L’homme secoua doucement la tête.
— Je suis désolé, mademoiselle, mais sans confirmation directe de sa part, ce ne sera pas possible.
Agacée, Zaynab serra le volant entre ses doigts, ne sachant quoi faire. Elle envisageait même d’appeler ses frères.
Mais à cet instant précis, Mourad sortit de la villa, accompagné de deux associés. Il marchait droit vers elle, calme, mais déterminé. Lorsqu’il arriva à hauteur de la voiture, Zaynab en descendit, bras croisés.
— Donne-leur l’ordre d’ouvrir, ordonna-t-elle.
Sans un mot, Mourad hocha la tête vers les agents de sécurité, qui s’inclinèrent et s’éloignèrent pour ouvrir le portail. Puis, contre toute attente, il ouvrit la portière côté conducteur.
— Monte, dit-il simplement.
Zaynab le dévisagea, surprise.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle, méfiante.
— Si tu ne montes pas, tu ne sortiras pas du tout ce soir, répondit-il froidement.
Elle hésita un instant. Elle n’avait aucune envie de sortir avec lui. Mais si elle voulait rejoindre ses frères, elle n’avait pas d’autre choix.
Elle monta donc à contrecœur dans la voiture, les mâchoires serrées, pendant que Mourad prenait le volant.
Et ainsi, sans dire un mot de plus, ils quittèrent la villa.
Mourad conduisait, silencieux, concentré sur la route. À côté de lui, Zaynab, absorbée par son téléphone, prenait des selfies et capturait l’intérieur luxueux de la Ferrari. Elle se sentait belle ce soir.
Soudain, la voiture s’arrêta. Zaynab releva les yeux, étonnée.
Devant elle se dressait le Billionaire Dubai – Business Bay.
— Qu’est-ce qu’on fait ici ? demanda-t-elle, interloquée.
— Descends, répondit simplement Mourad sans même la regarder.
— Mais je t’ai dit que mes frères et Maysa sont au ICY Dubai… je suis censée les rejoindre là-bas.
— Descends, Zaynab, ordonna-t-il d’une voix ferme.
Sans attendre, il fit le tour de la voiture et ouvrit la portière côté passager. Zaynab, contrariée, hésita, puis croisa son regard sombre. Elle soupira et descendit à contrecœur.
Mais à peine eut-elle mis un pied à l’intérieur qu’elle aperçut Sami, Iyad et Maysa assis dans un coin privé du club. Son visage s’illumina. Elle les rejoignit aussitôt, soulagée.
— Pourquoi vous avez changé d’endroit ? leur demanda-t-elle en s’asseyant.
— C’est Mourad, répondit Maysa avec un sourire. Il voulait un endroit plus calme, plus privé. Ici, c’est parfait. Très peu de monde. Très chic.
Puis Maysa se pencha vers elle, l’air curieuse.
— Et dis donc, comment t’as fait pour convaincre Mourad de sortir avec toi ?
— J’ai rien fait, répondit Zaynab sèchement. J’veux même pas parler de lui.
— Arrête de faire la meuf fière, souffla Maysa en riant. Parle un peu de lui au lieu de toujours jouer la dure.
Zaynab leva les yeux au ciel, agacée. Ce soir, elle voulait juste s’amuser, rire, profiter. Pas se prendre la tête.
Mourad arriva à son tour. Il s’installa près de Sami, échangeant quelques mots avec ses futurs beaux-frères, l’air parfaitement à l’aise.
Pendant ce temps, Zaynab et Maysa se prenaient en photo, complices.
Alors qu’ils profitaient de la soirée, dans ce coin VIP où tout semblait feutré, Sami se pencha légèrement vers Mourad, le regard sérieux.
— Demain, tu fais ton choix… Tu es prêt ?
— J’ai toujours su qui je voulais, répondit Mourad calmement. Mais… entre la raison et le cœur, ce n’est pas toujours évident.
Zaynab, qui avait capté l’échange, leva les yeux vers eux, intriguée. Elle tentait de lire sur les lèvres de Mourad tout en gardant une contenance. Maysa, elle, avait déjà le sourire aux lèvres.
— Franchement, j’espère que ce sera Zaynab, lança-t-elle avec un air malicieux. Vous allez trop bien ensemble.
Zaynab tourna lentement la tête vers elle, un regard noir en guise de réponse. Maysa éclata d’un petit rire.
— Ne fais pas cette tête. On sait tous que tu fais exprès d’être distante avec lui. Tu le repousses juste pour faire la fille difficile, c’est tout.
— Maysa… arrête de raconter des sonneries, rétorqua Zaynab d’une voix agacée.
Mais Maysa ne s’arrêta pas là. Elle se tourna vers Mourad, sérieuse cette fois.
— Je dis ça parce que le choix que tu vas faire n’est pas seulement sentimental. Il aura des répercussions professionnelles aussi. Tu sais que Zaynab bosse souvent à l’entreprise. C’est même grâce à elle qu’on a décroché deux contrats importants récemment.
