1.Mon nom est Goscelin, ou plus justement pour être exact, Louis Goscelin d’Arondel, car s’il faut en croire la tradition, je descends des Goscelin d’Arondel qui accompagnaient Guillaume le Bâtard dans la conquête de l’Angleterre, et qui ont encore aujourd’hui des représentants à la Chambre des lords.
Malgré cette noble origine, mon père consentit à donner son nom à une bourgeoise, fille d’un simple fabricant de papiers à Courtigis, sur les bords de l’Eure ; il est vrai que la bourgeoise était riche, tandis que le gentilhomme était pauvre.
Lorsque ce mariage se fit, mon père revenait d’Algérie où il avait difficilement conquis le grade de capitaine aux chasseurs d’Afrique, et il avait pour tout patrimoine son grade, sa croix et son nom. Naturellement on voulut empêcher ma mère de faire ce qu’on appelait une sottise : épouser un gentilhomme ruiné, un militaire, un homme sans position, sans avenir, qui n’avait pour lui qu’une élégante tournure et un esprit distingué, ce fut un concert d’observations charitables et d’avertissements effrayants dans le monde bourgeois. A ceux de ses amis qui la prévinrent que mon père n’avait que des dettes, ma mère répondit qu’elle était assez riche pour deux. A ceux qui l’avertirent que le climat d’Afrique avait ruiné sa santé, elle répliqua qu’elle serait heureuse de le soigner. A ceux enfin qui insinuèrent délicatement que le capitaine d’Arondel avait eu des aventures de Don Juan, elle fit comprendre qu’elle désirerait n’être point éclairée sur ce sujet, dont elle n’avait ni souci ni crainte, car, au cas où ces aventures seraient vraies, elle se croyait assez de tendresse dans le cœur, assez d’indulgence dans le caractère pour retenir ce séducteur et le fixer près d’elle.
En présence d’une obstination aussi malheureuse, les observations cessèrent, et il fut généralement accepté que les Dallery, qui, jusqu’alors, avaient eu la réputation d’honnêtes gens, simples et pratiques, étaient des vaniteux que l’ambition affolait.
Et cependant jamais accusation ne fut plus injuste, car ma mère était la femme la moins ambitieuse qui fût au monde, et les raisons qui la décidèrent en faveur de mon père prirent leurs causes dans des sentiments absolument opposés à la vanité.
La tradition littéraire a représenté la haute bourgeoisie du règne de Louis-Philippe comme mesquine et niaise, n’ayant d’intelligence que pour gagner de l’argent, de caractère que pour s’enfermer étroitement dans son égoïsme. Je ne sais ce qu’il y a de vrai dans ce tableau, mais il est certain que mon grand-père, le « père Dallery », comme on disait dans le commerce parisien, ne ressemblait en rien aux bourgeois de ce modèle. Bien qu’il eût été le seul ouvrier de sa fortune gagnée lentement d’abord et toujours laborieusement, il ne considérait pas l’argent comme le seul dieu qu’on dût adorer ; il avait fondé de ses deniers, à Courtigis, une école, un hospice, et quand sa fille avait commencé à grandir, il avait pris l’habitude de lui répéter comme une leçon : « Si je pensais que l’argent que je gagne ne doit servir qu’à attirer d’autre argent, je fermerais la fabrique ; ne te laisse donc pas guider par la fortune dans le choix de ton mari. » Ces paroles et cet enseignement avaient développé chez ma mère d’autres idées que celles qu’on attribue aux bourgeoises riches, et elle s’était fait un idéal de mariage qui, mieux que toutes les explications, montre en quelques mots ce qu’était son cœur.
Puisque je suis riche, se dit-elle, il faut que ma fortune serve aux autres, et je n’épouserai qu’un inventeur, un travailleur, un artiste auquel l’argent seul manquera pour réaliser ses idées.
