Chapitre 4 : Un Mariage Sans Amour

1233 Words
La robe était magnifique. Trop magnifique pour un jour aussi sinistre. Alya, immobile devant le miroir de la chambre d’hôtel glaciale, se regardait sans se reconnaître. Du satin ivoire, des perles cousues à la main, un voile en dentelle tombant sur ses épaules nues. Elle avait rêvé de ce jour autrefois, comme toutes les jeunes filles. Mais dans ses rêves, il y avait des sourires, des larmes de joie, et des vœux d’amour éternel. Aujourd’hui, il n’y avait que silence, contrainte… et vengeance. — « Il est temps. » La voix sèche de Mireille Moreau, la mère d’Adrien, l’arracha à ses pensées. Sans un mot, Alya suivit la femme dans le couloir. Le grand salon du manoir Moreau avait été transformé pour l’occasion. Pas de fleurs, pas de musique, pas d’invités. Un simple officiant privé, payé pour se taire. Deux témoins impersonnels, employés du groupe Moreau. Et Adrien. Debout, droit comme un roc, vêtu d’un costume noir sur mesure. Glacial. Froid comme le contrat qu’ils allaient signer. Alya sentit ses genoux faiblir lorsqu’elle croisa son regard. Aucun sourire, aucune émotion. Juste un regard tranchant, dur, comme s’il enterrait toute possibilité d’humanité. Le mariage n’était pas un rêve. C’était une sentence. ** Les mots de l’officiant résonnaient dans un silence de plomb. — « Consentez-vous à prendre pour épouse, selon les termes du contrat prénuptial… » Adrien leva un sourcil. Il la regardait à peine. Il prononça un simple « Oui » presque dédaigneux. Quand vint le tour d’Alya, un vide se creusa dans sa poitrine. Elle pensa à Chloé. Sa petite sœur, encore fragile, encore naïve, menacée. Elle pensa à son père, à son regard avant le désastre. À sa mère, morte d’un chagrin étouffé. À tout ce qu’on lui avait pris. Elle inspira lentement. — « Oui », murmura-t-elle. Elle signa le contrat, ses mains tremblant à peine. Un simple trait de stylo… et sa liberté s’évaporait. L’échange des alliances fut mécanique. Il glissa l’anneau à son doigt sans la regarder. Elle fit de même, la gorge serrée. — « Vous êtes à présent légalement mariés. » Pas de b****r. Pas de félicitations. Juste un silence de tombe. Adrien tourna les talons avant même qu’elle ait pu respirer. Il s’éloigna, laissant derrière lui une Alya figée dans sa robe de mariée, déjà veuve d’un amour qui n’avait jamais eu lieu. ** Le trajet vers leur penthouse se fit dans une berline luxueuse. Pas un mot échangé. Le chauffeur, discret, sentait la tension à couper au couteau. Alya regardait le paysage défiler derrière la vitre teintée, priant intérieurement que le cauchemar s’achève. Mais elle savait qu’il ne faisait que commencer. — « À partir de demain, tu devras te montrer. » La voix d’Adrien fendit le silence, dure, sans chaleur. — « Me montrer ? » — « Dîner d’affaires. Vernissages. Conférences. Tu seras la parfaite épouse de PDG. Le monde nous observera. » — « Une façade. » — « Exactement. » Elle hocha lentement la tête. Un pacte avec le diable. ** Le penthouse, situé au dernier étage d’une tour de verre dominant la ville, était somptueux. Marbre, cuir, œuvres d’art contemporain. Mais rien n’y transpirait la vie. C’était un musée, pas un foyer. Adrien ouvrit la porte, lui fit signe d’entrer, puis referma derrière elle sans un mot. — « Je t’ai fait préparer une chambre séparée. » Il la guida vers un couloir où deux portes se faisaient face. Il désigna celle de gauche. — « Tu dormiras ici. » — « Et si je refuse ? » Il la fixa, les mâchoires contractées. — « Tu n’es pas là pour aimer. Ni pour négocier. » Il