Chapitre 10 — Les Masques tombent

563 Words
Le palais de la Lékié brillait encore de musique et de rires lorsque les émissaires revinrent d’Ongola. Des danseuses traversaient la cour, des serviteurs versaient le vin, et le roi Ekani Yemessoa semblait fidèle à sa réputation : détendu, insouciant, presque indifférent aux affaires du monde. — Alors ? demanda-t-il en souriant, sans même se redresser. — Ekang-Ongola écoute beaucoup, répondit le porte-parole. Il parle peu. Le sourire du roi s’élargit. — C’est souvent ceux-là qu’il faut le plus craindre. Un geste de la main suffit pour faire évacuer la cour. Les rires s’éteignirent. La musique cessa. Les neuf généraux furent convoqués. Ils entrèrent un à un. Batchenga frappa le sol de sa lance. — Ce garçon devient trop puissant. Chaque jour qu’on attend renforce Ongola. Donne-moi l’ordre et j’irai lui montrer que la Lékié ne plie pas. Ebebda secoua la tête. — Une guerre ouverte maintenant serait une erreur. Ongola a survécu à pire. Ekang n’est pas seul. — La peur te rend aveugle, gronda Batchenga. Mfomo intervint à son tour : — Nos éclaireurs ont vu des mouvements près de nos frontières. Ce ne sont pas des exercices. Ongola se prépare. — Tout le Centre se prépare, répondit calmement Evdoula. Ce n’est pas une déclaration de guerre. Pas encore. Le débat s’envenima. Lobo et Monatéle plaidèrent pour prolonger les négociations. Obala et Okola évoquèrent les royaumes voisins, prêts à profiter du moindre affaiblissement. Sa’a, resté silencieux jusque-là, finit par parler. — La guerre viendra, dit-il d’une voix basse. La question n’est pas “si”, mais “quand” et “dans quelles conditions”. Tous se tournèrent vers Ekani Yemessoa. Le roi se redressa enfin. Son regard n’avait plus rien de léger. — Ekang-Ongola cherche à unir, dit-il lentement. Moi, je cherche à durer. Tant que la Lékié reste unie, personne ne nous écrasera. Mais souvenez-vous d’une chose : celui qui se précipite vers la guerre choisit rarement le moment de sa victoire. À des journées de marche de là, à Ongola, l’atmosphère était bien différente. Dans la salle du conseil, les visages étaient fermés. Ongola-Ekang écoutait les rapports sans interrompre. — Les neuf généraux de la Lékié se mobilisent, annonça un éclaireur. — Discrètement, ajouta un autre. Ils n’assument rien officiellement. Kolo Beti frappa la table. — Ils gagnent du temps. Chaque palabre leur sert à aiguiser leurs lames. Fuda Ewondo leva une main. — Ou à tester notre impatience. Une attaque précipitée nous isolerait. Ekani Yemessoa est plus rusé qu’il n’y paraît. — Et pendant que nous parlons, reprit Kolo Beti, les mercenaires de Nanga-Mbarga se déplacent. Pas encore engagés, mais attentifs. Ekang-Ongola se leva lentement. — La Lékié ne nous attaquera pas sans être sûre de nous briser, dit-il. Et nous ne devons pas leur offrir cette certitude. Un silence lourd suivit. — Préparez les troupes, conclut-il. Sans provocation. Sans annonce. Si la guerre doit venir, elle nous trouvera prêts. Dans les jours qui suivirent, les messagers se multiplièrent. Des royaumes neutres proposèrent des médiations douteuses. Des alliances conditionnelles furent évoquées à demi-mot. Les espions de Tala Nanga rapportaient des informations contradictoires, comme si chacun cherchait à brouiller les pistes. Officiellement, la paix tenait encore. Mais derrière les sourires, derrière les discours mesurés, chacun savait que les masques commençaient à tomber. Le Centre avançait lentement vers un affrontement que plus personne ne semblait capable d’empêcher.
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