Chapitre 6 – Première nuit, première clé

781 Words
Le manoir Moreau semblait un palais de glace sous la lumière blafarde de la lune. Alya, toujours crispée, serrait son châle autour d’elle, ses pas résonnant dans le long couloir silencieux qui menait à sa chambre. Chaque cliquetis de ses talons sur le parquet massif semblait marquer le tempo d’un cauchemar éveillé. Mariée à l’homme qu’elle haïssait plus que tout, dans cette maison qu’elle détestait plus que jamais, elle avait l’impression d’être une prisonnière. Arrivée devant la lourde porte en chêne, elle prit une profonde inspiration, fit glisser la clé froide dans la serrure et entra. La chambre était grande, immaculée, presque clinique dans sa perfection. Un lit immense trônait au centre, drapé de blanc et d’or, mais Alya ne voulait ni s’y asseoir ni s’y allonger. Ce lit n’était pas le sien. Il appartenait à Adrien Moreau, son mari, l’homme dont elle voulait garder ses distances. Elle ferma la porte derrière elle, laissant derrière elle les regards glacés, les murmures étouffés du personnel, les souvenirs douloureux. Puis elle s’avança vers la fenêtre, contemplant la nuit noire, essayant d’ignorer l’agitation dans sa poitrine. Soudain, la porte s’ouvrit brusquement. — Alya. La voix d’Adrien, grave et froide, brisa le silence comme un coup de tonnerre. Elle se retourna, le cœur s’emballant. Il entra, ses pas lourds résonnant sur le parquet. — Tu dors ici ce soir. Tu as le droit à une chambre, mais pas à mon lit. Son ton était catégorique, implacable. — Très bien, répondit-elle sèchement, sans le regarder. J’ai assez dormi dehors ces derniers temps. Adrien se tint debout, le regard dur, mais son visage portait une ombre de fatigue que personne ne voyait jamais. Il posa une valise à côté de la porte et s’assit sur le bord du lit. — Je ne veux pas de spectacle, Alya. Ce mariage n’est qu’un arrangement. Ne crois pas que je vais tomber amoureux de toi cette nuit. Elle le dévisagea, une pointe d’amertume dans les yeux. — Tu sais très bien que je ne cherche rien avec toi. Un silence pesant s’installa, brisé uniquement par le tic-tac régulier d’une horloge ancienne. Puis Adrien se leva brusquement. — Tu as fait une erreur aujourd’hui, quand tu as refusé de m’écouter. Tu crois que je t’ai imposé ce mariage par plaisir ? Ce n’est pas un jeu pour moi. — Pour toi, c’est quoi alors ? Une vengeance ? Une punition ? lança-t-elle, la voix tremblante d’émotion contenue. — C’est une lutte pour le contrôle. Et toi, Alya, tu es au centre de cette guerre. Elle croisa les bras, défiant son regard sombre. — Moi aussi, j’ai mes armes. Adrien esquissa un sourire froid. — J’attends de voir ça. Un long moment passa, puis, contre toute attente, il s’approcha. — Une dernière chose. Elle le fixa, surprise. — Ce soir, tu dormiras dans ta chambre, mais la porte restera ouverte. Je ne veux pas que tu te sentes piégée. Elle haussa un sourcil, méfiante. — Pourquoi ? — Parce que j’ai entendu des choses, Alya. Des murmures dans cette maison, des menaces qui pèsent sur ta sœur. Je ne te ferai pas de cadeau, mais je ne laisserai personne lui faire du mal. Alya sentit un frisson la traverser. Cette promesse inattendue lui fit battre le cœur plus vite. Adrien, malgré toute sa dureté, semblait tenir à protéger ce qu’elle aimait. — Je n’ai jamais voulu de ce mariage, dit-elle doucement. Mais pour ma sœur, je ferai tout. Il acquiesça lentement. — Ce sera notre pacte. Ni amis, ni ennemis. Juste un accord fragile pour protéger ce qui compte. Un léger silence se fit, puis il se détourna. — Bonne nuit, Alya. Il sortit de la chambre, laissant la porte entrouverte. Alya, seule, regarda la nuit à travers la fenêtre, le cœur lourd, bouleversé. Cette première nuit était le début d’une bataille qui promettait d’être longue, douloureuse… et peut-être, quelque part, pleine d’espoir. ** Scène suivante – Un instant volé Dans l’ombre du couloir, Adrien s’appuya contre le mur, les mains serrées en poings. Son cœur battait plus vite qu’il ne voulait l’admettre. Il avait toujours détesté se montrer vulnérable, et encore plus devant elle. Mais cette Alya… elle n’était pas celle qu’il avait imaginée. Pas seulement une victime ou une ennemie. Elle était… plus. Un secret, un mystère, une clé qu’il devait découvrir. Il ferma les yeux un instant, s’efforçant de retrouver son calme. Puis, il fit un pas vers la chambre d’Alya, puis un autre. Il s’arrêta devant la porte entrouverte, l’entendant respirer doucement. Il aurait voulu lui dire que tout pouvait changer. Mais il n’en était pas encore capable. Alors, il se détourna, disparaissant dans la nuit glaciale. __________________
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