ouvrit la porte et s’éloigna sans attendre de réponse. Alya entra dans la chambre. Immense, luxueuse… et glaciale. Elle laissa tomber son voile, puis s’assit sur le bord du lit. Une larme coula. Elle l’essuya immédiatement. Elle ne pleurerait pas. Pas pour lui. ** La nuit tomba. Alya tourna dans son lit, incapable de dormir. L’anneau au doigt la brûlait. Elle se leva, déambula pieds nus dans le couloir, jusqu’à s’arrêter devant la porte d’Adrien. Fermée. Silencieuse. Elle leva la main. Hésita. Et puis frappa. Deux coups discrets. La porte s’ouvrit lentement. Adrien, chemise entrouverte, l’observait. — « Tu veux déjà annuler le contrat ? » Elle secoua la tête. Son regard était étrange. Il y avait en lui une tension qu’elle ne comprenait pas. — « Pourquoi moi ? » Il plissa les yeux. — « Tu veux dire pourquoi je t’ai épousée ? » Elle acquiesça. Un silence. Puis : — « Parce que tu es la pièce manquante. » — « La pièce manquante à quoi ? » Il ne répondit pas. Il referma la porte… doucement. Mais sans un mot de plus. ** Le lendemain matin, un petit-déjeuner princier l’attendait. Adrien était déjà en costume, lisant la presse. — « Tu dois m’accompagner ce soir. Gala de la fondation Blanchet. » — « Très bien. » Il releva les yeux, surpris de son ton neutre. — « Ne t’avise pas de me ridiculiser. » Elle croisa les bras. — « Pourquoi le ferais-je ? Je suis ta femme. » Il la dévisagea longuement. Il y avait de la provocation dans ses yeux. De la défiance… mais aussi une étincelle qu’il n’arrivait pas à nommer. ** Le soir venu, Alya portait une robe noire signée d’un grand couturier, offerte par Adrien – ou plutôt choisie par son assistante. Elle entra dans la limousine et s’installa à ses côtés sans un mot. Il lui lança un regard rapide, un froncement de sourcils. — « Tu es… présentable. » Elle eut un sourire froid. — « Je ne suis pas là pour séduire, n’est-ce pas ? » Il ne répondit pas. Au gala, les regards se braquèrent sur eux. « Madame Moreau » attira la curiosité, les murmures, les sourires hypocrites. Alya les affronta avec dignité, même quand Victoria Bernier – l’ex d’Adrien – s’approcha avec un sourire venimeux. — « Quelle surprise… Adrien, toujours aussi stratégique. Une épouse sortie de nulle part. » Alya posa sa main sur le bras d’Adrien, l’air faussement complice. — « Je suis ravie de vous rencontrer, Victoria. Vous faites partie du passé, n’est-ce pas ? » Le sourire d’Adrien se crispa. Victoria s’éloigna, furieuse. Alya soupira intérieurement. Jeu dangereux. Mais elle n’avait pas l’intention de rester une marionnette. ** De retour au penthouse, Adrien l’arrêta avant qu’elle n’entre dans sa chambre. — « Pourquoi l’avoir humiliée ? » — « Parce qu’elle voulait m’humilier. » — « Ce n’est pas ton combat. » — « C’est aussi mon nom désormais. » Il la fixa, interloqué. Il n’avait pas vu venir cette répartie. — « Ne te méprends pas, Adrien. Ce mariage est peut-être une cage… mais je ne suis pas ta proie. » Elle ouvrit la porte de sa chambre et referma doucement. Il resta figé un moment, le cœur étrangement agité. ** Cette nuit-là, Adrien ne trouva pas le sommeil. Il revoyait son regard. Ses mots. Sa force tranquille. Elle était différente. Et cette différence… le troublait. ** Cliffhanger (fin du chapitre) : Dans le silence de sa chambre, Alya sortit une enveloppe cachée dans la doublure de sa valise. Une lettre froissée, oubliée… mais signée de la main de son père. Une lettre adressée à Adrien Moreau. Et jamais envoyée. _______________________
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD