Et ce n’était que le début mon père. Sans savoir j’étais en train de passer mes derniers jours avec ma mère… Ses pieds avaient enflé, elle ne sentait plus de douleur mais ses pieds ne s’arrêtaient pas d’enfler. Les médecins n’arrivaient à trouver aucune explication à ce qui se passait, ca se voyait même sur leurs visages que même eux ils étaient dépassés, une infirmière à même carrément lâché :
« ces gens qui viennent nous donner du travail inutile avec leurs maladies mystiques, y’en a marre »…
Mais par profession, ils ne faisaient que nous dire qu’ils vont amplifier les examens et les recherches, et bien évidemment notre facture à nous ne faisait aussi qu’augmenter avec, ce qui ne les dérangeait absolument pas bien évidemment.
Ca m’énervait tellement, j’avais l’impression qu’avec ce corps de la médecine, ils se foutaient pas mal parfois de vous soigner réellement, tout ce qui les intéressait c’était de faire gonfler votre facture ; mais bon, ca ce n’étaient que les pensées d’une jeune fille de 08 ans qui avait peur de perdre sa mère.
Je le voyais mon père, ma mère elle même était inquiète, elle avait peur que quelque chose de mauvais lui arrive, elle demandait à mon père de ne pas la laisser, de rester avec elle, de ne pas l’abandonner. Mon père quant à lui, même s’il essayait de le cacher afin de rester rassurant pour ma mère, lui de même ca se voyait qu’il était aussi très inquiet, mais il essayait tant bien que mal de rassurer ma mère.
Cependant, de la même façon qu’un aveugle ne peut conduire un autre aveugle, quelqu’un qui est lui-même inquiet au fond peut-il en rassurer un autre ? La réponse est non.
Ma mère était toujours là, couchée, inquiète, mais essayant de me rassurer moi que tout irait bien, que bientôt elle serait de retour à la maison et tout ceci serait derrière nous, comme un cauchemar passager, mais dans ses yeux il n’y avait aucune conviction, car elle-même était envahie par la peur ; car on le voyait et on le savait tous, ce qui était en train de lui arriver n’avait rien de naturel, cela rejoignait le domaine du surnaturel.
Vous savez, ici chez nous en Afrique, les choses ne se limitent pas toujours au domaine naturel, parfois des choses surnaturelles, relevant de l’occultisme, du mystique et du spirituel, entrent en jeu ; on parle alors de sorcellerie. La plupart du temps les gens y font recours pour des règlements de compte, pour se débarrasser d’un concurrent, d’une personne qu’on aime pas, ou alors parfois par pure méchanceté gratuite. Et ce phénomène, malheureusement fait plus d’une victime, et il semblait bien que ma mère en ce moment là était justement en train d’en être victime.
Plus tard, après les douleurs et le gonflement, voilà que ses pieds avaient commencé à pourrir, nous étions tous dégoûtés car c’était vraiment très horrible à la vue ; et là, ma mère n’a pas pu se retenir, elle semblait avoir retenue sa pensée trop longtemps, elle a crié à mon père :
Ma mère : Albert c’est cette sorcière que tu nous as ramené à la maison qui est derrière tout ce qui est en train de se passer ! c’est elle la responsable de tout ca !
Mon père : Mais enfin chérie qu’est-ce que tu dis ?
Ma mère : Comment se fait-il qu’elle me renverse de l’eau chaude sur les pieds soit disant par accident, et on en arrive au point où mes pieds sont en train de pourrir ? Albert, c’est de la sorcellerie et c’est elle qui est derrière tout ca, j’en suis sûre. Elle veut se débarrasser de moi pour te garder à elle toute seule. Vois tu la malédiction que tu nous a ramené à la maison ? Et dire que moi j’ai été conne de l’accepter
Mon père ne savait quoi répondre et ma mère commençait à devenir hystérique, les médecins lui ont encore donné des trucs pour l’endormir. Pendant que ma mère dormait, des asticots et des vers en tout genre commençaient même à sortir de ses pieds, répandant ainsi une odeur vraiment nauséabonde dans la salle.
Plus tard dans la soirée les médecins ont annoncés une terrible nouvelle à mon père : il fallait absolument amputer les jambes de ma mère, et le plus vite possible, pour son bien. Ils ont laissé passer la nuit et le lendemain tant bien que mal, mon père s’est évertué à convaincre ma mère.
