Episode 3

3230 Words
Je n’ai dormi que deux heures cette nuit. Mon esprit n’a cessé de vagabonder, sautant d’un problème à un autre, incapable de trouver la moindre accalmie. Lorsque le réveil sonne à six heures, le bruit strident me frappe comme une lame. Mes muscles endoloris protestent, mais je me redresse mécaniquement, comme une marionnette tirée par des fils invisibles. Assise au bord du lit, les pieds nus sur le sol glacé, je fixe un instant la pénombre de ma chambre, les yeux encore brouillés par le sommeil. Ma main attrape la bouteille d’eau sur la table de chevet. Je bois d’un trait, espérant que la fraîcheur dissipera un peu la lourdeur de mes paupières et la fatigue qui me colle à la peau. Chaque matin commence comme une bataille contre moi-même : une lutte pour ne pas céder à l’inertie, à l’envie de rester allongée sous les draps à regarder le plafond. Aujourd’hui ne fait pas exception. Je me lève enfin, d’un geste lent et calculé, et j’attrape mon legging noir et mon débardeur gris, pliés sur la chaise à côté. Les vêtements glissent sur ma peau avec un réconfort presque familier, comme une armure qui me prépare à affronter la journée. Je ramasse mes baskets usées et les noue avec soin, une habitude quasi-méditative. Une fois prête, je respire profondément et me dirige vers la porte, le poids de la fatigue s’effaçant peu à peu sous l’effet de ma routine. Dès que je sors, l’air frais me saisit. Une bouffée glacée me frappe le visage, balayant d’un coup la torpeur qui m’enveloppait. Je frissonne, mais cette sensation vivifiante est une bénédiction. La lumière du matin, encore pâle, illumine les arbres qui bordent le sentier ; leurs feuilles, perlées de rosée, scintillent sous les premiers rayons du soleil. L’endroit est calme, presque magique. Ici, entourée par la nature, je me sens à ma place. Mes pieds trouvent instinctivement leur rythme sur le chemin de terre, et peu à peu, je me perds dans la cadence régulière de mes foulées. Mon esprit s’apaise. Mais ce moment de sérénité est de courte durée. Une sensation désagréable me fait ralentir : celle d’être observée. Puis, un bruit. Des pas. Lourds, réguliers, et trop proches pour être une coïncidence. Une boule d’angoisse naît dans ma poitrine, comprimant mon souffle. Je ralentis sans m’en rendre compte, jetant un coup d’œil discret par-dessus mon épaule. Une silhouette se détache dans la lumière matinale. Mon cœur s’accélère, et je lutte pour ne pas céder à la panique. — Bonjour, lance une voix derrière moi. Je me fige. La silhouette se rapproche, et bientôt je reconnais Gabriel. Il court avec aisance, son souffle à peine audible malgré son rythme rapide. Ses cheveux sombres sont légèrement ébouriffés, et un sourire joue sur ses lèvres, comme s’il s’amusait de ma surprise. — Bonjour, dis-je en me redressant, tentant de masquer mon trouble. — Vous venez ? demande-t-il en s’arrêtant à mes côtés, tout en continuant de courir sur place pour ne pas perdre son élan. J’espère que je ne vous ai pas effrayée ? — Non, non, je vais bien, murmurai-je, la gorge serrée. Je reprends ma course, accélérant légèrement pour tenter de le distancer, mais il ajuste son rythme avec une facilité déconcertante. Je sens sa présence peser sur moi, comme une ombre qui refuse de me lâcher. Pourquoi lui ? Pourquoi faut-il que je tombe sur lui ? Le silence est trop lourd, mais je n’ose rien dire. Pourtant, il brise rapidement cette tension : — Ma proposition tient toujours, dit-il d’un ton léger, presque amusé. Je manque de trébucher. Une vague de colère monte en moi. Ce n’est pas le moment, encore moins l’endroit, pour avoir cette conversation. — Écoutez, dis-je en m’arrêtant brusquement, c’est toujours non, et ça le restera. Pourquoi n’allez-vous pas payer une escorte de luxe au lieu d’embêter des filles comme moi ? Il sourit, mais ses yeux s’assombrissent