Combien de fois nous a-t-elle raconté en souriant tristement les difficultés de ce projet romanesque ! Si la recherche d’une dot est une grosse affaire ; il paraît que celle d’un caractère en est une plus grosse encore. Et puis il y avait les embarras de mon grand-père qui ne pouvait se faire comprendre lorsqu’il refusait la main de sa fille aux prétendants n’ayant d’autres titres à faire valoir que leur fortune ou leur position : il était gai, mon grand-père, fin, railleur, il faisait de ces histoires de mariages manqués, de véritables comédies pleines de rire et de bon sens ; l’intrigue était pauvre, mais combien les types étaient réjouissants !
Mais je ne veux pas m’attarder dans ces détails ; bien que ce que j’aurais de mieux à faire probablement pour mettre un peu d’intérêt et de tendresse dans ce récit fût de parler de ma mère, je passe, puisque ce n’est pas là mon sujet. Ce que je veux dire seulement au moment où son nom se trouve sous ma plume, c’est que si j’ai pu me dégager du monde étrange au milieu duquel j’ai vécu durant quelques années, c’est à son souvenir que je l’ai dû. Quoi qu’on fasse et quoi qu’on devienne, si l’on a été élevé par une mère femme de tête et de cœur, il arrive toujours une heure où l’on s’en souvient, et alors cette heure-là suffit souvent pour éclairer notre route.
L’inventeur ou l’artiste ne s’étant pas présentés de manière à rendre leur succès possible, ce fut mon père qui prit leur place ; mais la fatalité ne permit pas que ce mariage, dont les premières années furent pleinement heureuses, eût une longue durée.
Mon père avait donné sa démission et s’était établi à Courtigis ; tandis que mon grand-père continuait à diriger les papeteries, il s’appliquait à acquérir les connaissances pratiques qui lui avaient jusque-là manqué. Pour cela il visitait les fermes des environs, les établissements industriels ; il assistait aux congrès et aux comices ; il inspectait les écoles ; il tâchait d’être utile, en un mot, à lui-même ainsi qu’à ceux qui l’entouraient. Déjà la considération lui venait et dans le pays on pensait à lui ouvrir la vie politique. Mais de son éducation militaire et de son existence toujours active, il avait gardé l’habitude et le besoin des fatigues corporelles ; il montait à cheval, et tout le temps qu’il avait de libre il le donnait à la chasse. Un soir on le rapporta à la maison tué par l’un de ses compagnons qui, dans une battue, l’avait frappé d’une balle.
J’avais alors quatre ans et c’est le premier souvenir qui me soit resté, souvenir terrible, qui a toujours flotté dans ma mémoire comme le voile de deuil qui rappelle à la veuve qu’entre elle et le monde il y a un mort.
On avait déjà annoncé deux fois que le dîner était servi, mais nous ne nous étions pas mis à table, attendant mon père. Un domestique vint dire à mon grand-père qu’on avait besoin de lui. Il rentra bientôt et sa figure était si bouleversée, que ma mère en reçut le coup de son malheur.
— Oui, dit mon grand-père répondant à son cri, il a été blessé… c’est grave.
— Il est tué ! s’écria ma mère.
Ma mère, qui avait le respect de l’enfance, ne me parla jamais de cette mort. Mais j’avais une bonne Allemande, qui n’observa pas la même réserve.
Elle était à mon service spécialement pour m’apprendre l’allemand, mais comme elle était fervente catholique, elle m’apprenait aussi des prières qu’elle croyait d’autant plus utiles à mon éducation, que ma mère et mon grand-père, fort peu dévots de cœur ou d’habitude, me laissaient dans une complète ignorance des choses de la religion. Elle jugea convenable de me tirer de cette ignorance coupable, et ce fut elle qui m’apprit ce que c’était que la mort : « Je ne verrais plus mon père, il était enterré dans un trou comme Brillante, une chienne que j’avais perdue, et même il était probablement en train de brûler dans l’enfer, un horrible endroit, plein de crapauds et de diables noirs, d’où je ne pourrais le tirer qu’en disant bien mes prières allemandes. » Quand je lui demandais pourquoi mon père était en enfer avec les méchants, lui qui était si bon, elle me répondait que c’était parce qu’il n’avait jamais voulu aller à la messe.
