Mourad se tenait debout, sobrement vêtu, le regard ferme mais serein. Bella Dior, assise non loin, observait la scène avec un petit sourire complice. Une boîte au nom de chaque prétendante reposait sur la grande table basse.
Il prit la parole, les mains croisées dans son dos :
- Vous avez partagé ces jours avec moi, et bien que vous soyez très différentes, chacune m'a laissé une empreinte claire. Je vous ai écoutées. Observées. Et aujourd'hui, avant de rentrer à Dubaï, je veux que vous repartiez avec plus que des souvenirs.
Il désigna la première boîte, portant le nom de Khoudia. Elle s'avança doucement.
- Tu m'as parlé de paix, de silence, de protection des autres. J'ai acheté un local à ton nom à Doha. Il sera le siège d'un programme de soutien pour femmes en difficulté. Tu pourras y organiser des ateliers d'expression, d'écriture, et travailler avec des ONG locales. C'est ton espace. Ton combat.
Khoudia, bouleversée, ne trouva pas de mots. Juste un léger hochement de tête et des yeux brillants de gratitude.
Puis vint Jennah. Mourad la regarda, un fin sourire aux lèvres.
- Tu veux que ton nom résonne dans tout le Moyen-Orient. Je t'ai trouvé un agent spécialisé, l'un des meilleurs. Il va gérer ta marque, créer ta ligne de vêtements et te propulser. Il t'attend déjà à Dubaï.
Jennah étouffa un petit cri de joie et posa une main sur sa poitrine, sincèrement touchée. Son ambition prenait forme.
Ensuite, ce fut Lina.
- Tu veux grandir dans le bien-être féminin. Voici un contrat signé. Une grande entreprise de cosmétiques naturelles veut te financer, t'accompagner, et ouvrir des boutiques en ton nom à Abu Dhabi, Riyad et Doha.
Lina saisit le document, le relut, hébétée. Elle n'y croyait pas. C'était bien réel.
Enfin, Zaynab s'approcha sans dire un mot.
Mourad tendit une boîte plus petite. Elle l'ouvrit. À l'intérieur, le bracelet en diamant qu'elle avait désiré, mais modifié, réimaginé par un bijoutier de renom. Plus fin, plus audacieux, avec une gravure intérieure : « Unique mais indomptable. »
Zaynab ne répondit pas. Elle ferma la boîte, le regardant droit dans les yeux. Mais un léger sourire s'était dessiné, presque malgré elle.
- Merci, dit-elle simplement.
Mourad hocha la tête, puis déclara :
- Le séjour se termine. Mais certaines choses ne font que commencer.
Un silence suivit. Solennel. Chargé.
Chacune se leva avec sa boîte, son avenir, ses doutes ou ses espoirs. La suite dépendrait de lui. Mais elles savaient maintenant qu'il les avait réellement vues.
Alors que les quatre prétendantes tenaient encore entre leurs mains les cadeaux que Mourad leur avait offerts, il leva doucement la main.
— Maintenant, j’aimerais que vous sortiez un moment du salon, dit-il d’une voix calme mais ferme. Lina, reste ici.
Un silence tendu suivit sa demande. Les filles échangèrent un regard surpris. Jennah haussa les épaules. Zaynab, fidèle à elle-même, ne sembla pas intéressée. Khoudia, curieuse, obéit sans mot dire.
Bella Dior, elle aussi, se leva et quitta la pièce sans commentaire.
Lina, figée, sentit un frisson la traverser. Lorsqu’ils furent seuls, Mourad s’approcha lentement et s’arrêta face à elle.
— Lina… Ce que je t’ai offert aujourd’hui, je ne l’ai pas fait par obligation, ni par oubli. Je l’ai fait parce que je crois que tu es capable de mieux. Mais ce que tu as fait pendant ce séjour, ce que tu m’as montré…
Il s’arrêta, croisant les bras.
— …Ce n’est pas ce que j’attends d’une femme forte. Si je t’aide à faire grandir ton entreprise, ce n’est pas pour que tu utilises tes produits pour manipuler ou nuire, comme tu l’as tenté avec moi, ou avec les autres.
Lina baissa immédiatement les yeux, piquée au vif par la vérité qu’il venait de dire.
— Je suis désolée, dit-elle d’une voix basse. J’ai… j’ai dépassé les limites. Je voulais plaire, me faire remarquer… mais j’ai mal agi.
Mourad la regarda en silence quelques secondes, puis ajouta :
— Tu veux être respectée comme entrepreneure ? Commence par respecter celles à qui tu t’adresses. Tes produits doivent être naturels, bénéfiques, pensés pour élever, pas pour tromper.
Lina hocha la tête, incapable de soutenir son regard.
— Je comprends… Merci de me le dire. Et merci de me laisser une chance, malgré tout. Je ferai mieux, c’est promis.
