chapitre 39

887 Words
— Oui… mais rien n’est encore certain. Nous n’avons aucune garantie qu’ils reviendront demain. Pour l’instant, nous restons sur nos gardes, répondit calmement le colonel Yusif. Le capitaine Najeeb acquiesça d’un léger mouvement de tête, puis déclara d’une voix posée : — Dans ce cas, je ne passerai pas la nuit ici. Je repars à Lagos dès aujourd’hui. Ce n’est pas par égoïsme, mais… Un éclat de rire général coupa sa phrase. Hajia Azeema, amusée mais grave à la fois, ajouta : — Il semblerait que nous recevions des invités de marque. Le lion et le tigre sont donc de retour… Cette fois-ci, je ne sais vraiment pas quel genre de tempête ils amèneront avec eux. Dieu seul sait combien de sang pourrait encore être versé. À ces mots, le cœur des jumeaux se serra violemment. Assis l’un contre l’autre, ils se figèrent, leurs corps tendus, leurs poitrines oppressées par une peur sourde et familière. Ils n’étaient pas les seuls. Fawan, Jabeer, Irfan et les autres ressentaient la même lourdeur dans l’âme. Pour eux, le retour de leur frère aîné n’annonçait jamais rien de bon. Non pas par manque d’amour, mais par crainte de ce que sa présence pouvait déclencher. — Cela fait longtemps que je conseille à Baba Ishaq de pousser Abba à les marier, lança Aunty Babba sans détour. — Je te jure que s’ils avaient des femmes à leurs côtés, ils perdraient un peu de cette dureté. Une femme affaiblit même les cœurs les plus sauvages… ils cesseraient de se croire invincibles, comme des monstres. Azeema esquissa un sourire amer. — On dirait que tu ignores qui est réellement RAFAYET. Son cœur est aussi froid qu’un roc. Je n’ai jamais vu un homme aussi insensible aux femmes. Elles n’existent tout simplement pas à ses yeux. Homme ou femme, pour lui, c’est le même regard vide, sans désir, sans trouble. Elle porta lentement son verre à ses lèvres, avala une gorgée de jus, puis se tut. Le général Ishaq intervint doucement : — Dis-le-lui toi-même… peut-être qu’elle comprendra enfin. J’ai essayé de lui expliquer maintes fois qui est Rafayet, mais elle refuse d’entendre. Azeema sourit, se redressa avec assurance et déclara : — Nous sommes arrivés là où je voulais en venir. Le point de non-retour. Rafayet, tel que vous le voyez… n’est pas un homme ordinaire. Un rire lui échappa, contagieux, et bientôt tous rirent avec elle, non pas par moquerie, mais à cause de la lourde vérité cachée derrière ses mots. Elle reprit, plus grave : — Lui et sa mère se ressemblent terriblement. Même dureté. Même froideur. Des êtres façonnés dans un métal brut. Sa mère étant une Européenne, non m*******e, leur mode de vie n’a jamais ressemblé au nôtre. Mais, en vérité, nous avons énormément souffert à cause de Fatima… bien plus que ce que l’on peut imaginer. Elle nous a fait payer notre simple existence, parce que nous étions les demi-frères de ses enfants. Elle marqua une pause, la voix chargée d’émotion. — Jusqu’à aujourd’hui, elle refuse de croire en l’unicité d’Allah. Elle a rejeté l’islam, et plus encore, elle n’a jamais accepté que ses enfants s’y convertissent. Lorsqu’ils étaient chez elle, il leur était interdit de prier ou de lire le Coran… sauf en cachette. Ce n’est qu’au prix d’innombrables épreuves que Rafayet a finalement embrassé l’islam, alors qu’il avait déjà vingt ans. Un silence pesant s’installa. Tous l’écoutaient, suspendus à ses paroles. Aunty Babba et Amani, qui ignoraient tout de cette histoire, semblaient bouleversées. Les jumeaux, eux, sentirent leurs corps s’apaiser lentement. On parlait de leur mère… et cela apaisait autant que cela blessait. Aunty Babba rompit le silence : — Je veux savoir qui est réellement cette Fatima. Comment Abba a-t-il pu l’épouser sans qu’elle accepte l’islam ? Et comment a-t-on pu laisser ses enfants suivre sa religion ? Rafayet n’a donc accepté l’islam qu’à vingt ans… Où est-elle aujourd’hui ? Je ne l’ai jamais rencontrée. Azeema inspira profondément. — C’est ici que commence toute notre histoire. Ouvrez bien vos cœurs… et vos oreilles. --- Bismillah… Notre famille est d’origine haoussa-fulani. Notre père, haoussa de naissance, venait de Zaria. Notre mère, peule, était originaire de l’État de Damaturu. Leur rencontre eut lieu dans une caserne militaire de l’État de Kaduna, et c’est Allah qui unit leurs cœurs jusqu’au mariage ❤️. Nous étions trois enfants. L’aîné s’appelait Hussain, surnommé Abban Sojoji. Il avait un frère jumeau, Hassan, qu’Allah rappela à Lui avant même qu’ils ne grandissent. L’écart d’âge entre nous était important. Après lui, il y eut moi, Azeema, puis notre benjamin, Abusufyan, qui vit aujourd’hui en Turquie. À l’âge de vingt ans, un oncle maternel donna à Abba sa fille Maryam en mariage. Une femme pieuse, douce, patiente, dotée d’un esprit lumineux et d’un cœur apaisé. Elle fut son premier amour… et son premier foyer. Ils s’aimaient comme Laila aimait Majnun. Nous en étions témoins. Lorsqu’il était présent, il la couvrait de tendresse. Lorsqu’il partait en mission, son absence la plongeait dans une inquiétude profonde, presque douloureuse. Abba aimait les enfants d’un amour sincère, et chez nous, les liens familiaux étaient sacrés. Par la grâce d’Allah, Maryam tomba enceinte. La joie envahit la famille, surtout notre grand-mère, qui l’aimait comme sa propre fille. Elle donna naissance à un fils magnifique, qu’on appela Ishaq… Et l’histoire continua.......
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