légèrement. Sans un mot, il attrape mon bras. Son geste n’est pas v*****t, mais ferme, suffisant pour m’obliger à lui faire face. — Ce n’est pas une question de sexe, Sarah, murmure-t-il, son regard fixé dans le mien. C’est toi que je veux. Pas autre chose. Le mot "sexe" prononcé par lui résonne dans ma tête, me déstabilisant plus que je ne l’aurais voulu. Je détourne les yeux, le souffle court. — Je… Je vous ai dit non. Je me dégage de son emprise et reprends ma course sans un mot de plus. Mon cœur bat à tout rompre, non pas à cause de l’effort physique, mais de cette confrontation. Quand je m’assure enfin qu’il ne me suit plus, je ralentis, le visage brûlant et les mains moites. Je termine mon jogging par une marche rapide, mais mon esprit reste en ébullition. De retour dans ma chambre, je retire mes vêtements trempés de sueur et entre directement sous la douche. L’eau chaude frappe ma peau et apaise mes muscles tendus, mais pas mes pensées. Gabriel occupe mon esprit, malgré moi. Son regard, ses paroles, son sourire… Pourquoi son comportement me trouble-t-il autant ? Je me déteste pour y penser encore. Je suis ici pour travailler, rien de plus. Lorsque je descends à la cuisine, il est déjà huit heures. Je m’active pour préparer le petit déjeuner : le café, les fruits, les viennoiseries soigneusement disposées sur la table. L’odeur familière remplit l’air, réconfortante. Mme de la Croix arrive la première, suivie de près par Gabriel. Il porte un haut noir qui épouse parfaitement son torse et un jean bleu marine qui met en valeur sa silhouette. Il sourit, mais son regard trahit une certaine insistance qui me met mal à l’aise. — Installez-vous, mademoiselle Sarah, dit-il en tirant une chaise pour moi. Vous devez être affamée après votre footing. Je le remercie, gênée, mais son geste attire les regards. Mme de la Croix, absorbée par son journal, ne remarque rien, mais Lilya, qui vient d’arriver, hausse un sourcil moqueur. — Alors, on court le matin maintenant ? lance-t-elle avec un sourire malicieux. — Oui, cela m’aide à bien commencer la journée, répondis-je. Gabriel, assis à côté de moi, ne fait aucun commentaire. Mais son regard reste ancré sur moi, comme une ombre que je ne peux ignorer. — C’est une très bonne chose, bravo, ajoute Mme de la Croix avec un sourire approbateur, ajustant sa tasse de thé sur la table. Je hoche la tête timidement, murmurant un « merci » à peine audible. J’espérais que cette petite conversation se terminerait là, mais Gabriel choisit ce moment pour intervenir, son ton léger et décontracté tranchant avec l’atmosphère. — D’ailleurs, on s’est croisés ce matin, dit-il en me lançant un regard appuyé, un sourire en coin étirant ses lèvres. Je ressens aussitôt une chaleur désagréable monter à mes joues, me rendant presque incapable de répondre. Ce matin, son interruption durant mon jogging me revient en mémoire comme une bourrasque, et je baisse les yeux, espérant que personne ne remarque mon trouble. À cet instant, Lilya entre dans la pièce, bâillant à moitié, son chignon mal attaché oscillant dangereusement sur le sommet de sa tête. Ses yeux, encore lourds de sommeil, se plissent légèrement à la vue de Gabriel. — Bonjour ! lance-t-elle, sa voix traînante contrastant avec l’énergie déjà en marche dans la cuisine. Elle se laisse tomber sur une chaise, son mouvement nonchalant accompagné du raclement sonore de la chaise contre le carrelage. Mme de la Croix, visiblement amusée, pose délicatement sa tasse sur sa soucoupe et se tourne vers elle. — Il va falloir emmener Lilya avec vous la prochaine fois, Sarah, taquine-t-elle en me lançant un regard complice. Lilya lève une main en l’air, comme pour repousser cette idée absurde. — Oh, je n’en ai pas besoin, dit-elle avec une exagération théâtrale, un sourire insolent éclairant son visage. Mon corps est parfait sans