Chapitre 5

1476 Words
Mourad se contenta de sourire à son tour avant de boire une gorgée de son café. — Moi je vous le dis, je ne compte pas marie pas. Mourad reste et demeure mon unique mari, lança Saran sur un ton moqueur. — Je crois que les prétendantes ne sont pas très contentes, elles te regardent bizarrement, fit remarquer Soukayna en ricanant. — Les filles, il y a un souci ? demanda Saran en les fixant. Les prétendantes échangèrent un regard, puis lui répondirent par un sourire silencieux. Mais le silence se brisa aussitôt. — Je crois qu’elles n’aiment pas la polygamie… Alors Saran, retourne dans les bras de ton fiancé, lança Salka en plaisantant. — Ah bon, les filles, vous êtes contre la polygamie ? demanda Saran avec curiosité. — Oh Saran, laisse-les un peu tranquilles, intervint Mara d’un ton calme. — Mais je veux savoir ! Même Mourad veut le savoir, insista Saran en se tournant vers son frère. Les prétendantes posèrent toutes leurs regards sur lui d’un coup. — Alors ? lança-t-il, intrigué. Saran ne semblait pas vouloir lâcher le sujet, et tant mieux, car Mourad voulait lui aussi connaître la réponse. — Moi, personnellement, ça ne me dérange pas de partager, répondit Khoudia avec une sérénité déconcertante. — Cette fille ne cesse de m’étonner, murmura Mara, un brin impressionnée. Mourad n’était pas surpris. Khoudia semblait être une femme sans artifices ni faux-semblants. — Et vous autres ? relança Soukayna, curieuse. — Moi aussi, ça ne me dérange pas, répondit calmement Lina. — Pour ma part, la polygamie ne me pose pas de problème, tant que nous n’habitons pas sous le même toit, ajouta Jennah. — Ah ouais ? Je suis surprise, commenta Soukayna en arquant un sourcil. — J’espère que vous ne dites pas ça juste pour plaire à Mourad, ajouta Saran, les bras croisés. — Pas du tout, répondit Lina, assurée. Mourad les observa avec étonnement. Il ne s’attendait pas à une telle ouverture d’esprit. La majorité des femmes rejetaient catégoriquement la polygamie, et même lui n’y trouvait pas réellement son compte. Il n’aimait pas ce mode de vie, mais il devait composer avec les traditions. Gérer une femme, c’était déjà une mission à part entière… alors deux ou trois ? C’était hors de question. Mourad en était conscient : il ne pourrait jamais aimer deux femmes en même temps. Cela lui semblait tout simplement impossible. Il avait des principes, et il ne comptait pas profiter d’une femme s’il ne ressentait rien pour elle. — Et toi alors ? lança Saran en se tournant vers Zaynab. — J’ai l’impression qu’elle ne parle jamais, ajouta Salka en plaisantant. Zaynab leur adressa un sourire tranquille. — C’est vrai, je ne suis pas très bavarde, répondit-elle calmement. — Très bien, la Belle au bois dormant, maintenant dis-nous ce qu’on veut savoir. Est-ce que tu es pour ou contre la polygamie ? demanda Soukayna en s’amusant. — Je n’aime pas la polygamie. — Enfin une qui est contre, s’exclama Salka. — Mais explique-nous pourquoi, insista Saran. — Je suis possessive, je ne partage pas mon homme. Avec personne. Toute la table resta silencieuse un instant, surprise par sa franchise. Elle avait parlé avec assurance, presque avec noblesse. Zaynab dégageait une grande confiance, une spontanéité rare. Elle intriguait Mourad. Fille de riche, certes, mais avec une tête bien faite. Elle ne semblait pas être du genre à se laisser manipuler. — Donc si jamais Mourad te choisissait et qu’il décidait d’épouser une autre femme, qu’est-ce que tu ferais ? relança Saran, curieuse. — Déjà, je ne comprends pas pourquoi il ferait ça si on s’aime vraiment. Mais avec les hommes, il faut toujours s’attendre à tout. — Ça ne répond pas à ma question, ma belle, insista Saran. — Eh bien, on en discuterait. Mais si je sens qu’il n’a plus de sentiments pour moi, alors je ne vois pas l’intérêt de rester. Ce serait le divorce. — Tu divorcerais ? répéta Saran, un peu choquée. — C’est ce que je viens de dire. — Eh ben dis donc… Un beau gosse comme mon frère, tu le laisserais pour une autre ? Bon à savoir, lança Soukayna, moqueuse. — Moi, je ne céderai jamais ma place, déclara Jennah. — Moi non plus, renchérit Lina. — Moi, je suis du même avis que Zaynab. Je n’aime pas la polygamie, et s’il faut divorcer, je le ferai, ajouta calmement Dior. — Tais-toi Dior ! Ne redis plus jamais ça, s’exclama Mara, sévère. — Zaynab, j’ai l’impression que tu manques un peu de confiance en toi, lança Jennah avec un sourire en