Je ne sais trop ce que je serais devenu avec ces intelligentes leçons, car ma mère les interrompit avant leur fructification. Peu de temps après la mort de mon père, je perdis encore mon grand-père, et ma mère trouvant de lourdes affaires que la Révolution de 1848 avait embarrassées, dut en prendre la direction pour ne pas procéder à une liquidation immédiate qui lui aurait été très onéreuse. Comme elle était vaillante et pleine d’activité, cela ne l’effraya pas trop, mais elle fut obligée cependant de ne plus s’occuper de moi comme au temps où elle était pleinement libre, et elle me donna, quoique bien jeune encore, un précepteur qui neutralisa les leçons de ma bonne.
Ce qui détermina ma mère dans le choix de ce protecteur fut une raison qui eût peut-être éloigné une femme d’un esprit moins ferme et d’un jugement moins M. Chaufour, professeur au collège de Blois, avait donné sa démission après le coup d’Etat, ne voulant pas prêter serment ; elle pensa que pour m’élever dans les idées de justice et de droiture qui étaient les siennes, elle ne pouvait mieux choisir que l’honnête homme qui à cinquante ans, sans un sou de fortune, n’avait pas hésité à sacrifier à sa conscience une position laborieusement acquise. Le malheur est que j’ai peu profité de l’éducation que cet excellent homme s’est efforcé de me donner, car si j’avais suivi ses principes, j’aurais très probablement échappé à la vie que je me suis créée, et ayant vécu paisiblement sous mon toit, n’ayant rien vu, je n’aurais rien à raconter, à moins de faire l’histoire de mon éducation elle-même. Quel portrait plein de bonhomie dans le caractère, de solidité dans le jugement, d’élévation dans l’esprit, de générosité dans les idées, je pourrais tracer du « petit père Chaufour » ! et aussi quelles drôles de caricatures alors que me donnant une leçon de géographie politique, il se laissait aller à dessiner la carte de l’univers « suivant les lois de l’humanité ». Il avait en effet inventé une géographie idéale, et chaque fois qu’une question politique se présentait en Russie, en Turquie, en Italie, bien vite il remaniait la carte de l’Europe, et en belles teintes plates roses, bleues et vertes, il fixait définitivement les limites des Etats, « de manière à concilier les intérêts matériels et moraux de chaque peuple, aussi bien que la paix du monde ».
Jusqu’à vingt ans, guidé par M. Chaufour, je n’eus qu’à suivre la route de tout le monde. Mais lorsque j’eus terminé mes classes à Bonaparte, une difficulté se présenta dans ma vie jusqu’alors si facile. Que faire ? Quelle carrière prendre ?
A vrai dire, cette difficulté n’existait pas pour moi. A quoi bon telle ou telle carrière ! Pourquoi en choisir une, celle-ci ou celle-là ? Celles qui ne m’étaient pas antipathiques m’étaient indifférentes. Je savais que je serais maître un jour d’une belle fortune, pourquoi m’imposer les ennuis et les fatigues d’un métier ? Etait-il possible que moi, Louis Goscelin d’Arondel, je prisse la maison de commerce de mon grand-père ! Mettre mon nom sur des factures, qu’auraient dit mes aïeux ? Entrer à l’Ecole polytechnique, je n’aurais osé ; à Saint-Cyr, je n’aurais daigné. D’ailleurs, ma mère avait une telle horreur de la vie militaire que je n’aurais pas voulu lui faire le chagrin de me voir soldat. Il restait encore les fonctions du gouvernement, le Conseil d’Etat, les sous-préfectures, le ministère des Affaires étrangères. Mais ce n’est pas impunément qu’on vit en contact journalier avec un précepteur honnête homme et républicain. A cette école, j’avais appris le mépris de l’Empire ; je me serais déshonoré à mes propres yeux en devenant un de ses fonctionnaires actifs.