efforts. Pourquoi m’infliger une torture pareille ? Gabriel, adossé nonchalamment contre le rebord de la table, sourit à cette remarque et se redresse légèrement, croisant les bras sur sa poitrine. — Ce n’est pas seulement une question de corps, mademoiselle Lilya, réplique-t-il avec un ton légèrement moqueur. Une matinée productive, c’est bon pour l’esprit. Vous devriez essayer un jour. — Et vous devriez peut-être dormir un peu plus, monsieur de la Croix, rétorque Lilya avec un sourire en coin. Vous semblez en avoir besoin. Gabriel ne répond pas, se contentant de sourire à moitié, mais je peux sentir la tension sous-jacente dans l’échange. Cette rivalité tacite entre eux semble être une constante dans la maison. Mme de la Croix, reprenant son rôle d’autorité, détourne enfin son attention vers moi. — Sarah, occupez-vous de la chambre de Noé aujourd’hui, s’il vous plaît. Il est temps qu’il laisse quelqu’un d’autre s’en occuper. Ses mauvaises habitudes doivent cesser. Je reste figée un instant. S’occuper de la chambre de Noé ? Les murmures dans les couloirs, les soupirs des autres employés lorsqu’il est mentionné, tout me revient en mémoire. Noé est une énigme : son absence quasi-permanente à table, son comportement renfermé, sa réputation d’homme difficile à approcher. Ce n’est pas une tâche que j’avais espérée. — Oui, madame, répondis-je avec un petit soupir, tentant de dissimuler ma nervosité. Gabriel, qui jusque-là semblait simplement spectateur de l’échange, arque un sourcil en captant mon expression. Une lueur amusée éclaire son regard, comme s’il devinait ce qui trottait dans ma tête. À neuf heures précises, après avoir fini les autres chambres avec Lilya, je me tiens enfin seule devant la porte imposante de la chambre de Noé. Elle me paraît plus grande, plus sombre, comme si elle renfermait des secrets que personne ne voulait dévoiler. Je sens mon cœur accélérer légèrement, un mélange de nervosité et d’appréhension. Je frappe doucement, presque timidement. — Monsieur Noé ? Vous êtes là ? demandé-je d’une voix hésitante. Le silence qui me répond est assourdissant. Pas un bruit, pas un mouvement. Je déglutis, hésitant à insister. Après quelques secondes d’attente, je frappe de nouveau, un peu plus fort. — Monsieur Noé ? répétai-je, plus haut cette fois. Toujours rien. Peut-être n’est-il pas là ? Je pose ma main sur la poignée et, après une seconde d’hésitation, je la tourne lentement. La porte s’ouvre dans un léger grincement, dévoilant une pièce plongée dans l’obscurité totale. Les lourds rideaux sont tirés, bloquant toute lumière extérieure, et l’air est lourd, stagnant. Une odeur mêlée de tabac, de parfum boisé et de quelque chose de métallique emplit mes narines. Je m’avance d’un pas, allumant la lampe de mon téléphone pour éclairer légèrement la pièce. Mon regard capte aussitôt le désordre ambiant : des vêtements éparpillés au sol, des livres ouverts en désordre sur une table basse, un lit aux draps froissés, comme s’ils n’avaient pas été changés depuis des semaines. — Monsieur Noé ? murmuré-je, incertaine. Un grognement sourd me répond soudain, brisant le silence. Une voix rauque, grave, qui semble sortir des profondeurs de l’obscurité. — Approche-toi. Je me fige, mon cœur battant à tout rompre. La lumière de mon téléphone tremble légèrement dans ma main. Pourtant, je me ressaisis. Je suis là pour travailler. Rien de plus. En avançant lentement, la lumière éclaire une silhouette assise au bord du lit. Noé est là, torse nu, les coudes appuyés sur ses genoux, la tête légèrement baissée. Ses cheveux noirs tombent en mèches désordonnées, et son visage est à moitié caché par l’ombre. Pourtant, je sens son regard perçant, sombre et intense, fixé sur moi. — Je dois m’occuper de votre chambre, monsieur, dis-je, tentant de conserver un ton calme malgré le poids oppressant de sa présence. Il