Mia
La respiration saccadée, le cœur tambourinant dans ma poitrine, je sors du taxi, l’esprit en ébullition. Chaque pas vers la maison des Collins semble peser une tonne, comme si le sol lui-même tentait de me retenir. L’angoisse s’insinue en moi, un serpent glissant le long de ma colonne vertébrale. Je n’ai pas simplement marché ; j’ai couru, chaque goutte de sueur sur mon front témoignant de l’urgence de la situation. J’espère de tout mon cœur que maman n’a pas encore remis la lettre.
Je prends une profonde inspiration, l’air frais du jour me brûlant les poumons. Devant le portail métallique, je m’arrête un instant, le monde autour de moi se fige. Mon cœur bat si fort que je crains qu’il ne s’arrête. Je montre mon visage à la caméra, et lorsque le gardien me reconnaît, la porte s’ouvre avec un grincement sinistre, comme une invitation à l’inconnu.
Sans réfléchir, je me précipite à l’intérieur. La vitesse me fait tourner la tête ; je me retrouve rapidement devant la porte d’entrée. Ma main tremble alors que je lève le poing pour sonner, mais la porte s’ouvre brusquement. Oskar apparaît, son expression figée entre surprise et inquiétude.
- Mia ? Que fais-tu ici ? demande-t-il, sa voix trahissant une curiosité .
- Euh… je… ma mère a oublié quelque chose d’important avant de venir ici… J’étais venue le lui remettre, dis-je, ma voix vacillante, révélant l’angoisse qui me ronge.
- Ah, ce n’est pas de chance, répond-il, un soupçon de regret dans les yeux. Tu viens de la rater. Elle est repartie juste après avoir remis une lettre à monsieur Collins.
À ces mots, un frisson d’horreur me parcourt. Mes sourcils se froncent, et je sens une boule se former dans ma gorge.
- Monsieur Collins ? répète-je, chaque syllabe s’accrochant à mes lèvres comme une confession.
- Oui, le jeune maître Collins, précise-t-il, son ton devenu plus grave.
Mon cœur s’emballe, une vague de panique m’envahit. Je manque de m’évanouir.
- Q-quoi ?! Ce n’est pas censé être madame Collins qui s’occupe généralement de ces affaires ? m’écriai-je, la voix tremblante, l’incrédulité se mêlant à la peur.
- Plus maintenant, dit Oskar d’un ton sérieux. Le jeune maître a récemment été désigné pour endosser ce rôle. C’est sans doute une punition de son père ; il veut qu’il apprenne à grandir en lui confiant cette responsabilité.
Je déglutis avec difficulté, la réalité de la situation m’écrasant comme un poids insupportable.
- Puis-je voir le jeune maître ? demandai-je, l’urgence de ma voix trahissant ma détresse. En fait, il y a une erreur concernant la lettre… ma mère s’est trompée et elle a pris la mienne.
Oskar me fixe un instant, son regard oscillant entre curiosité et hésitation. Après un court silence, il prend une profonde inspiration et répond lentement :
- Laisse-moi voir ce que je peux faire. Entre donc.
Il s’écarte lentement de la porte, ses mouvements empreints d’une certaine hésitation, puis s’éloigne, prenant la direction de l’atelier. Cet endroit, que je connais si bien, est le même que celui que j’ai l’habitude de nettoyer chaque samedi avec ma mère. L’odeur du bois frais et des outils éparpillés me revient en mémoire, évoquant les moments passés à travailler côte à côte, partageant des rires et des conseils.
Je reste immobile dans le couloir, le cœur battant, les mains jointes devant moi comme pour contenir l’anxiété qui monte en moi. Les murs semblent se resserrer autour de moi alors que je prie intérieurement, espérant de tout mon cœur que Chase n’ait pas encore lu ma lettre. Chaque seconde qui passe me paraît une éternité, et je redoute le moment où il découvrira mes pensées les plus intimes, celles que j’ai osé coucher sur le papier.
- Mia, tu peux aller le trouver dans l’atelier, articule Oskar en revenant, sa voix posée. Ses mots apaisent un peu mon stress. Si tout se passe bien, il n’aura pas encore eu le temps de la lire.
- Merci, Oskar, murmurai-je, presque dans un souffle, avant de me précipiter vers l’atelier. Devant la porte, je frappe trois fois, hésitant, puis j’entends un subtil « entrez » qui me fait l’effet d’une douche froide.
Je pousse la porte lentement, et la pièce se révèle peu à peu. Mon regard se pose sur Chase, assis sur un tabouret, plongé dans son travail. Son attention est rivée sur la toile devant lui, mais je peux voir qu’il est en proie à une lutte intérieure. Les traits de son visage sont marqués par la concentration, et ses sourcils se froncent alors qu’il tente désespérément de capturer quelque chose sur la toile qui lui échappe.
Les coups de pinceau sont à la fois vigoureux et hésitants, comme s’il cherchait à donner vie à une idée qui refuse de se concrétiser. Je remarque les esquisses autour de lui, des visages inachevés, chacun portant des expressions qui semblent refléter une émotion tumultueuse. C’est comme s’il était bloqué dans un tourbillon créatif, incapable de trouver la clé pour libérer son inspiration.
Je m’approche encore un peu, mon cœur battant la chamade. Mon regard s’arrête sur ma lettre, laissée négligemment sur l’un des tabourets vides. Un frisson me parcourt lorsque je réalise qu’elle semble avoir été ouverte.
- Tu as demandé à me voir ? Sa voix brise le silence, claire et directe. Il ne détourne même pas les yeux de son travail, comme s’il espérait que le simple fait de parler pourrait l’aider à débloquer son esprit.
Je prends une profonde inspiration, rassemblant mon courage.
- O-Oui… je… c’est au sujet de la lettre de démission… balbutiai-je, le visage brûlant de gêne. En fait, ma mère s’est trompée en l’envoyant. Cette lettre ici présente est la mienne, et j’aimerais la récupérer. Je tends la vraie lettre, celle que maman était censée envoyer, mes mains tremblant légèrement.
Un silence pesant s’installe entre nous, amplifié par le fait qu’il a probablement lu ma lettre. Je vois son regard se durcir un instant, une ombre de frustration passant sur son visage. Il semble pris dans un dilemme, partagé entre son art et cette nouvelle réalité.
- Tu pourrais poser nu pour moi ? Sa question, inattendue et brutale, me prend de court.