Mourad fit un simple signe de tête, puis dit, d’un ton calme :
— Tu peux y aller maintenant.
Elle quitta la pièce avec lenteur, encore sonnée par l’entretien. Une fois la porte refermée, Mourad resta seul, les mains dans les poches, plongé dans ses pensées. Il savait que le choix final approchait. Mais il voulait que chacune d’elles, qu’elle soit choisie ou non, reparte meilleure qu’en arrivant.
Ce soir-là, pour la dernière fois au Qatar, Mourad Yacine Al Fayed dîna avec ses prétendantes. La table était magnifiquement dressée dans le jardin illuminé de la villa, une légère brise rendant l’atmosphère presque irréelle. Il observait chacune d’elles, assises autour de lui, avec une certaine tendresse dans le regard.
Il avait aimé ce séjour. Malgré les tensions, les jeux de rivalité, les vérités parfois crues et les silences lourds, il y avait eu aussi des éclats de rire, des confidences sincères, des regards qui disaient beaucoup plus que des mots. Il les avait vues autrement. Il avait découvert leurs visages sans filtre.
Ce soir-là, les quatre prétendantes affichaient un sourire. Un vrai. Peut-être de soulagement, peut-être d’appréhension, peut-être d’espoir. Elles avaient toutes, à leur manière, apprécié cette parenthèse précieuse au Qatar. Ce moment suspendu où elles s’étaient confrontées à elles-mêmes autant qu’aux autres.
Et désormais, tout allait se jouer à Dubaï.
L’une d’entre elles allait devenir la femme de Mourad Yacine Al Fayed. Elle serait propulsée au sommet d’un monde exigeant. Elle ne serait pas simplement sa compagne. Elle serait son égale, sa partenaire, son reflet dans les sphères du pouvoir et de l’influence.
Au petit matin, les valises étaient prêtes, les derniers regards jetés sur la villa devenue témoin de leurs jours intenses. Mourad, escorté de Bella Dior, monta à bord du jet privé en compagnie des quatre jeunes femmes. Le voyage du retour commença, calme, presque silencieux. Toutes savaient que plus rien ne serait jamais comme avant.
La décision allait tomber. Et l’une d’entre elles allait voir son destin basculer à jamais.
Une fois arrivées à Dubaï, les prétendantes de Mourad furent conduites directement dans la demeure familiale des Al Fayed, où elles séjourneraient jusqu’à la cérémonie finale prévue dans deux jours. L’atmosphère était à la fête. Toute la famille de Mourad était réunie pour l’accueillir, heureuse de le retrouver après ce séjour mouvementé au Qatar. Ses sœurs, curieuses, n’avaient qu’une envie : entendre les moindres détails de ce voyage.
Les familles des prétendantes étaient également venues voir leurs filles. Pour Lina, c’était sa grand-mère et une amie proche. Khoudia retrouva sa mère et sa tante. Zaynab fut accueillie par un comité presque royal : ses parents, ses oncles, ses frères accompagnés de leurs épouses. Et Jennah, elle, fut rejointe par son père, sa mère et sa petite sœur.
Un grand buffet fut organisé pour fêter les retrouvailles. Rires, regards échangés, discussions animées… chacun semblait savourer ce moment précieux.
Le soir venu, une fois les invités repartis et la maison retombée dans le calme, chacun regagna ses quartiers. Dans son salon privé, assise dans un fauteuil moelleux, Mara Fatima, la mère de Mourad, sirotait un thé parfumé à la cardamome quand elle aperçut Khoudia traverser discrètement le couloir.
— Khoudia, viens par ici ma fille, dit-elle doucement.
Surprise, mais obéissante, Khoudia s’approcha, la tête légèrement inclinée. Elle savait combien l’opinion d’une mère comptait dans ce genre de situation.
— Assieds-toi près de moi, murmura Mara avec un sourire bienveillant.
Khoudia s’installa timidement, les mains croisées sur ses genoux.
— Où allais-tu comme ça à cette heure ? demanda Mara.
— Je… je n’arrivais pas à dormir, Khalti, répondit-elle dans un souffle respectueux.
Mara haussa légèrement les sourcils et sourit.
— C’est le stress de la cérémonie, n’est-ce pas ?
— Oui… j’ai beaucoup peur, admit-elle sincèrement.
— Il ne faut pas, ma fille. Il n’y a rien à craindre.
Un silence doux s’installa avant que Mara ne reprenne.
— Tu es une bonne femme, Khoudia. Une femme à épouser.
Khoudia releva les yeux, surprise, touchée.
— Merci Khalti. Vraiment…
Mais ce que Mara dit ensuite la figea.
— Si cela ne tenait qu’à moi… ce serait toi, la femme de Mourad.
Khoudia eut un mouvement de recul, la bouche entrouverte par l’émotion.
A suivre