Le sauveur

1334 Words
~LA VILLE DE BRUGES~ ~LA MAISON DE LOHR~ Mady est dans la cuisine, en train de manger les restes laissés par sa tante Viviane. Cette dernière lui a donné une grande quantité de nourriture cette fois-ci pas par bonne volonté mais c'est parce que cette nourriture est sur le point de s'abîmer. Mady ne peut plus réchauffer les plats, c'est pourquoi elle les reçoit en grande quantité. La cuisine fait également office de chambre pour elle ; elle n'a pas d'autre espace personnel. Elle passe ses nuits sur une natte étalée sur le sol de la cuisine et chaque matin, elle la range soigneusement dans un coin pour ne pas énerver sa tante tout en maintenant la cuisine propre. Ilona, qui était rentrée à la maison depuis 18h, s’était enfermée dans sa chambre, en train de discuter en ligne avec des hommes. Sa maman, Viviane, l'autorisait à faire cela sans vraiment se préoccuper. Finalement, Ilona sortit de sa chambre à 20h. — Maman, je suis hyper fatiguée ! s’exclama-t-elle en franchissant le seuil de sa chambre. — Et avec qui tu parlais, Ilona ? Est-ce que je dois m'inquiéter ou c'est mon futur beau-fils ? demanda Viviane en souriant. — Non, maman, ce n'est pas un futur beau-fils et aussi , n'il y a rien à s'inquiéter mais c'est juste un plan de cul et un sugar daddy. Il m’aide à satisfaire mes besoins financiers et sexuels, répondit-elle fièrement. — Tu sais très bien que tu dois faire attention à la grossesse, Ilona, prévint sa mère, toujours avec un sourire. — Ne t’inquiète pas, ma p'tite maman, je gère la situation, assura-t-elle. Au fait, qu'as-tu cuisiné pour le dîner ? — Oh, tu allais manger ? Tu avais dit que tu ne voulais rien. J'ai tout donné à cette orpheline. De plus, ce n'était même pas un repas de qualité pour toi; c'était presque avarié et je ne l'avais pas bien réchauffé, expliqua Viviane. — Bon, où est cette esclave ? Elle aurait dû m'acheter à manger, j'ai hyper faim, et elle doit le faire maintenant, insista Ilona. — Évidemment, ma fille, tu ne peux pas dormir le ventre vide alors que moi, ta mère, je suis là et que je travaille ! s'exclama Viviane. Mady, Mady ! Toi, petite orpheline, tu m'entends ? Mady n’écoutait pas, alors Viviane se hâta d’aller à la cuisine pour l’appeler. — Ma tante, je suis là, désolée, je ne vous avais pas entendue, déclara Mady en entrant, la tête baissée. — Comment pourrais-tu entendre alors que tu es rassasiée aujourd'hui ? Régales-toi, car cela ne se reproduira pas de sitôt. Bon, ma fille a faim, tu dois aller lui acheter de la nourriture dans la troisième rue, ordonna Viviane en tendant de l’argent à Mady. — Mais ma tante, vous savez bien l'état actuel de notre avenue. Il y a une insécurité totale, et il est déjà 20h ! protesta Mady. — Tu veux suggérer quoi ? Que je dorme le ventre vide, c'est ça ? rétorqua Ilona, irritée. — Et depuis quand tu repliques quand je parle? s'écria Viviane en lui donnant une gifle qui résonna dans la pièce. Mady baissa la tête, douloureuse et consciente qu'elle avait commis une erreur en répondant. Elle se sentait aussi insignifiante qu'une ombre et se disait qu'il valait mieux se faire discrète. — Je suis désolée, ma tante, dit-elle en larmes, la tête toujours baissée. — Penses-tu vraiment que tu es assez importante pour craindre des criminels ? N'es-tu pas celle qui souffre ? Ça ne te plairait pas de retrouver tes parents, là où ils sont ? siffla Ilona, avec un mépris évident. Ses mots frappèrent Mady comme un poignard transperçant son cœur. Elle avait longtemps espéré que la situation pourrait s’améliorer, mais les paroles d'Ilona la faisaient peu à peu perdre tout espoir. Elle désirait simplement retrouver ses parents, là où ils se trouvaient désormais. — Je crache par terre, va et reviens avant que ma salive ne sèche, petite orpheline, lança Viviane avec une cruauté froide. — D'accord, ma tante, répondit-elle avec