06

1449 Words
Mia Je suis tellement offusqué par sa demande que, pendant une minute, ma bouche reste entrouverte, figée dans une stupéfaction muette. Mes yeux, comme deux soucoupes, s'accrochent à sa silhouette , dont l'expression demeure impassible, presque spectrale. - J-je… enfin, c’est une blague ? Il se redresse du tabouret, le bois grinçant sous son poids. Chase déploie une aura de mystère, une présence oppressante qui semble absorber la lumière autour de lui. Ses traits sont marqués par une fatigue sourde, une ombre permanente qui voile son visage, accentuant l’intensité de son regard. Il saisit l’enveloppe posée sur l’autre tabouret, ses doigts effleurent l’objet avec une lenteur presque calculée, comme s'il manipulait un artefact sacré. Lorsqu'il me la tend, c'est un geste chargé de signification, une offrande teintée de menace. Puis, sa voix s’abaisse, un murmure qui glisse dans l’air comme une brume lourde, enveloppante : - Récupère-la. Bien qu’hésitante, ma main se tend vers l’enveloppe, désireuse de la récupérer. Cependant, il choisit délibérément de la laisser glisser au sol, ses yeux fixés sur moi avec une intensité qui me déstabilise. Puis, il se rassoit sur le tabouret, sa posture décontractée trahit un profond intérêt pour son œuvre. Son attention se focalise sur son dessin, aux traits indomptée et brusques, empreints d'une audace presque insolente. - Je l’ai lu. Tu as une imagination débordante. Je me tends d’un seul coup. - Les mains appuyées contre la vitre de sa voiture, tu t’efforce de garder l’équilibre alors qu’il te prend avec une énergie sauvage, presque désordonnée. Il reprend son pinceau, son regard se concentrant intensément sur chaque détail de son dessin comme s'il cherchait à capturer quelque chose d'essentiel. - Pendant que tu gémis, lui demandant d’accélérer, de frapper plus fort. La honte m’envahit alors que je ramasse mon enveloppe, tombée au sol. Pourtant, je reste figée dans la pièce, une force invisible me clouant sur place. - Dis-le, prononce t-il doucement, sans pour autant préciser de quoi il parle. Il trace une ligne audacieuse sur son dessin, intensifiant l’expression du personnage, comme s’il voulait capturer l’essence même de la rébellion. - Ensuite ? Tu n’as pas terminé ton récit. Tu t’es arrêté sur la partie qui devenait la plus intéressante. Je me mordille la lèvre inférieure, tandis que mon cœur s’emballe, battant avec une irrégularité troublante dans ma poitrine. - Où devrais-je m’asseoir pour poser ? Il est évident que je n’ai pas besoin d’être un génie pour saisir la menace sous-jacente de ses paroles. C’est un peu tordu de sa part, et je suis encore plus tordu de céder à ce jeu. Un frisson d’appréhension parcourt mon échine à cette pensée. - Sur ce divan là-bas. L’éclairage mettra en valeur tes traits. Je prends une inspiration profonde, cherchant à apaiser les battements frénétiques de mon cœur, puis je m’avance vers le divan. Quand je me retrouve devant, je me retourne lentement pour lui faire face, mes yeux cherchant à capter son regard : - Nous sommes d’accord sur le fait que tu ne parleras de cette lettre à personne ? Même pas à Liam ? - Si tu peux faire ça , je pense que je peux également m’y prêter. Je m’allonge sur le divan, la douceur du tissu contre ma peau m’apporte une sensation de réconfort inattendue. Je fais glisser l’une des bretelles de ma robe, laissant entrevoir un peu de peau. Il secoue la tête, son expression sérieuse trahissant son intention : - Je n’ai pas demandé à voir ton épaule. Mes joues s’empourprent, une chaleur vive envahissant mon visage. Je détourne le regard, gênée, et retire l’autre bretelle de ma robe, la laissant glisser lentement sur mes hanches, exposant davantage ma peau à la lumière. Chase, qui était resté sur son tabouret, se redresse soudainement , ses yeux plongés dans les miens et mon cœur s’emballe instantanément. - Détends les traits de ton visage. Sa voix, douce mais ferme, m’invite à relâcher la tension. Lentement, il prend la pointe du pinceau dans sa main, l’utilisant avec une délicatesse presque artistique pour dégager les mèches de cheveux qui masquent mes seins. Son regard, intense et inébranlable, se fixe sur ma poitrine, sans détour : - Je suppose que ça peut le faire. Je ne peux m’empêcher de penser que même les tomates les