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Il fallut effectivement des jours et des jours pour établir la liste de propriétaires de huttes. Une cinquantaine de noms reportés sur deux feuillets que Paul triturait d’un air songeur.
Plutôt du beau monde, médecins, agents immobiliers, avocats, notaires, vétérinaires, industriels. Quelques gros paysans. Et puis des sociétés… Des gens du coin, des gens d’Abbeville, des Lillois, des Belges, des Anglais, des Parisiens, un Hollandais, des Luxembourgeois, mais définitivement rien qui se rapproche des deux types aux 206 rouges déjà interrogés…
Paul avait commencé par chercher à localiser le cabriolet 206, en croisant les identités des propriétaires de huttes et de voitures. Deux noms étaient sortis du chapeau. Par chance, ils n’habitaient pas loin. Le procureur avait donné son accord. Duval délégua Paul pour mener les recherches.
Première adresse : un retraité d’Abbeville. Pas de bol, au moment des faits, il était parti, avec sa femme, sa voiture et son chien, voir sa fille à Nice. Méticuleux comme un vieux, il gardait tous ses justificatifs pour vérifier que la banque ne l’entubait pas. Il avait tous les tickets d’autoroute bien rangés dans son tiroir, à côté d’un cahier où il notait toutes ses dépenses…
Deuxième adresse : une maison de campagne, qui n’ouvrait selon les voisins qu’au moment des vacances ou des dimanches aux beaux jours… Paul apprit que les propriétaires étaient de Paris. Il ne les avait pas trouvés par Internet, ils étaient en liste rouge, mais les télécoms avaient lâché l’adresse. En peu de temps, il avait leur numéro.
« Monsieur Bernier ?
– Lui-même. À qui ai-je l’honneur ?
– Gendarmerie Nationale. Vous êtes bien propriétaire d’une 206, immatriculée 1475 PRI 75 ?
– Oui… Pourquoi, qu’est-ce que j’ai fait ?
– Vous avez été flashé en excès de vitesse sur la route départementale 20, dans la nuit du quinze au seize avril.
– Quoi ? Quelle route départementale ? Quelle nuit ? C’était quoi d’abord comme jour ce quinze avril ? Oui, Agnès, c’est la Gendarmerie. Excusez-moi, c’est ma femme…
– Je m’en doute, je ne m’appelle pas Agnès. C’était la nuit du samedi quinze au dimanche seize. Vous étiez venu en week-end ?
– Ah oui, le week-end. Excusez-moi. Mais tu sais bien, chérie, c’était le jour de mon congrès. Mais, au fait, elle est où votre route départementale vingt ?
– Entre Abbeville et Saint Valéry sur Somme. C’est bien à côté de votre maison, non ?
– Oui, oui, j’ai une maison, mais…
– Et vous êtes chasseur, non ?
– Oui, et alors, c’est un crime ? Mais je ne pouvais pas être là-bas, je ne suis pas allé dans la Somme de tout le mois d’avril… Mais non chérie, ils se trompent forcément, puisque j’étais en congrès, à Montbéliard…
– Vous y avez été comment, à ce congrès, en train, en avion, vous avez des tickets, des preuves ?
– Non, j’y suis allé en voiture. Mais vous allez arrêter de me questionner comme si j’étais un assassin ! Vous ne voyez pas que vous inquiétez ma femme !
– Prenez-le sur un autre ton, c’est une affaire sérieuse. Vous feriez bien de me dire où vous étiez exactement cette nuit du quinze au seize avril !
– Mais c’est un monde ça, comment ça une affaire sérieuse pour une connerie de P.V. à la con, et qui vous permet de mettre ma parole en doute, devant ma femme ! Foutez-moi une amende, vous n’êtes bons qu’à ça, mais foutez-nous la paix !
– Expliquez-moi d’abord pourquoi vous avez été photographié en excès de vitesse sur cette route, au lieu de me faire votre numéro. Vous avez intérêt à trouver une explication sérieuse, sinon je vous garantis que demain vous avez le panier à salade en bas de chez vous, pour entendre vos explications chez mes collègues de Paris !
– Ah non, mais c’est un monde ça ! Mais, Agnès, si je te dis que j’étais à ce congrès et pas sur cette p****n de route départementale ? Tu ne vas pas t’y mettre aussi, non ? Merde, p****n de route départementale, j’aime pas les routes départementales, j’aime pas votre pays de merde et de bouseux !