respect. — Et dégage maintenant ! ordonna Viviane, méfiante. Mady sortit de la maison, et une fois devant la porte, elle observa à quel point le quartier était calme. Tout le monde était déjà à l'intérieur, apeuré par la présence de criminels qui hantent leur quartier depuis plus d'une semaine. Elle tremblait de peur, consciente qu'elle n'avait pas le choix : soit elle allait chercher la nourriture pour Ilona, soit elle subirait de nouvelles violences. Elle se sentait contrainte de partir, une décision qu'elle n'avait pas prise à la légère. Elle courut à travers les maisons, marchant sur la pointe des pieds pour ne pas attirer l'attention. L'angoisse la rongeait. Elle ne voulait pas mourir de cette manière, même si sa souffrance était insupportable. Au bout d’une trentaine de minutes, elle parvint enfin à la troisième rue et réussit à se procurer la nourriture. Dans cette autre avenue, l'atmosphère était vive et animée, bien loin de l'insécurité qui régnait dans la sienne. Pleine d'espoir, elle reprit le chemin de la maison. Pourtant, en s'approchant de l'entrée de son avenue, un frisson d'effroi l'envahit en constatant l'obscurité et le silence qui pesaient sur le quartier. Elle jeta un dernier regard vers l'ambiance animée derrière elle, puis tourna son regard vers le noir et le calme qui régnaient devant elle, le chemin qu'elle était forcée d'emprunter. « Mady, tu vas y arriver, sois forte, sois forte, » murmure-t-elle en fermant les yeux, se réconfortant seule dans le silence. Lorsqu'elle les rouvre, une voiture est garée juste devant elle. Étrange. Elle tente de contourner le véhicule, mais la portière de celui-ci s'ouvre brusquement. — « Vas-y, monte, » ordonne une voix masculine. Un homme est assis à l'intérieur, il ne lui adresse même pas un regard amical et se contente de lui faire signe de monter. Pour Mady, cela semble suspect. Quelqu'un qui ne prend même pas la peine de saluer pourrait bien être l'un de ces tueurs dont elle a entendu parler. — « Non merci, je vais me débrouiller, » répond-elle, la peur au ventre. — « Cette avenue est trop calme pour que tu puisses y marcher seule. Alors monte, et je ne veux pas avoir à me répéter, » insiste-t-il avec insistance. Hésitante, Mady se dit qu'elle pourrait peut-être se tromper sur l'identité de cet homme. Après tout, elle a peur d'être seule dans cette rue déserte, et peut-être que ce soi-disant bon samaritain va l'aider. Alors elle décide d'y monte mais en ayant toujours. — « Alors tu vas me guider jusqu'à chez toi, » déclare l'homme en allumant le moteur de sa voiture sans lui jeter un regard. Le trajet se déroule dans un silence pesant. Aucun des deux ne prononce un mot. Mady à l'intérieur d'elle prie Dieu que cet homme ne soit pas l'un de tueurs, elle prie Dieu pour qu'elle arrive chez elle saine et sauve. Une fois arrivés devant la maison chez elle, elle se tourne vers l'homme et dit : — « Nous sommes arrivés. » L'homme mystérieux freine brusquement et arrête le moteur. — « Je peux au moins connaître le nom de celui qui m'a aidée ? Peut-être qu'on se croisera un jour, » propose Mady, espérant établir un contact humain. — « Impossible. Nous ne nous croiserons plus jamais. Descends ! » rétorque-t-il froidement en ouvrant la portière. Mady ressent une résistance intérieure, mais il la pousse doucement mais fermement pour qu'elle sorte de la voiture avant de redémarrer et de disparaître dans la nuit. Étonnée et troublée, Mady reste là, le regard fixé sur le véhicule qui s'éloigne. Une fois qu'il disparaît de son champ de vision, elle décide d'entrer chez elle. À sa grande surprise, elle trouve sa tante Viviane et Ilona devant la porte. Elles semblent l'attendre depuis un moment, et une étrange sensation l'envahit : elles ont sûrement vu sa descente de cette voiture mystérieuse. Ça va sûrement chauffer.
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