redresse légèrement la tête, ses yeux toujours rivés sur moi. Ses traits sont fermés, marqués par une fatigue visible, mais quelque chose dans son expression dégage une colère contenue. — Pourtant, j’ai dit pas de dérangement, grogne-t-il d’un ton traînant. Je ravale ma nervosité et réponds doucement : — Votre mère m’a envoyée... Ses yeux s’enflamment aussitôt. Il se redresse brusquement, son regard brûlant de colère. — Elle me les brise ! crache-t-il. Et ne dites plus jamais "votre mère" ! Je reste interdite, ne sachant pas quoi répondre. Sa réaction est si intense qu’elle me laisse sans voix. Je finis par reculer d’un pas. — Je reviendrai plus tard, dis-je prudemment, espérant éviter une confrontation. — Non, maintenant que tu es là… Ouvre ces fichus rideaux. Sa voix est froide, tranchante, presque menaçante. Je m’exécute sans protester, tirant les rideaux d’un geste brusque. La lumière du jour envahit la pièce, révélant pleinement le chaos ambiant : des piles de vêtements abandonnés, des draps froissés, et une atmosphère lourde, presque suffocante. Noé se lève, dévoilant un corps musclé, marqué par des cicatrices profondes qui zèbrent son dos. Je détourne rapidement le regard, troublée par ces traces de souffrance évidente. Tandis qu’il se dirige vers la salle de bain, je me remets à mon travail, tentant de me concentrer malgré l’aura pesante qu’il laisse derrière lui. — Tu as fini ? me reproche-t-il d’un ton sec. Je sursaute légèrement à sa voix, perdue dans mes pensées. Mon regard, involontairement posé sur son dos marqué de cicatrices, remonte aussitôt vers son visage. Ses yeux sombres me scrutent avec une irritation évidente. — Oh, pardon ! balbutié-je en détournant vivement les yeux, la chaleur montant à mes joues. Il arque un sourcil, comme s’il savourait mon embarras. — Je parlais du ménage, bien sûr, ajoute-t-il, une pointe de sarcasme dans la voix. — Oui, bien sûr… Je veux dire non… je n’ai pas fini, bredouillé-je, incapable de formuler une réponse cohérente. m***e, quelle gaffe ! Je me retourne précipitamment pour m’occuper du linge sale, rassemblant les vêtements éparpillés avec des gestes rapides, presque nerveux. Mes mains tremblent légèrement alors que je tente de me concentrer sur ma tâche. Lui, cependant, reste immobile, observant mes mouvements avec une indifférence apparente. — Ne touche pas aux livres, lance-t-il brusquement. Sa voix, sèche et tranchante, me coupe dans mon élan alors que je m’apprêtais à ranger un livre tombé près du bureau. Je me fige, le souffle suspendu un instant, avant de reculer d’un pas. — Très bien, monsieur, murmuré-je d’un ton à peine audible. Puis, à voix basse, tout en reprenant mon travail, je chuchote pour moi-même : — p****n de lunatique ! J’entends un léger éclat de rire étouffé, mais lorsque je tourne la tête, il a déjà disparu dans la salle de bain. Sa silhouette massive, presque nonchalante, s’éloigne sans un mot de plus, me laissant seule dans ce désordre oppressant. Je profite de son absence pour accélérer le rythme, m’activant comme si ma vie en dépendait. J’attrape le linge sale, redresse les meubles, tire les draps froissés avec une précision mécanique. Mon objectif est clair : finir au plus vite et quitter cet espace étouffant. Chaque seconde passée dans cette chambre semble allonger une éternité. Lorsqu’il quitte finalement la salle de bain, je prends ma serviette et entre à mon tour. La pièce est un véritable champ de bataille : des vêtements sales s’entassent dans un coin, et une forte odeur de savon mêlée à la vapeur envahit l’espace. Le lavabo et la baignoire sont maculés de traces de produits, et un miroir embué reflète mon visage rouge de fatigue. Je nettoie méthodiquement, mon esprit oscillant entre agacement et soulagement à l’idée de terminer cette tâche. Quand je retourne dans la chambre, Noé s’est habillé