chapitre 4

1071 Words
Le crépuscule tombe, lentement, inexorablement. Je le sens. Dans cette aile silencieuse, chaque minute s’étire, chaque battement de cœur résonne trop fort. J’ai tourné en rond toute la journée, arpenté les couloirs autorisés, scruté chaque porte, chaque fenêtre. Rien. Tout est verrouillé, sécurisé. Même les poignées semblent conçues pour briser l’espoir. Je suis surveillée. En permanence. Je le sais. Cette impression de n’être jamais seule m’étouffe. Le soir arrive. Le repas est apporté par la même femme, toujours aussi froide. Je n’y touche pas. Mon estomac est noué. Ce soir, il viendra me chercher. Pour la première nuit. Je me prépare. Pas pour lui. Pour moi. Je rassemble ce qui me reste de forces, de lucidité. Mon cœur cogne, mais ma décision est prise. Je ne serai pas passive. Pas cette fois. Un plan, fragile, me traverse l’esprit. Risqué. Mais c’est peut-être la seule faille. Un cliquetis au loin. La porte. Des pas, lourds, assurés. Il arrive. Je me tiens droite, près du lit. Je ne veux pas qu’il me trouve recroquevillée. Je refuse de lui montrer ma peur. La porte s’ouvre. Derek entre. Noir des pieds à la tête, vêtu d’une chemise sombre, col ouvert. Une aura de puissance tranquille émane de lui. Son regard s’attarde sur moi, longuement. — Magnifique, murmure-t-il. J’aime cette force. Même maintenant. Je me tais. Chaque mot pourrait se retourner contre moi. Il s’approche, lentement, sans précipitation. — Tu as compris, j’espère. Tu es ici parce que je le veux. Mais aussi… parce que tu es à moi. Je soutiens son regard. — Je ne t’appartiendrai jamais, Derek. Son sourire s’élargit, un éclat prédateur dans les yeux. — Nous avons la nuit pour t’en convaincre. Il tend la main. — Viens. Je ne bouge pas. Son regard se durcit légèrement. — Viens. J’avance, lentement. Contrôlant chaque geste, chaque souffle. Il attrape ma main, ses doigts se refermant sur les miens avec une force tranquille, irrésistible. Il m’entraîne à travers le couloir. Le cœur battant, je compte mes pas. Le moment approche. Nous arrivons devant une porte plus grande, massive. Sa chambre. Il ouvre. L’intérieur est à son image : sombre, élégant, dominé par un lit immense en bois sculpté, draps noirs, tentures épaisses. Une cheminée éclaire la pièce d’une lueur rougeoyante. Il referme la porte derrière nous. Aucun verrou apparent. Mais il n’en a pas besoin. Il est le verrou. Il se tourne vers moi. — Ce soir, pas de liens. Pas de chaînes. Tu es libre de refuser. Mais tu sais ce que cela entraînerait. Je le fixe, le souffle court. — Je ne veux rien de toi. Il s’approche, son regard brûlant de désir sombre. — Tu mens. Il m’effleure, du bout des doigts, le long du bras. — Ton corps me le dira. Même si ta bouche le nie encore. Je frémis malgré moi. Contrôle, Juliette. Ne pas flancher. Il fait un pas de plus, me pousse doucement jusqu’au lit. — Déshabille-toi. Je ne bouge pas. Son regard se durcit. — Juliette. Je lève les yeux vers lui, tremblante mais résolue. — Si tu veux un cadavre sur ce lit, force-moi. Sinon, tu devras me convaincre. Un silence. Ses yeux s’assombrissent. Pendant un instant, je crois qu’il va me frapper. Mais il inspire lentement, maîtrise sa colère. — Très bien, murmure-t-il. J’aime les défis. Il s’assoit sur le bord du lit, me fait signe d’approcher. Je reste droite. — Viens, Juliette. Pour rester en vie. Je m’avance. Lentement. Il me saisit par la taille, me fait asseoir sur ses genoux. Son odeur m’enveloppe, musquée, entêtante. Son souffle glisse sur ma nuque. — Je vais te montrer ce que c’est, d’être mienne. Tu t’en souviendras. Sa main explore mon dos, ma nuque, descend le long de mes hanches. Chaque frisson me dégoûte mais je retiens mes réactions. Si je le provoque trop vite, il deviendra brutal. Je dois attendre le bon moment. Il défait lentement les boutons de ma robe, glisse le tissu de mes épaules. Sa bouche effleure ma peau. — Tu es superbe, Juliette. Même quand tu trembles. Je ferme les yeux. Inspirer. Contrôler. Pas encore. Sa main remonte entre mes cuisses, effleure mon intimité à travers le tissu. Ma gorge se serre. Il murmure : — Tu es à moi. Dis-le. Je reste muette. Il resserre sa prise. — Dis-le. Je plante mes ongles dans ses avant-bras. — Jamais. Il rit doucement. — J’adore ce feu en toi. Mais il finira par s'éteindre. Il m’allonge sur le lit, ses mains glissant sur mes cuisses, ma poitrine. Son regard brille d’une lueur dangereuse. Il commence à se déshabiller, lentement, me dominant de tout son corps. C’est le moment. Ma main glisse sous l’oreiller, là où j’ai caché un petit objet subtil — un éclat de verre dérobé sur un vase brisé, dans un couloir. Ma seule arme. Je le serre dans ma paume, respire à fond. Attendre. L’instant exact. Derek se penche sur moi, son corps contre le mien. Ses lèvres descendent le long de ma gorge. — Bientôt, tu ne pourras plus te passer de moi. Je murmure : — Peut-être. Il s’arrête, surpris. Mon regard se fait plus doux, presque souple. Je joue. Je dois le piéger. Je caresse doucement son épaule. — Montre-moi… Derek. Son sourire triomphe. — Enfin. Il relâche un peu sa vigilance. C’est l’instant. Ma main jaillit. L’éclat de verre brille. Je le plante de toutes mes forces dans son flanc. Il hurle, recule brutalement. Je roule hors du lit, cours vers la porte. Mon cœur bat à exploser. Mais… Un déclic. La porte ne s’ouvre pas. Derek, blessé, se redresse. Une lueur meurtrière dans le regard. — Petite s****e… Il se tient le flanc, le sang coule, mais il avance déjà vers moi. — Tu crois me piéger ? Ici ? Dans MA maison ? Je recule, dos au mur. Piégée. Il s’approche, haletant, dangereux. — Je vais te le faire payer… très cher. Mon souffle s’accélère. Il est blessé. Mais pas assez. Et je suis coincée. Il m’attrape brutalement, me plaque contre le mur. — Tu viens de signer ta sentence, Juliette. Je me débats, frappe, mords. Il sourit, le sang aux lèvres. — C’est comme ça que je t’aime. Sauvage. Il me soulève, me jette sur le lit, plus furieux que jamais. — Cette nuit… tu vas apprendre. Je lutte. De toutes mes forces. Mais je sais… Cette fois-ci, je vais payer.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD