Chapitre 31

1464 Words
Mourad murmura : - Tu es belle. Elle détourna légèrement le regard. Son souffle était discret, mais il vit le tremblement de ses doigts. - Je sais que tu es nerveuse. C'est normal, dit-il, la voix grave mais douce. Je ne veux rien te prendre. Rien t'imposer. Elle garda le silence. Il attendit un instant, puis ajouta : - Je te demande la permission. Est-ce que je peux te toucher ? Elle resta figée. Puis, au bout de quelques secondes, elle tourna lentement les yeux vers lui. Son regard était sérieux, presque troublé. - Oui... souffla-t-elle enfin. Alors seulement, il approcha sa main et la posa sur la sienne. Sa peau était fraîche, tendue. Il la caressa doucement du bout des doigts, sans hâte. Elle ne bougea pas. - Si quelque chose te gêne, tu me le dis. D'accord ? insista-t-il. Elle acquiesça d'un léger signe de tête. Le reste se fit dans le silence. Pas de phrases inutiles. Pas de gestes brusques. Il fut doux. Elle fut attentive. Ils se cherchèrent à tâtons, apprivoisèrent ce moment inconnu. Mourad la pénétra, c'était sa premiere fois. Elle était timide et se recouvrait le visage avec sa main. C'était la première fois pour Mourad de la voir si timide. Et cette nuit-là, sous les soies et les encens, ce ne fut pas seulement l'union de deux corps. Ce fut le début d'un secret qu'eux seuls porteraient. ••• Le lendemain matin. Le soleil se leva lentement sur la maison des Al Fayed, enveloppant les murs de lumière douce et dorée. Ce jour n'était pas comme les autres. C'était le jour de la révélation, celui où l'élue serait enfin dévoilée aux familles. Une petite fête, intime mais symbolique, marquerait l'instant. Dans l'aile des hommes, Mourad était déjà debout. Il avait dormi peu, mais ses traits étaient sereins. Il se rendit dans sa chambre personnelle, prit une longue douche, l'eau glissant sur sa peau comme pour laver le poids des jours précédents. Il avait désormais celle qu'il avait choisie, celle qu'il jugeait être la bonne, la femme qui l'accompagnerait. Son choix n'avait pas été simple, mais il n'avait aucun doute. Il était maître de sa décision, et prêt à l'assumer. Dans l'aile des femmes, l'atmosphère était toute autre. L'élue s'était réveillée avec un mal à la tête, les paupières lourdes, les émotions encore vives. Elle avait pleuré. Beaucoup. Silencieusement. Longtemps après que la porte se soit refermée la veille. Pas de regrets. Mais un trop-plein. Le poids du changement, du mystère, de l'inconnu. Les tantes de Mourad s'étaient empressées autour d'elle. Douces. Prévenantes. L'une lui apporta une boisson chaude, l'autre déposa des gouttes d'huile parfumée sur ses poignets. On la consola sans mots, par des gestes anciens, transmis de femme en femme. On l'habilla avec soin. Sa robe, d'un ivoire pur, semblait flotter autour d'elle. Fluide, ample, soulignant sa silhouette avec discrétion. Les manches longues, légèrement évasées, apportaient grâce et retenue. Une large ceinture ton sur ton marquait sa taille avec raffinement. Le décolleté en V restait pudique, orné de bords texturés. À l'arrière, un voile transparent brodé de perles tombait avec délicatesse. Elle ressemblait à une apparition. Une mariée royale et mystérieuse, encore voilée du regard du monde. Les femmes la regardaient avec admiration. Elle était belle. Fragile. Et désormais, elle portait un nouveau nom, un nouveau rôle : celle qui avait été choisie. Vers quinze heures, l'effervescence régnait déjà dans toute la demeure Al Fayed. Les couloirs étaient remplis de murmures, les regards échangés étaient lourds de suppositions. La maison, décorée avec goût, vibrait sous les pas des invités : les mêmes visages que la veille, mais cette fois tendus par l'attente. Dans le grand salon, chacun avait pris place. Sur les larges fauteuils, les tantes Al Dhurani chuchotaient entre elles. Les familles des prétendantes, assises au premier rang, gardaient un calme apparent, dissimulant mal leur impatience. Mourad, lui, était déjà installé. Silencieux, impassible, vêtu avec élégance, il siégeait seul sur le fauteuil central, celui où sa femme devait venir s'asseoir à ses côtés. Le silence tomba. Les portes s'ouvrirent. Les trois prétendantes firent leur entrée, l'une après l'autre, voilées et vêtues avec soin, mais leur visage trahissait leur incompréhension. Elles regardaient autour d'elles, sans comprendre. Puis, leurs regards se croisèrent. Et là, dans ce moment de vérité, la réalité frappa : aucune d'elles n'était l'élue. Elles n'avaient pas été choisies. Un flottement se fit sentir dans la