coin. — Exactement, approuva Lina. Zaynab se mit à rire doucement. — Écoutez les filles, on ne partage visiblement pas la même vision du mariage. Moi, je ne me marie pas pour faire la compétition avec une autre femme. C’est justement à cause de ça que certaines se tournent vers des pratiques malsaines, comme les marabouts et compagnie. — Belle analyse, je suis d’accord avec toi, déclara Mara en hochant la tête. — Très bien, on en sait un peu plus sur vous maintenant. Le reste, c’est à Mourad de le découvrir, conclut Soukayna. Mourad ne s’attendait pas à autant de révélations. Les filles étaient toutes différentes, chacune avec sa propre façon de penser. Plus il les découvrait, plus cette aventure prenait un sens inattendu… et captivant. Finalement, Mourad réalisa qu’il n’avait peut-être pas à s’inquiéter autant. Tout semblait s’être déroulé plus facilement qu’il ne l’avait imaginé. Il espérait seulement que les prétendantes étaient sincères dans leurs propos. Une fois le petit-déjeuner terminé, Un groupe de musiciens traditionnels accompagnés d’un poète nabati était venu pour animer la journée, entonnant des louanges et des chants en l’honneur de la lignée Al Dhurani… Il parlait avec une prestance rare, mêlant méditation et hommage, comme s’il chantait pour des rois. Les femmes applaudirent, dansèrent, et certaines jetèrent des billets sur lui en signe de gratitude. Mourad observait la scène, mi-amusé, mi-perplexe. Il n’avait jamais vraiment compris ce geste. Elles lançaient l’argent sans compter, puis se plaignaient plus tard de ne plus rien avoir. La journée passa à une vitesse folle. Les prétendantes furent officiellement présentées à l’ensemble de la famille ainsi qu’aux invités venus de Jabal Dhurani et d’ailleurs. Les bénédictions furent nombreuses, empreintes de chaleur et d’enthousiasme. À la tombée de la nuit, toutes les filles s’étaient changées, prêtes pour le départ. Belle-Dior était de la partie, comme prévu. Elle les accompagnerait au Qatar. Après des au revoir riches en émotions, les chauffeurs les déposèrent à l’aéroport privé. • Qatar Après un peu plus d’une heure de vol depuis Dubaï, nous avons enfin atterri dans ce pays voisin. Une voiture luxueuse nous attendait à l’aéroport pour nous conduire à la villa que j’ai louée spécialement pour cette semaine particulière. C’était une résidence somptueuse, moderne, avec une vue imprenable. Les filles étaient émerveillées par la beauté des lieux. Elles ont immédiatement exploré chaque recoin de la villa avant de choisir leur chambre. Bien sûr, il a fallu quelques petites chamailleries avant de tomber d’accord. Belle Dior a également sélectionné la sienne. De mon côté, je me suis dirigé vers ma chambre pour m’installer. Je suis allé prendre une douche, puis je me suis allongé sur le lit, épuisé par les préparatifs et les émotions accumulées. Bella Dior était ravie d’être enfin arrivée à Dubaï. La villa que son frère Mourad avait louée pour l’occasion était splendide. Elle pressentait que cette semaine serait pleine de bons moments. Après une bonne douche, elle se rendit à la cuisine où la gouvernante une Française leur avait préparé un plat de pâtes qui semblait délicieux. Une douce odeur flottait dans l’air. Curieuse, Dior se dirigea ensuite vers le salon. Khoudia y était déjà installée, concentrée sur un documentaire diffusé à la télévision. Lorsqu’elle vit Bella entrer, elle se redressa légèrement. — Dior, viens-tu regarder la télé avec moi ? — Oui, bien sûr. — Ça fait plaisir, viens t’asseoir, répondit-elle avec un sourire. Bella Dior s’installa près d’elle. Le documentaire sur les animaux ne la captivait pas vraiment, mais elle voulait faire plaisir à Khoudia. Alors elle resta là, à ses côtés, appréciant ce moment de calme partagé. Quelques minutes plus tard, Zaynab rejoignit les deux jeunes femmes dans le salon. Toutefois, son attention restait accaparée par son téléphone, un détail que Bella Dior avait déjà remarqué à plusieurs reprises : Zaynab semblait rarement s’en détacher. — Est-ce que tu aimes les animaux, Bella Dior ? Moi je suis complètement folle des chiots et des chatons, confia Khoudia avec enthousiasme. — Oui, j’aime bien les chiens, répondit-elle avec un sourire. — Ah, c’est merveilleux ! Et Mourad, il aime les animaux aussi ? — Oui, surtout les chiens, précisa Bella Dior. À cet instant précis, Zaynab releva enfin les yeux de son écran. A suivre...
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