Le jour était arrivé. Alya Delcourt se tenait devant la grande porte de la salle de réception privée, au sommet d’un hôtel cinq étoiles dans le cœur battant de Paris. Autour d’elle, tout semblait parfait : les murs immaculés, les fleurs blanches soigneusement arrangées, le parquet poli reflétant la lumière douce d’un après-midi d’automne. Mais l’air, lui, était glacial.
Dans cette pièce où devait se jouer l’union la plus improbable, il n’y avait ni chaleur, ni joie. Pas même un sourire. Pas un seul invité ne franchirait ce seuil — le mariage d’Alya et d’Adrien Moreau se déroulerait en huis clos, sans témoins, sans famille ni amis.
Un mariage sans amour, ni promesses.
Elle avait revêtu une robe blanche immaculée, simple mais élégante, dessinée spécialement pour elle par un créateur qu’elle n’avait jamais rencontré. Son voile tombait doucement sur ses épaules, dissimulant ses yeux rouges d’avoir trop pleuré ces derniers jours. Sur sa main, l’anneau imposé par le contrat, froid et lourd, lui rappelait à chaque seconde la cage dans laquelle elle s’enfermait.
Et puis, il y avait lui. Adrien Moreau.
Il n’était pas encore là, mais elle sentait déjà la présence de son absence — un vide oppressant, une tension palpable. Lui, l’homme qui avait détruit sa famille, qui lui imposait ce mariage comme une sentence. Lui, qui n’avait jamais daigné croiser son regard depuis qu’ils avaient signé ce pacte.
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Dans la pièce d’à côté, Adrien ajustait son costume sombre, immaculé comme son expression.
Il se regardait dans le miroir, observant ce visage dur et intransigeant qu’il avait façonné pour masquer la colère et la douleur. Pas un mot ne franchirait ses lèvres lors de cette cérémonie. Il avait décidé que ce mariage ne serait qu’un acte froid, un coup de plus dans la guerre silencieuse qu’il menait contre la famille Delcourt.
Il n’était pas question d’amour. Ni de tendresse. Seulement de domination.
Il se détourna, prêt à entrer. Sa montre de luxe affichait 16h précises.
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La porte s’ouvrit lentement, et Alya sentit son cœur s’arrêter un instant. Puis se briser mille fois.
Il était là, immobile dans l’encadrement de la porte, aussi imposant et distant que la première fois où elle l’avait vu.
Leurs regards ne se croisèrent pas.
Un silence glacial tomba sur la salle, plus pesant que le plus lourd des orages.
Le prêtre, un homme d’un certain âge, prononça les quelques mots protocolaires, rapides, sans émotion.
« Nous sommes réunis ici aujourd’hui… »
Mais aucun des deux ne l’écoutait vraiment.
Ils étaient deux étrangers liés par un contrat. Deux ennemis condamnés à partager leur vie.
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Leurs mains se frôlèrent à peine lorsqu’ils échangèrent les alliances.
Adrien évita soigneusement le contact, comme s’il craignait une brûlure. Alya, elle, sentit son souffle se couper, un mélange d’humiliation et de défi.
Elle voulait crier, pleurer, hurler qu’elle refusait cette mascarade. Mais sa voix restait coincée dans sa gorge. Elle s’était promise de tenir bon, pour sa sœur, pour l’honneur de son père.
Adrien se contenta d’un simple « Je le veux », presque mécanique. Alya répondit du bout des lèvres, sans conviction.
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Personne ne sourit. Personne n’applaudit.
La cérémonie fut bouclée en vingt minutes, et aussitôt terminée, ils furent seuls dans la grande salle, sous le regard impassible des portraits des ancêtres de la famille Moreau.
Alya se permit enfin un regard vers lui.
Son visage était fermé, presque impassible, mais ses yeux brillaient d’une lueur qu’elle ne comprenait pas encore.
Pourtant, au fond d’elle, elle sentait naître une révolte sourde. Cette union, aussi froide soit-elle, n’allait pas la briser. Elle ne lui ferait pas ce cadeau.
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Adrien rompit le silence, sa voix grave et autoritaire résonnant dans la pièce.
— Tu suivras les règles, Alya. Ce mariage est un contrat. Tu joueras ton rôle.
Elle haussa les épaules, fatiguée.
— Je ne suis pas ton pion. Ni ta prisonnière.
Un éclair de colère traversa ses yeux, mais il la réprima aussitôt.
— Ce n’est pas un choix, Alya. Tu as signé. Et tant que ce contrat est en vigueur, tu me dois obéissance.
Le ton était sec, sans appel. Pourtant, quelque chose dans sa posture trahissait une fragilité qu’il s’efforçait de cacher.
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La nuit tomba rapidement.
Alya se retrouva dans une chambre luxueuse, mais glaciale, qui n’avait rien d’un foyer. Elle posa son bouquet blanc sur la commode, les mains tremblantes.
Elle ne voulait pas céder à la peur.
Mais quand la porte claqua derrière elle, elle sut qu’elle venait d’entrer dans un nouveau monde — un monde où chaque jour serait une bataille.
Elle s’allongea sur le lit, le cœur lourd, et ses yeux se fermèrent.
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Dans la chambre voisine, Adrien observait la porte fermée.
Il serra les poings. Ce mariage n’était qu’un moyen de vengeance. Il ne voulait pas d’elle. Pas vraiment.
Mais une part de lui, qu’il ignorait encore, était déjà piégée.
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Le lendemain matin, un événement inattendu brisa le silence du couple.
Adrien la réveilla d’une manière surprenante.
Il entra dans sa chambre sans frapper, les traits tirés, et posa une question aussi inattendue qu’intrigante :
— Pourquoi n’as-tu pas pleuré pendant la cérémonie ?
Alya, surprise, roula sur le côté, le regardant sans comprendre.
— Pleurer ? Je n’ai pas envie de lui donner cette satisfaction.
— Pourtant, tu aurais pu.
Il s’assit sur le bord du lit, le regard fixé au loin.
— Parfois, la douleur se cache ailleurs.
Alya sentit un frisson parcourir son échine.
Ce premier échange, si simple, venait de briser une barrière invisible entre eux.
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Mais la guerre ne faisait que commencer.
Car ce mariage glacé était seulement la première étape.
Derrière ce silence imposé se cachaient des secrets, des rancunes, des blessures que ni l’un ni l’autre n’étaient prêts à affronter.
Et pourtant, dans cette cérémonie sans invités, sans joie, sans amour, une étincelle menaçait de s’allumer.
Une étincelle qui pourrait bien tout embraser.
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Alors qu’Alya s’apprêtait à quitter la salle après la cérémonie, un dernier regard d’Adrien la figea.
Dans ses yeux, elle vit une colère contenue… mais aussi une douleur qu’il refusait d’exprimer.
Puis, sans prévenir, il murmura :
— Tu n’imagines pas tout ce que je suis prêt à te faire payer.
Alya sentit son souffle se couper. Ce mariage n’était pas seulement un pacte. C’était une guerre.
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Fin du Chapitre 5
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