Au départ elle était farouchement contre, elle trouvait trop injuste que sa vie bascule aussi soudainement, mais plus tard mon père a fini par la convaincre et elle a accepté, c’était pour son bien malgré tout. C’est alors ainsi que dans l’après-midi ma mère s’est faite amputer les deux jambes. Moi je ne cessais de pleurer ; voir ma mère désormais comme ça me faisait tellement mal…
Pour cette opération les médecins avaient anesthésié ma mère, alors elle était dans un profond sommeil. Mais à son réveil, c’était la goutte d’eau de trop, les choses prenaient maintenant une autre tournure, plus dramatique encore ; elle avait ouvert les yeux, mais elle ne voyait rien :
Ma mère : Pourquoi il n’y a pas de lumière ? Pourquoi je ne vois rien ? Qui est là ?
Mon père et moi nous étions prêts d’elle et nous étions scandalisés en écoutant ce qu’elle disait, mon père avait même mis ses mains sur la tête, pour exprimer sa désolation et son impuissance par rapport à tout ce qui était en train de se passer.
On a alerté les médecins et quand ils sont arrivés, même eux n’y comprenaient rien, alors une infirmière, la même que celle qui a d’abord lâché qu’on venait les déranger avec nos maladies mystiques, elle a dû perdre patience et a dit à mon père :
L’infirmière : écoutez Monsieur, nous ne savons pas ce qu’a votre femme, sincèrement, mais on voit bien que son cas n’est pas simple. Si vous avez trempé dans des choses surnaturelles, s’il vous plait réglez ça là-bas entre vous, n’emmenez pas ça ici à l’hôpital pour nous faire travailler inutilement, car on sait bien que face à ces maladies qui relèvent du spirituel, ici à l’hôpital on aura beau lui administrer tous les traitements du monde, rien n’en fera.
Je ne sais pas pour qui cette infirmière se prenait pour parler ainsi à mon père mais elle n’aurait pas dû, car mon père n’était pas d’humeur ; et puis c’était comme si elle l’accusait d’être un sorcier, alors que lui il n’en savait rien de ses choses. Alors exténué, il s’est finalement aussi mis en colère
Mon père : Mais pour qui vous vous prenez au juste pour me parler de la sorte espèce de jeune effrontée écervelée et même par-dessus irrespectueuse ?Pour vous je ne souffre pas déjà assez que ma femme soit malade ? Il faille que je vienne encore vous écouter débiter des bêtises pareilles ? Si votre travail vous dépasse, vous n’avez qu’à l’admettre et à démissionner. D’ailleurs puisqu’on y est vous savez quoi ? eh ben je vais vous aider, je vais toucher un mot à votre patron sur la façon dont vous frustrez les patients dans cet hôpital, et je vous promets que dès demain vous ne travaillerez plus ici, vous pouvez me croire sur parole !
Cette infirmière ne s’attendait probablement pas à une réaction aussi colérique de la part de mon père, prise de peur à l’idée qu’un client aille faire un mauvais rapport d’elle à son patron, car ca allait peser lourd, elle s’était juste retirée.
Mon père avait besoin de passer ses nerfs sur quelqu’un alors malheureusement pour cette infirmière, il est effectivement allez voir le directeur de l’hôpital, et plus tard dans la soirée j’avais juste vu cette infirmière comme étant en train de faire ses affaires, ca lui aura servi de leçon.
Cependant on ne devait pas se détourner du vrai problème, ma mère s’était endormie. Le lendemain matin lorsqu’elle s’était réveillée, c’était toujours pareil, elle ne voyait plus rien. Mon père, ma mère était en plus devenue aveugle. Elle était inconsolable :
Ma mère ; Albert tout ça c’est de ta faute ! c’est à cause de toi tout ca ! Tu as emmené celle qui devait me tuer dans la maison, et me voilà qui suis en train de partir petit à petit.
Mon père : Chérie ne dit pas ça, les choses vont s’arranger…
-Ma mère : Et comment ? Dis moi, comment ?
Mon père n’avait pas su quoi lui répondre, c’était juste une tentative désespérée de la consoler, la calmer, la rassurer, mais comment le faire alors que lui-même était déjà complètement dépassé par la situation ?
Je voyais mon père de plus en plus inquiet, et là, maintenant que j’y repense, je crois qu’il commençait effectivement à prendre ce que ma mère disait au sujet de cette folle qu’il nous a ramené à la maison, très au sérieux, parce que cette histoire n’avait vraiment rien de simple, c’était du surnaturel à plein nez.