Si les papeteries eussent été en prospérité, ma mère avec son solide bon sens m’en eût peut-être imposé la direction ; mais comme elle s’était contentée de les faire marcher tant bien que mal sans essayer de lutter contre la concurrence, elle ne voulut pas me charger, à mon entrée dans la vie, d’une affaire qui se soutenait difficilement. Après bien des conseils tenus, bien des avis donnés et discutés, on s’arrêta donc à une solution qui n’en était véritablement pas une : on attendrait, et en attendant je ferais mon droit.
Qu’un garçon de vingt ans, livré à lui-même, travaille lorsqu’il sait que chaque effort qu’il fait le rapproche d’un but déterminé, cela est tout naturel et se comprend facilement ; mais lorsque ce but manque, lorsqu’on doit travailler pour travailler, pour rien autre chose que pour le plaisir, et que ce plaisir se trouve tout au fond du Digeste et du Code civil, cela est bien différent, et ceux qui se plient volontiers à cette règle sont, je crois, assez rares.
En tout cas, je ne fus pas de ceux-là. Ma mère, en m’établissant à Paris, avait voulu laisser près de moi « le petit père Chaufour » ; mais bien que le bonhomme fût, en réalité, fort peu gênant, je n’en voulus point ; j’avais soif d’une liberté complète. Et après avoir longuement protesté contre l’injure qu’on me faisait en m’imposant un surveillant, je finis par convaincre ma mère que je devais m’habituer à me conduire moi-même et à user de ma responsabilité : on n’est homme que par le libre-arbitre.
Pendant que M. Chaufour restait à Courtigis, où il se fixait, je m’installais dans un appartement de la rue Auber, avec le confortable d’un garçon qui peut se passer toutes ses fantaisies. C’était, il est vrai, un peu loin de l’Ecole de droit, mais les étudiants de mon espèce n’étaient pas faits pour le Quartier latin.
Etudiant, je le fus bien peu, et seulement par la grâce de ma première inscription, car je n’allai pas au cours plus de quatre ou cinq fois. Tous les soirs, il est vrai, je recommandais à mon valet de chambre de m’éveiller le lendemain matin, mais s’éveiller et se lever sont loin l’un de l’autre, surtout lorsque se rendormir se trouve entre les deux.
J’avais fait, au collège Bonaparte, connaissance avec quelques jeunes gens qui, comme moi, n’avaient d’autre but dans la vie que de continuer leurs parents. Riches, inoccupés de corps comme d’esprit, nous nous liâmes, et nous mimes en commun nos relations ; bientôt je fus lancé en plein dans le high life parisien.
En moins de deux années, je m’y fis un nom, je ne dis pas célèbre, mais au moins connu. Qu’on ouvre un journal de sport de cette époque, qu’on mette la main sur un vieux programme de courses, on me trouvera parmi les gentlemen qui s’illustraient à la Marche, à Porchefontaine, à Chantilly ; qu’on interroge la petite Chose des Folies, la grosse Machin des Bouffes, et bien que de terribles événements se soient passés depuis ce temps-là, elles se souviendront de moi, car les meilleures mémoires sont, comme chacun le sait, celles qui s’exercent le plus, et celles de ces dames ont beaucoup travaillé.
Quelle existence que celle de ce monde pendant les dernières années de cette époque prospère qu’on appelle le Second Empire, et comme elle était faite pour former les caractères, élever les esprits et enrichir le cœur ! Cependant combien souvent j’ai vu de jeunes commis de magasin ou de clercs de notaires me regarder avec envie lorsque le dimanche je montais les Champs-Elysées dans mon phaéton, au grand trot de mes pur-sang, pour me rendre à Longchamp, ma carte de pesage voltigeant à une boutonnière ; ou bien encore lorsqu’un soir de première représentation, j’entrais dans une avant-scène des Variétés ou des Folies pour honorer de ma présence et de mes applaudissements les trois mots dits à faux par la petite Chose ou la grosse Machin ! mon gilet en cœur et la fraîcheur de mon gardenia tiraient les regards ; on se parlait à l’oreille, et j’étais une curiosité.