– C’est à moi que vous parlez ?
– Non, c’est à mon chien !
– Vous êtes bien nerveux !
– Attendez, attendez, on se calme, il doit y avoir un malentendu, puisque je ne pouvais pas être dans la Somme à ce moment-là ?
– Alors, vous avez des témoins ? Vous aviez prêté votre voiture ? Pourtant, il y a la photo, non ?
– La photo, la photo. Mais qui il y a, sur la photo ? Enfin, euh, j’étais seul, enfin, je veux dire il n’y a pas ma femme ? Oui, je sais, Agnès, tu ne m’as pas accompagné à ce congrès, mais le Monsieur se trompe peut-être de date ?
– Ben tiens ! Non, je ne me trompe pas de date. Et si vous veniez vous expliquer, ça ne serait pas mieux qu’au téléphone ?
– Si, si. Sûrement. Quelle date vous me disiez, quinze avril ? Ça alors, c’est quand même extravagant.
– Extravagant ou pas, je vous conseille de venir vous expliquer sans délai.
– Vous êtes ouverts le samedi ?
– Monsieur, nous sommes la Gendarmerie Nationale, service public. Je veux vous voir samedi prochain, neuf heures, dans mon bureau.
– Bon, d’accord, je viendrai. Je demande qui ?
– Beauvillain.
– Beau comment ?
– Comme vilain.
– Ah bon. Samedi. D’accord. Euh, je viens seul ?
– Vous voulez emmener votre avocat ?
– Hein ? Mon avocat ?
– Ou alors, votre chien, pour témoigner ?
– Ne vous foutez pas de moi ! Mais ma femme ?
– Quoi, votre femme ? Vous dites qu’elle n’était pas avec vous, il faudrait savoir !
– Bon, bon d’accord. Non, Agnès, le Monsieur de la Gendarmerie veut absolument que je vienne seul. Samedi, neuf heures, sans faute. Au revoir Monsieur… Monsieur… Monsieur ! »
Paul sentait du mou, le type était foireux. Pourquoi ce bonhomme faisait dans sa culotte à propos de sa femme. Nuit à la hutte, champagne, petites femmes et parties fines, peut-être que c’était Duval qui était dans le vrai.
Et quand on pense à Duval, la narine frémit… L’odeur fit retourner Paul, son chef était dans l’encoignure de la porte à le regarder.
« Gendarme Beauvillain, vous l’avez cette photo ?
– Non, évidemment. Mais le type n’est pas franc. Je crois qu’on tient une piste.
– Méfie-toi, Beauvillain, c’est pas catholique comme méthode. T’es qu’un débutant, suffisait de le convoquer sans lui donner d’explications. Si ce type se rencarde auprès d’un avocat, il peut te faire un maximum d’emmerdes, et à moi par la même occasion, pour t’avoir lâché la bride sur ce dossier…
– Chef, je vous dis que je sens le coup foireux. C’est vous qui aviez raison. Il a planté sa femme sous un prétexte quelconque, et il s’est pointé dans la résidence secondaire avec maîtresse et capotes. Manque de bol, il est tombé sur un gusse qui sifflait son champagne. Ça s’est mal passé, ils se sont battus, l’autre a pris un coup sur la tête, et le bourgeois n’a rien trouvé de mieux que d’effacer les preuves à coups de fusil. Ça se tient, non ? C’est vous qui aviez raison !
–Écoute mon garçon, si tu le serres, personne ne trouvera à y redire. Mais si tu te gourres de client, ou, pire, si tu ne t’es pas gourré mais que tu ne trouves pas de preuves, il se défendra à mort. Arrange-toi pour ne pas te planter dans la procédure, ni faire de fantaisies, parce qu’elles te retomberaient sur le nez immédiatement. Crois-moi, un richard ou un clodo, ça se cuisine pas à la même sauce.
– Richard ou clodo, il faut qu’il passe à table !
– D’accord, mais si tu navigues, si tu fais dans le faux indice pour faire craquer un suspect, ne laisse pas de traces. Fais-moi ça propre et net, n’oublie pas que notre Ministère, c’est l’armée.
– Ouais… Oui Major ! »
En attendant le samedi et la confrontation, Paul continua de travailler sur sa liste. Le plus compliqué, c’était de trouver qui était derrière ces sociétés, certaines n’étant pas françaises.
