Chapitre 5

1063 Words
Chapitre 5 La mère de Nicolas eut un léger mouvement de recul. Elle ne s’était pas attendue à ce que la jeune femme ait du répondant. Et cette dernière la fixa intensément de ses yeux noisette, sans sourciller. Une lueur troubla un instant le regard de la vielle dame et Morgane aurait juré y déceler de la peur. Le père interrompit ce silence devenu pesant en lui tendant sa propre main en guise de bonjour. Ce dernier était également grand et de constitution trapue. Il avait les mêmes yeux bruns et le même regard espiègle que son fils. Il se dégageait de lui une attitude chaleureuse et il plut immédiatement à la jeune femme. — Nicolas nous a beaucoup parlé de vous, lui dit-il. — Je suis également ravie de faire votre connaissance, répliqua-t-elle en lui proposant sa main, à lui aussi. Un éclair bleu d’électricité statique jaillit entre leurs deux paumes avant même qu’elles ne se touchent et le vieil homme la retira aussitôt. Morgane, quant à elle, se remit à saigner, sous son bandage et Nicolas lui demanda ce qui lui était arrivé. Elle lui expliqua brièvement son incident et prétexta devoir se soigner afin de retourner chez elle. Dès qu'elle se fut un peu éloignée, la mère de Nicolas se pencha vers son mari et lui chuchota : — Robert, c'est bien fait pour toi ! Je suis sûre que toi aussi, tu l'as reconnue : c'est la fille de Juliette ! On ne sert pas la main au Diable ou à ses suppôts. Nicolas, qui n'avait pas entendu les propos de Louise, la regarda s'éloigner avec un pincement au cœur. Il avait peur qu'elle ne revienne pas car ses parents n'avaient guère été accueillants avec la jeune femme. Il savait que sa mère avait horreur des journalistes et il s'en voulut de l'avoir précisé lors des présentations. Les heures passèrent et le vieux couple semblait nerveux. Nicolas, lui, était inquiet de ne pas revoir Morgane. Au beau milieu de l'après-midi, il crut l'apercevoir, au coin d'un bâtiment, et demanda à ses proches de tenir le stand avant de courir derrière la forme féminine, qui s'éloignait déjà. C'était bizarre, il aurait juré qu'elle était habillée de blanc le matin alors que là, elle était entièrement vêtue de noir. La silhouette prenait bien la direction du quartier où elle habitait mais il la perdit dans la foule. Il continua alors à marcher sous le soleil, très chaud pour cette saison, et arriva devant sa bâtisse. Il s'arrêta, haletant, et fixa le troisième étage. Il n’y vit rien de particulier. Il décida alors de s’y rendre afin de voir si tout allait bien. Il grimpa les marches rapidement et frappa à la porte. Morgane lui ouvrit et lui fit un grand sourire en guise de bienvenue. — Entre, qu'est-ce qui t'amène en pleine journée ? Un poids énorme tomba de ses épaules et il soupira de soulagement en passant le seuil. — J'ai bien cru que tu ne voudrais plus me revoir après t'avoir présentée à mes parents. Elle lui proposa de s'asseoir sur le canapé et lui demanda s'il voulait boire quelque chose. Nicolas acquiesça et commanda un grand verre d'eau. Il remarqua que la jeune femme était vêtue de blanc mais n’eût pas le loisir d’y penser davantage car déjà elle renchérissait : — Tu ne m'as pas menti en disant que ta famille était aussi directe que toi ! — J'en suis tellement désolé. J'aurai dû te dire que ma mère n'aimait pas les journalistes. Elle lui donna son verre d'eau et resta debout, tout en croisant ses bras sur sa poitrine. — Ce n'est rien. J'adore relever des défis. — Cela tient toujours pour ce soir ? l'interrogea-t-il. — Bien-entendu ! Je ne suis pas le genre de femme à changer d'avis. Ses yeux pétillèrent à nouveau et il se sentit complément rassuré. Il se leva, à contrecœur, car il devait rejoindre son stand. — Je vais rester ici pour continuer à travailler, lui dit-elle. Il allait s'en aller lorsqu'elle le rappela soudainement. — Nicolas, je peux te prendre en photo ? Pour mon article ? — Oui, si tu veux. Morgane sortit son appareil photo et après avoir réglé la luminosité, elle prit plusieurs images du jeune homme. — Je te remercie, et te dis à ce soir, vers vingt heures ? — Entendu, je serai là, lui lança-t-il avant de s'éclipser dans le couloir. Nicolas retourna à son stand, l’esprit soudain allégé. Cette jeune femme l’obsédait, à tel point qu’il avait un mal fou à se concentrer sur ses clients. Il se dégageait d’elle une certaine innocence sous son apparente assurance qui faisait littéralement fondre quelque chose au plus profond de lui. Son sourire, ses yeux pétillants, sa grâce naturelle l’avaient immédiatement charmés et il n’avait jusqu’à ce jour, jamais ressenti de telles émotions pour une femme. Il avait eu quelques aventures mais elles n’avaient jamais menées bien loin, faute de temps car il était très occupé mais aussi par faute de sentiments. Il devait bien le reconnaître : une alchimie particulière se passait entre eux et il mourait littéralement de curiosité de savoir la suite des évènements car il était bel et bien déterminé à poursuivre cette relation, coûte que coûte ! Il en était là de ses réflexions lorsque sa mère lui toucha le bras, le faisant instantanément sortir de sa rêverie. Elle semblait mal dans sa peau car elle dandinait d’un pied sur l’autre. — Nicolas, lui souffla-t-elle, ton père ne se sent pas bien et nous allons rentrer à la maison. — Déjà ? Mais vous venez à peine d’arriver. Il jeta néanmoins un coup d’œil à son père, assis sur une chaise, le visage visiblement en feu. Il s’approcha de lui. — Qu’est-ce qui ne va pas ? — Je ne sais pas, marmonna Robert. J’ai du mal à respirer tellement il fait chaud… — Et puis nous ne sommes pas habitués à autant de monde et à la ville, s’excusa Louise. Le jeune hocha la tête, en proie à des sentiments mitigés. Il comprenait la situation mais cela lui faisait tout drôle de voir ses parents faibles car ils avaient toujours représenté pour lui la force incarnée, qu’elle soit mentale ou physique. Il les embrassa et les regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans la foule. Lorsque les parents de Nicolas regagnèrent leur voiture, Louise demanda à Robert : — Il n’a pas vu ta main j’espère ? — Non, rassure-toi, j’ai bien pris soin de la cacher. Mais elle continue de me brûler atrocement. — J’ai un bien mauvais pressentiment… — Moi aussi, rétorqua son mari. — Je ne crois pas aux fruits du hasard. J’ignore comment cette fille a mis justement la main sur notre fils, mais nous n’allons pas tarder à avoir des problèmes. Robert esquissa un demi-sourire sur ce jeu de mots, puis enchaîna : — Tu es sûr qu’il s’agit bien de la fille de Juliette ? — Je n’ai pas le moindre doute là-dessus. Parce que toi si ? lui dit-elle en retournant la paume de son bien-aimé. — Non… Et je crains que tu aies raison, comme toujours.
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