Comme ces pages peuvent tomber sous les yeux de ceux qu’alors j’ai éblouis, je veux leur dire ce qu’était la journée de ce mortel fortuné qu’ils enviaient.
Seulement je ne sais trop par où commencer, soir ou le matin. Pour me conformer à l’usage, je commence par le matin, bien qu’en réalité ma journée ne s’ouvrît guère qu’à l’heure où le soleil disparaît. Levé entre midi et deux heures, selon la fatigue de la veille, je déjeunais, puis ensuite je faisais une courte visite à celle de ces dames qui m’intéressait pour le moment. Pour ce que nous avions à nous dire, il fallait peu de temps : veni, vidi, vici ; le sentiment seul se perd dans les bavardages, et c’est pour cela que les honnêtes femmes, qui ont une faiblesse, regardent comme fabuleuses les histoires qu’on leur raconte sur le monde des drôlesses : « Où trouveraient-elles du temps pour tout cela ? » se demandent-elles naïvement. Libre de ce côté, je m’en allais aux Champs-Elysées où je me faisais donner les jeunes chevaux difficiles qui venaient d’arriver ; car c’est un préjugé de croire qu’on monte un cheval de course comme un poney ; il faut pour le tenir des bras solides, et ces bras ne s’acquièrent que par un travail régulier. Pendant plusieurs années, je n’ai jamais manqué ce travail, et c’est à lui que je dois mes succès sur le turf ; en même temps, je lui dois aussi ma bonne santé que rien n’a pu déranger. C’était après dîner que ma vraie journée commençait, si j’allais au théâtre vers minuit, sinon vers dix heures. Alors jusqu’à cinq heures, six heures, sept heures du matin, je restais assis devant le tapis d’une table de jeu, et si j’en étais encore au temps de ma gloriole, je dirais que je restais là sans jamais me lever et sans jamais avoir besoin de demander ces ustensiles que dans les cercles les mieux tenus on présente sérieusement aux joueurs qui ne veulent pas quitter la place. Les dimanches seulement ce programme subissait une modification : ces jours-là, pour aller aux courses, je me levais à onze heures, de là l’air si profondément endormi que je portais au ring.
Pendant cinq années, je menai cette vie régulière, qui est beaucoup plus absorbante qu’on ne pourrait le croire. Qu’on me demande ce qui, pendant ces cinq ans, s’est passé dans les sciences, les lettres et les arts, la politique, je n’en dirai pas un mot ; tout ce que je sais, c’est à quelle saison Altaras a fait sauter la banque d’Allemagne, combien le prince Lemenof a perdu, et combien de fois Blanc-de-Perles a vendu son mobilier.
Enfin, au bout de ces cinq ans, il fallut s’arrêter. Au mois de mai 1869, après un hiver où j’avais été horriblement malheureux, j’espérai me rattraper en me mettant sur l’écurie Lagrange, et ce fut l’écurie Schickler qui gagna.
J’allai trouver ma mère.
— Il faut payer, me dit-elle sans un mot de reproches ; seulement, mon cher enfant, je crois que tu devrais t’arrêter ; en cinq ans tu as dépensé près d’un million, il ne nous reste que notre maison de la rue de Rivoli qui rapporte 40.000 francs et les usines de Courtigis : que veux-tu ?
Je déclarai que je voulais quitter Paris et entrer dans les haras. A ce mot, ma mère se récria. Mais je n’étais propre à rien ; la seule science que je connusse, si science il y a, était celle du cheval ; je voulais ne m’employer qu’à ce que je connaissais. Quelle chute pour ce fils qu’elle avait tant aimé et caressé de tant d’espérance ?
Nous fîmes agir nos amis, et deux mois après j’entrais dans l’administration des haras, en résidence à Tarbes.
En arrivant dans cette ville, je trouvai mon prédécesseur en proie à la fièvre du départ.
— Si vous comptez vous amuser dans cette noble cité, me dit-il, il faudra en rabattre, Tarbes n’est pas gai ; cependant, si vous êtes de complexion sentimentale et amoureuse, vous pourrez passer encore quelques bonnes soirées dans la maison Bordenave.