trompes encore ! Miss est juste quelqu'un de vrai et d'entier...
Le dragon grogna, mais ne releva pas, se laissant perdre dans la contemplation de la demoiselle qui travaillait, pesant encore le pour et le contre. Des humains il en connaissait des dizaines ! Sur les terres chaudes de Sudus, tous vivaient en harmonie sans distinction de race, les humains au même rang que les autres. Et que ce soit dans son lit ou ailleurs, il en avait rencontré beaucoup pour penser les comprendre. Et ce qu'il savait sur eux était qu'il fallait toujours du temps pour les voir tels qu'ils étaient ! Il n'était pas près de baisser sa garde...