plus rouges du marché seraient jalouses de la couleur de mes joues, brûlantes d’embarras. La pointe du pinceau se dirige vers mon menton, ajustant mes traits avec une précision méticuleuse, comme s’il sculptait une œuvre d’art à partir de ma propre essence. Puis, à nouveau, il rejoint le tabouret, remplaçant la toile qu’il a déjà utilisé par une nouvelle, immaculée. Le pinceau, trempé dans une encre noire brillante, se tend entre ses doigts. Ses yeux, profonds et mystérieux, se lèvent lentement dans ma direction. Il me fixe avec une intensité troublante, comme s’il tentait de percer le mystère de ma présence, incapable de saisir pourquoi une fille comme moi pouvait autant captiver son attention. Tout en continuant à m’observer, il commence à effectuer des mouvements précis avec le pinceau sur la toile. Je le vois dessiner des lignes fluides, traçant et retracant des formes qui semblent prendre vie sous son geste, pourtant il ne jette pas un seul regard à son œuvre ; ses yeux restent fixés sur moi, comme si notre connexion était plus importante que ce qu’il créait. Lorsqu’il suspend à nouveau son pinceau en l’air, c’est pour articuler d’une voix douce et maîtrisée, teintée d’une légère insolence : - Tout de même, je suis curieux. Pourquoi écris-tu ce genre de choses quand tu peux le lui avouer directement ? Sa question me prend au dépourvu, comme un éclair dans un ciel serein. Une chaleur rougeoyante me consume le visage, révélant mon embarras. - Je pose nu pour toi, alors évitons de parler de ça. Ma réponse est claire et nette, tranchante comme un couteau. Je fais ce que tu m’as demandé, alors mêle-toi de tes affaires et fais comme si tu n’avais rien vu. Cependant, sa voix s’élève à nouveau, résonnant comme une cloche qui appelle à la réflexion. Je me rends compte qu’il fait partie de ce genre de personnes qui ont toujours obtenu ce qu’ils veulent, avec une assurance déconcertante. - À mon avis, tu est une personne pragmatique . Tu sais que tu ne peux pas l’avoir, alors pourquoi te permettre de rêver? Si je dois me fier à ses expressions faciales, la question ne semble pas vraiment l’intéresser, bien au contraire. Pourtant, je ne comprends pas pourquoi il pose ces questions. Est-ce une simple provocation ou cherche-t-il à percer un secret enfoui en moi ? Je scrute son visage à la recherche d’indices, mais il reste impassible, comme un tableau que l’on ne peut déchiffrer. Cette conversation, bien que banale en apparence, semble ouvrir une porte vers des réflexions plus profondes, des émotions que je n’ai pas encore osé explorer. - Pourquoi ne pourrais-je l’avoir ? Je le vois esquisser un sourire fugace, un mouvement subtil de ses lèvres qui me prend au dépourvu. Je suis un peu déstabilisée, car je n’arrive pas à comprendre ce qu’il représente. Ce n’est pas un sourire sincère, empreint de chaleur, ni un sourire moqueur, chargé de sarcasme. C’est un sourire énigmatique, comme un message crypté que je ne parviens pas à déchiffrer. - Me contredire te donnera sûrement de la confiance en toi, ne te dérange pas, sois à ton aise et fais-le. Sa voix est douce, presque mélodieuse, mais elle porte un sous-entendu que je ne peux ignorer. Il pose son pinceau avec soin, comme s’il respectait un moment de silence, puis sort une cigarette de sa poche. Il la tient entre ses doigts, l’examinant comme un artefact précieux. Il patiente quelques secondes, son regard posé sur cette tige à cancer, avant de l’allumer d’un geste nonchalant, le nuage de fumée s’élevant lentement dans l’air. - Je dis que tu sais que tu ne peux pas l’avoir pour la simple et bonne raison que vous êtes de deux mondes différents. Et puis, tu n’es pas son style de fille. Mes mots se bloquent dans ma gorge alors que je déglutis. Une vague d’émotions me submerge, et mes yeux me piquent, menaçant de trahir mon trouble. En conséquence, je me redresse du divan, remontant les bretelles de ma robe, un geste qui me donne l'illusion de reprendre le contrôle. - J’espère que tu as terminé ton dessin, parce que je rentre chez moi. Sans même prendre la peine de lui lancer un regard, je m’extirpe de la pièce, le cœur battant. La porte se referme derrière moi avec un léger claquement, laissant derrière moi un mélange d’incertitude et de frustration.
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