et s’est installé à son bureau. Il est penché sur un livre, tournant les pages avec une lenteur calculée, comme s’il m’ignorait délibérément. La tension dans la pièce est palpable, mais je continue de ranger les dernières affaires éparpillées. Soudain, sa voix brise le silence : — Apporte-moi un café. Mon esprit se fige. Mon premier réflexe est de refuser, de lui dire qu’il peut se servir lui-même. Mais au lieu de répondre, je reste là, silencieuse, à peser mes options. J’ai envie de l’envoyer balader, mais ma rationalité l’emporte. Je sais qu’il est préférable de ne pas attiser son irritabilité. Avant que je puisse répondre, une autre voix intervient derrière moi. — Elle n’est pas là pour ça, dit Gabriel en entrant sans frapper. Sa présence remplit aussitôt la pièce. Il se tient là, droit et sûr de lui, ses yeux clairs fixant son frère avec une froide détermination. La tension entre eux est presque palpable, comme une tempête sur le point d’éclater. — De quoi je me mêle ? grogne Noé, sa voix teintée de mépris. — De mes affaires, réplique Gabriel, le ton égal mais implacable. Noé se lève lentement, croisant les bras sur son torse. Il fait un pas en avant, réduisant la distance entre eux, et son regard se fait plus menaçant. — Vraiment ? Il y a une étincelle de défi dans ses yeux, un mélange de colère et de sarcasme. Je sens que cette confrontation n’a rien d’anodin. — J’ai appris les bonnes manières dans l’école de la vie, contrairement à toi, réplique Gabriel, un sourire froid étirant ses lèvres. Maintenant, quitte ma chambre, ordonne-t-il en désignant la porte. Noé éclate d’un rire bref, sans joie. — N’oublie pas que c’est chez moi ici, lance-t-il, sa voix remplie d’amertume. — Tu ne rates pas une occasion de me le rappeler, rétorque Gabriel en soupirant, comme s’il était las de cette vieille dispute. Tu n’es qu’un petit c*n, Noé. Un petit c*n de bourgeois qui ne sait rien de la vraie vie, qui n’a jamais connu la misère. Gabriel lève les yeux au ciel, exaspéré. Mais cette fois, il décide de ne pas riposter. Il secoue simplement la tête et, après un silence tendu, attrape violemment un livre posé sur le bureau. Il sort de la pièce en claquant la porte, laissant derrière lui une atmosphère encore plus lourde qu’avant. Noé, visiblement irrité, se rassoit à son bureau, se remettant à lire comme si rien ne s’était passé. Je reste là, incertaine, les mains moites et l’esprit troublé. — Ça ne me dérange pas de lui apporter un café, finis-je par dire doucement, rompant le silence. Mais Gabriel revient dans l’embrasure de la porte, croisant les bras avec une expression ferme. — Sarah, tu n’as pas à te rabaisser. Sois fière de toi, dit-il en avançant vers moi. Sa main se pose doucement sur mon épaule, son regard se plongeant dans le mien avec une intensité désarmante. Mon souffle se coupe un instant. — Je ne fais que mon travail, murmuré-je, incapable de soutenir ses yeux trop perçants. — Tu fais déjà ton travail, ne t’en fais pas, répond-il avec douceur. Sa main glisse le long de mon bras, puis remonte pour caresser ma joue. Je recule instinctivement, troublée par cette proximité. — Ne fais pas ça, s’il te plaît. Tu es mon patron, dis-je d’une voix plus ferme, tentant de reprendre le contrôle de la situation. Gabriel reste un instant immobile, comme s’il pesait mes paroles, puis esquisse un sourire triste. — Je ne le serai plus si tu me donnes l’occasion, murmure-t-il. — Non, c’est toujours non, répliqué-je fermement, reprenant enfin mes esprits. Je détourne les yeux et me remets à ranger, tâchant de retrouver une contenance. Ma tête est envahie de pensées contradictoires, mais je m’accroche à une seule certitude : Concentre-toi, Sarah. Tu es là pour travailler. Tu n’as pas le droit de rêver, d’espérer… Garde les pieds sur terre, bon sang !
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