Je me souviens alors qu’il était sorti, me laissant avec ma mère et me disant qu’il faisait un tour à la maison, je crois que c’était peut-être pour confronter sa maitresse qu’il nous avait ramené à la maison, car je suis sûre que même lui il la soupçonnait déjà d’être derrière tout ca.
Hélas, mon père était partie comme ça, et n’est plus revenu à l’hôpital. Entre temps je suis restée avec ma mère qui maintenant alternait juste entre pleurs, lamentation, et sommeil, donc elle dormait. Mais subitement dans son sommeil, mon père ça s’était passé tellement vite, elle a commencé à convulser, convulser encore, j’ai appelé les médecins, ils sont venus en vitesse, ils ont fait ce qu’ils ont pu, jusqu’à ce que l’un deux prononce ces mots qui ont longtemps résonnés dans ma tête : « Heure du décès : 15h27 »
Ca au moins je comprenais très bien ce que ça voulait dire, on n’avait pas besoin de me l’expliquer, ma mère venait de décéder.
Moi : Quoi ? Non ma mère n’est pas morte réveillez là elle n’est pas morte, elle doit rentrer avec moi à la maison, réveillez la, noonn maman !
Médecin : Ma fille calme toi, ça va aller, je sais que ca fait mal, mais ne t’inquiète pas, tout ira bien, ta maman sera toujours avec toi, ça va aller
Je suis restée là à pleurer, et pleurer encore, mais depuis que mon père était parti, il ne revenait pas. Ca a justement attiré l’attention d’un des médecins :
Médecin : Mais où est passé ton père depuis ? Il a pourtant dit qu’il revenait, non ?
Moi : Oui, c’est ce qu’il a dit, il va probablement arriver d’un moment à l’autre Monsieur
Médecin : Mais il est déjà 20h passé là, il faut que tu rentres, par où est ce que tu habites ?
Moi : j’habite au quartier DEIDO
Médecin : Ok ? tant mieux car c’est sur ma route, allons je te raccompagne, il faut que tu rentres au moins pour manger et te reposer un peu, tu n’es qu’une enfant, ce n’est pas toi qui est censée rester à l’hôpital comme ca..
Mon père, j’étais tellement triste d’avoir perdu ma mère que je n’avais même pas le temps de me méfier ou d’avoir peur de monter dans la voiture d’un inconnu ; car on m’avait toujours enseigné de me méfier des inconnus. DIEU merci aussi, heureusement pour moi il n’était pas quelqu’un de mal intentionné, il m’a déposé à une entrée proche de chez nous, et j’ai continué le reste du chemin à pied, ce n’était pas très long.
Arrivée à la maison, près de la porte avant d’entrer, j’avais entendu des rires de mon père et de sa maîtresse à l’intérieur. Certes ils ne savaient pas encore que ma mère était morte, mais dans ces difficultés qu’elle traversait, ne serait-ce que par solidarité, comment mon père pouvait-il la laisser, nous laisser à l’hôpital pour venir rire ici à la maison ? C’était donc pour ca qu’il ne revenait pas à l’hôpital depuis ? Parce qu’il passait du bon temps avec son autre famille, sa maitresse et leur fils ?
Alors j’ avais ouvert la porte et je les avais trouvé tous joyeusement assis à table, dans la joie et dans la paix, en train de prendre le repas, comme une famille, mais sans moi, et encore plus sans ma mère, et ils avaient l’air de n’avoir aucun souci. C’était vraiment comme ma mère le disait, comme si mon père avait emmené cette femme et son enfant à la maison pour nous remplacer elle et moi. Mon père avait remarqué ma présence
Mon père : Ma chérie Sylvie tu es rentrée ? Avec qui est ce que tu as laissé ta mère à l’hôpital ?
Je n’en revenais pas que mon père était en train de me poser une telle question, tout d’abord une question hautement irresponsable, et en plus de façon si banale, comme si pour lui il n’y avait rien d’anormal à la situation. Quant à moi, si jeune, à seulement 08 ans, j’étais déjà morte de l’intérieur, j’avais perdu ma mère, l’être le plus cher que j’avais au monde. Alors meurtrie, dégoutée par l’attitude de et le comportement de mon père, je me souviens juste lui avoir répondu ce soir-là de manière froide et stoïque :
Moi : MAMAN EST MORTE…