Zaynab baissa légèrement les yeux, un peu gênée malgré elle.
— Sauf que, ajouta Maysa avec un regard en coin vers Sami, monsieur ici présent n’a pas voulu qu’elle continue. Parce que tous les hommes du bureau n’avaient d’yeux que pour elle.
Sami, qui buvait tranquillement, reposa son verre avec un soupir.
— Je supporte pas de la savoir dans un endroit rempli d’hommes. Je déteste la manière dont ils la regardaient… comme si elle leur appartenait.
Un petit silence s’installa.
Zaynab posa doucement sa tête sur l’épaule d’Iyad, son frère. Il resta silencieux, mais ses doigts cherchèrent les siens. Elle soupira, apaisée. Entre eux, les mots étaient inutiles.
Mourad, lui, écoutait, silencieux. Un léger sourire, imperceptible, se dessina au coin de ses lèvres. Il n’avait jamais douté de la place que Zaynab occupait, dans son esprit… et peut-être dans son cœur.
Maysa n’en avait pas fini. Elle lança en plaisantant, tout en regardant Mourad :
— Tu sais, s’il y a un homme qui sera jaloux du mari de Zaynab, c’est bien Sami.
Elle éclata de rire, avant d’ajouter plus bas, les yeux rivés sur Mourad :
— D’ailleurs, si c’est toi qui la choisis… tu devras affronter non seulement Naser, son père, mais aussi Sami. Deux hommes prêts à en découdre.
Zaynab, agacée, la respiration légèrement saccadée, les coupa :
— Ça suffit… Arrêtez de parler de moi comme si j’étais pas là. Changez de sujet, sérieusement.
Elle détourna le regard, croisa les bras et s’enfonça dans le canapé. Elle ne supportait pas cette sensation d’être analysée, jugée, comme un objet de débat.
Maysa, pour détendre l’atmosphère, lança alors d’un ton léger :
— Bon, allez, on va danser !
Sami se leva aussitôt, suivi de Maysa, qui attrapa la main de Zaynab. Elle se laissa entraîner, plus pour s’éloigner de la conversation que par réel plaisir.
Mourad, lui, resta assis. Ce n’était pas son monde, ces danses, ces musiques tapageuses. Il préférait l’observer.
Et il l’observa.
Zaynab bougeait au rythme de la musique, entourée par quelques hommes fortunés qui tentaient leur chance avec elle. Elle riait parfois, lançait un regard charmeur, faisait un pas de danse plus sensuel que nécessaire. Elle le faisait exprès. Elle savait qu’il la regardait, et elle savait ce que ça éveillait en lui.
Mais ce que les autres ne voyaient pas, c’est qu’à chaque fois que Mourad détournait les yeux, elle repoussait les hommes. D’un geste subtil, d’un regard tranchant, elle les renvoyait à leur place.
Elle jouait. Avec le feu. Avec lui.
Et lui, malgré sa froideur apparente, bouillonnait à l’intérieur.
Vers trois heures du matin, alors que l’ambiance s’essoufflait, Mourad annonça d’un ton sec :
— On rentre.
Le trajet jusqu’à la villa fut silencieux.
Une fois arrivée, Zaynab monta directement dans sa chambre. Elle prit une douche, enfila un pyjama en satin clair, puis s’allongea sur le lit, les cheveux encore humides. Elle regardait le plafond, le cœur lourd mais le visage impassible.
Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit doucement. Mourad entra. Il ne dit rien, se contentant de rester là, planté devant elle, les yeux braqués sur elle. Il était visiblement énervé. Très.
Zaynab le savait. Et elle s’en fichait.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? lança-t-elle, sans même le regarder.
Il ne répondit pas. Il essayait de se contenir. Ses mains étaient crispées. Son regard sombre. Il la fixait comme si elle lui avait fait quelque chose de grave.
— Si t’as rien à dire, tu peux sortir, dit-elle en se redressant légèrement.
Mais cette fois, Mourad prit la parole, d’une voix grave, maîtrisée :
— T’es prête à tout pour m’énerver, hein ?
Il s’avança d’un pas.
— Toute la soirée, je t’ai regardée. T’étais là, à danser, à jouer. À plaire. Même si tu t’en fiches d’eux, tu savais exactement ce que tu faisais.
Elle soutint son regard sans ciller.
— Je t’ai amenée dans un endroit privé pour éviter justement que d’autres hommes puissent t’approcher. Pour te protéger d’eux. Parce que…
Il marqua une pause. Son regard changea. Un aveu flottait sur sa langue.
— Parce que c’était toi.
Le cœur de Zaynab rata un battement. Juste un. Elle détourna les yeux. Elle savait ce que cela voulait dire. Et ce que cela ne voulait plus dire.
Elle sentit la suite venir, alors elle le devança, d’une voix calme, presque murmurée :
— … c’était moi. Et ce n’est plus moi.
Mourad la fixa en silence.
— Sors de ma chambre, maintenant.
Elle se retourna, dos à lui, sans un mot de plus.
A suivre