Chapitre 3 : L’Ultimatum

1158 Words
Alya fixait l’homme devant elle comme on regarderait un monstre tout droit sorti de ses cauchemars. Adrien Moreau, costume impeccable, regard glacial, se tenait debout dans le salon cossu d’un hôtel cinq étoiles, comme s’il possédait déjà chaque centimètre carré de sa vie. — « Je vais être direct, Mademoiselle Delcourt, » dit-il d’un ton aussi tranchant qu’une lame. « Votre famille me doit plus que ce que vous imaginez. Mais je suis prêt à annuler toutes les dettes… si vous acceptez ma proposition. » Alya serra les poings. — « Proposition ? Vous appelez ça comme ça, vous ? Ce n’est rien d’autre qu’un chantage. » Adrien haussa légèrement un sourcil, presque amusé par sa résistance. — « Appelez ça comme vous voulez. Vous avez deux choix : épouser l’homme que vous détestez… ou regarder votre sœur se faire traîner devant les tribunaux pour fraude fiscale. Vous pensez qu’une jeune étudiante comme elle pourrait s’en sortir dans ce monde ? » Le cœur d’Alya manqua un battement. Chloé. Il avait osé la mentionner. Il savait. — « Vous la menacez ? » siffla-t-elle, tremblante. — « Je protège mes intérêts. Si vous aviez été à ma place, vous comprendriez. » Alya détourna le regard vers la grande baie vitrée qui donnait sur Paris. Tout semblait irréel. Son père était mort, leur maison était vendue, leur nom traîné dans la boue. Et maintenant, elle se retrouvait là, face à l’homme qui avait tout pris… et qui osait lui offrir un contrat de mariage comme solution. — « Pourquoi moi ? » demanda-t-elle dans un souffle. « Vous avez des dizaines de femmes prêtes à vendre leur âme pour vous. Pourquoi choisir celle que vous haïssez ? » Adrien la fixa longuement, puis se leva lentement, s’approchant d’elle avec une intensité menaçante. — « Parce que je veux m’assurer que les Delcourt paient jusqu’à la dernière goutte. Et que vous, la petite princesse déchue, soyez à mes côtés quand je le ferai. » Son regard était un gouffre. Elle y vit une douleur profonde, une rancune ancienne… et une satisfaction glacée. — « Vous êtes malade, » murmura-t-elle, les larmes au bord des cils. Mais il s’arrêta juste devant elle, si près qu’elle pouvait sentir son parfum — un mélange troublant de musc et de pouvoir. — « Je suis patient. Vous avez 48 heures. Refusez, et j’attaque. Chloé, votre maison, les dernières économies de votre mère… tout. » Et il sortit, laissant derrière lui le silence d’un champ de ruines. ** Alya resta figée un long moment. Le contrat posé sur la table semblait luire comme un piège doré. Une alliance de papier. Un marché faustien. Le contenu était clair : mariage civil sous un an, vie commune obligatoire, accompagnement aux événements publics, aucune communication de presse non autorisée… et une clause troublante en dernière page : “Un héritier requis dans les douze mois suivant la signature.” Un frisson glacé lui parcourut l’échine. « Il ne veut pas d’une épouse. Il veut un pion, un trophée, une revanche. » Elle prit son téléphone, appela Chloé. — « Allô, Alya ? » — « Dis-moi… est-ce que tu es bien ? Quelqu’un t’a contactée récemment ? » — « Non, pourquoi ? Tu m’inquiètes là… » Alya se mordit la lèvre. Elle ne pouvait pas lui dire. Pas maintenant. Chloé n’était pas prête à entendre que sa liberté dépendait d’un mariage forcé. — « Pour rien, oublie. Je t’aime. » — « Je t’aime aussi. » Elle raccrocha, le cœur au bord de l’implosion. ** Les heures passèrent, interminables. Alya relut le contrat cinq fois. Elle fit des recherches sur les ramifications juridiques. Elle consulta même un vieil ami avocat qui lui conseilla, effaré, de fuir ce genre d’accord. Mais que faire quand fuir signifie perdre tout ce qui vous reste ? Elle revit le regard de sa mère, fragile sur son lit d’hôpital, lui dire : « Protège ta sœur. Peu importe le prix. » Et le prix… portait aujourd’hui un nom : Adrien Moreau. ** Le lendemain, elle se présenta au bureau principal de Moreau International, sur les Champs-Élysées. Tailleur noir, démarche assurée, mais tempête intérieure. On la fit attendre vingt minutes dans une salle de verre glaciale, puis on la fit entrer. Adrien était seul, dos à la porte, observant la ville depuis sa baie vitrée. — « J’ai dit 48 heures. Il vous reste encore— » — « J’accepte. » Le silence. Il se retourna lentement, un éclair de surprise dans le regard. Il ne s’attendait pas à une réponse aussi directe. — « Je veux une clause ajoutée, » dit-elle avant qu’il ne parle. « Vous effacez toutes les dettes de ma famille, sans possibilité de retour. Et vous ne touchez jamais à ma sœur, sous aucun prétexte. » Il l’observa, puis sourit, presque imperceptiblement. — « Marché conclu. » Il tendit la main. Elle hésita. Puis la serra. Et à ce moment précis, Alya sentit le poids de chaînes invisibles se refermer sur elle. Elle venait de vendre sa liberté… pour sauver une autre vie. ** Le mariage fut fixé en moins de trois jours. Aucun invité. Aucun témoin, hormis le notaire et un avocat. La cérémonie se tint dans une villa privée appartenant à Adrien, à l’écart de la presse. Aucun échange de vœux. Juste une signature, un regard à peine croisé… et une bague en or froid glissée sur son doigt. À la fin, Adrien murmura : — « Bienvenue dans votre nouvelle vie, Madame Moreau. » Elle ne répondit pas. Le silence était plus éloquent que toutes les insultes du monde. ** La première nuit fut une tragédie silencieuse. Ils dormirent dans des chambres séparées. Alya s’attendait à de l’indifférence, elle reçut du mépris glacé. Mais avant de fermer sa porte, Adrien s’arrêta sur le seuil, comme s’il cherchait ses mots. — « Une dernière chose. Ce mariage n’est pas réel. Tu n’es pas ma femme. Tu es juste… un rappel. » — « Un rappel de quoi ? » Il tourna lentement la tête, la fixant dans les yeux. — « De ce que ça coûte de trahir. » Et il claqua la porte. ** Cette nuit-là, Alya ne dormit pas. Elle contempla la bague autour de son doigt. Elle pensait à son père, à sa sœur, à cette spirale qui l’emportait de plus en plus loin d’elle-même. Elle se promit une chose : elle ne serait pas une victime passive. Si Adrien croyait qu’il pouvait l’écraser, il se trompait. Peut-être qu’elle avait signé ce contrat… mais elle comptait bien réécrire les règles. ** Fin du chapitre 3 – Cliffhanger : Le lendemain matin, en se préparant à descendre au petit-déjeuner, Alya trouva une lettre glissée sous sa porte. Une écriture inconnue. Quelques mots seulement : « Tu n’as aucune idée de ce qu’il a fait à ton père. Tu n’as épousé qu’un mensonge. » ______________________
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