pièce. Des murmures s'élevèrent doucement. Les mères échangèrent des regards discrets, certaines s'effondrèrent en silence, d'autres se redressèrent avec fierté. Puis la porte s'ouvrit de nouveau. Et la nouvelle épouse entra. Elle marchait lentement, gracieusement, toujours voilée, vêtue d'ivoire. Sa démarche était noble, son port altier. Elle ne semblait pas regarder autour d'elle. Son regard était bas, mais sa présence imposait le silence. À ce moment-là, même les prétendantes comprirent. Elles qui ne savaient pas qui avait été choisie, la découvrirent là, devant elles, dans l'évidence du silence. Le choc se peignit sur leurs visages. Les familles retinrent leur souffle. Dans l'assistance, la surprise était générale. Certaines mères restèrent figées. Même la famille de l'élue parut abasourdie. Personne ne s'y attendait. Les sœurs de Mourad, elles, furent saisies de stupeur. Un malaise discret traversa le regard de Saran, un froncement de sourcils chez Soukayna, un léger soupir de Oulaya. Seule Bella Dior, debout dans un coin de la pièce, garda le regard serein. Elle, elle savait. Elle avait vu. Elle n'était pas surprise. Elle était juste fière, à sa manière. Le silence fut interrompu par une voix grave et posée. L'oncle de Mourad s'avança, vêtu de son habit d'apparat. Il leva une main pour demander l'attention. - Mesdames, Messieurs... commença-t-il avec autorité. Nous vous remercions d'être présents aujourd'hui. Cette fête, comme vous le savez, est une tradition de notre lignée. Elle n'est pas une célébration d'une victoire, mais un hommage à l'engagement. À la continuité. À la transmission. Il marqua une pause, jetant un regard discret à Mourad et à son épouse. - Aujourd'hui, nous célébrons l'union de Mourad Yacine Al Fayed avec celle qu'il a choisie. Elle est à présent l'une des nôtres. Et c'est avec honneur que nous l'accueillons. Un murmure d'approbation suivit ses paroles. Mais les regards restaient fixés sur l'élue. L'oncle de Mourad, toujours debout au centre du salon, balaya lentement l'assemblée du regard. Son regard s'arrêta un instant sur Khoudia, en retrait, les yeux gonflés et rougis. Elle tentait de rester digne, mais ses larmes avaient trahi son cœur meurtri. À ses côtés, sa mère tenait sa main en silence, impuissante. Alors, avec un tact empreint de noblesse, l'oncle de Mourad s'adressa aux prétendantes : - À vous, qui avez été conviées dans l'intimité de notre lignée, sachez que votre présence fut un honneur. Ce que vous avez partagé, offert et montré de vous ne sera jamais oublié. Votre dignité, votre courage, votre patience... font de vous des femmes remarquables. Mais comme dans chaque histoire, un seul nom peut être lié à celui du patriarche. Il regarda brièvement Mourad, puis reprit avec lenteur, d'une voix forte : - L'élue est... la fille de Tarek Al Zarqawi et de Samira Al Zarqawi. Un frémissement traversa la salle. Il ajouta : - Elle est désormais la femme Al Dhurani. Honorée. Proclamée. Respectée. Aussi puissante que son mari. Elle portera nos couleurs, nos secrets et notre avenir. Dans un silence sacré, Zaynab s'assit aux côtés de Mourad. Son visage restait impassible. Aucun sourire, aucun froncement de sourcils. Juste une présence droite, contrôlée, presque froide. Mourad se pencha alors vers elle, dans une intimité que seuls leurs souffles partageaient. Il murmura : - C'était toi. Et ce sera toujours toi. Mais Zaynab ne répondit pas. Son regard resta fixé droit devant elle, impénétrable. Elle ne réagit pas, pas même d'un battement de cils. Comme si elle avait décidé de garder pour elle ses vérités, ses blessures, ses triomphes. Dans un coin du salon, Jennah se leva brusquement. Rouge de colère, elle jeta un dernier regard vers Mourad, puis vers Zaynab. Sans dire un mot, elle tourna les talons, suivie de sa mère, le visage fermé. Lina, plus discrète, mais visiblement déçue, se leva à son tour. Elle adressa un hochement de tête poli, puis quitta la salle dans un silence amer. Seule Khoudia resta. Tremblante, bouleversée, elle ne put retenir un nouveau sanglot. Alors, contre toute attente, Mara Al Dhurani, la mère de Mourad, s'approcha d'elle. Sans un mot, elle l'attira doucement dans ses bras, avec la tendresse d'une mère qui comprend la perte sans l'expliquer. - Tu es une perle, Khoudia. Et les perles ne se fanent jamais. murmura-t-elle. Le moment était chargé. Fort. Chaque geste, chaque regard était une page qui se tournait. L’histoire, elle, venait d’entrer dans un nouveau chapitre. A suivre 
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