La 206 paraissait de plus en plus être le bon fil pour dénouer l’affaire. Comme l’inconnu avait été tué le dimanche vers dix heures du matin, on pouvait raisonnablement penser que quelqu’un avait pu voir le véhicule. En plus, une voiture genre cabriolet, modèle récent, en pleine cambrousse, ça se remarque. Un vieux, un facteur, le boulanger, n’importe qui… Il aurait fallu une description du conducteur, le vieux de Boismont s’était laissé trop embarquer dans la ressemblance qu’il trouvait avec les types du pavillon de chasse.
L’identification du mort par contre n’avançait pas. Aucune disparition enregistrée à proximité. Duval avait décidé de transmettre l’avis aux départements voisins, en demandant de signaler tous les cas, individu mâle de race blanche, soixante ans environ. Jusque là, les résultats étaient maigres, à part la fugue d’un vieux échappé à vélo de l’Hospice de Saint Riquier, à une vingtaine de kilo-mètres. Mais manque de bol, il était unijambiste. L’histoire ne tenait pas debout.
La recherche des chiens ne donnait rien non plus. Le Courrier Picard abreuvait la Gendarmerie d’annonces de chiens trouvés, à des kilomètres à la ronde. Rien ne concordait. Soit les chiens avaient été trouvés avant la bonne date, soit il s’agissait de cadors incapables de faire deux kilomètres à pied, des chienchiens grassouillets et agressifs en panne de « Shéba pour dire je t’aime », tellement hargneux que les protecteurs de la chiennerie perdue finissaient par chercher un moyen de s’en débarrasser. Bref, rien qui ressemble raisonnablement à un chien de chasse égaré dans la baie de Somme.
Duval à nouveau n’arrêtait plus de pester. Il se promettait chaque matin de dire au canard d’arrêter ses conneries, mais oubliait dans la journée avec la même régu-larité, absorbé par le mystère du glaçon qui aurait dû fondre dans l’alcool, puisque l’alcool c’est antigel.
Enfin, le samedi venu, le Parisien s’était présenté.
Il était bedonnant et crânu, des gouttes perlaient sur son front chauve dès le matin, et les yeux roulaient derrière les lunettes. Dès le premier instant, Paul le détesta.
« Alors, Monsieur Bernier, vous êtes calmé ? Asseyez-vous ! »
Le type s’exécuta de mauvaise grâce. En plus d’être laid, il était habillé sportif de ville, le style négligé pure laine, et sentait la sueur et l’eau de toilette. À mesure qu’il se tassait sur sa chaise, Paul au contraire se redressait, le dominant d’un regard noir. Il ne disait rien, regardait circulairement la pièce, avant finalement de se plonger dans l’admiration fixe d’une gravure reproduisant le gendarme à cheval, modèle 1906.
Le silence devenait pesant. Paul le rompit en tapant sur le clavier de l’ordinateur qui était branché devant lui, un reliquat de ces abominables Bull Questar dont toutes les administrations avaient été abreuvées, aussi lent à connecter que le stock était long à disparaître.
« État civil !
– Bernier Patrick, né le 2 mars 39 à Beauvais… Euh, dans l’Oise.
– Je m’en doute ! Marié ?
– Marié, un fils.
– Quel âge ?
– Dix-neuf ans.
– Permis de conduire ?
– Vous voulez voir mon permis ?
– Non. Votre fils, permis de conduire ?
– Non. Mais vous n’allez pas mêler mon gosse à vos histoires, maintenant ?
– Ce n’est pas mon histoire, c’est la vôtre. Pourquoi mentez-vous ?
– Non mais, je ne vous permets pas !
– Vous n’étiez pas à Montbéliard.
– Qui vous a dit ça ?
– Vous allez me le dire. Je vous écoute.
– Il y avait le congrès national de l’horlogerie-bijouterie.
– Oui.
– J’étais… inscrit…
– J’étais… inscrit… et je n’y suis pas allé, un peu de nerf, Monsieur Bernier ! Vous n’y êtes pas allé parce que vous aviez à faire dans la Somme, vous aviez rendez-vous, vous êtes allé dans votre maison de campagne, avec votre voiture. Et puis vous avez eu une mauvaise surprise. Parlez, expliquez-vous, il y a des choses qu’on peut entendre et comprendre ! Sinon, je vous préviens, c’est la garde à vue, votre voiture passée au labo, votre femme interrogée, votre fils interrogé, votre concierge interrogé, vos voisins interrogés !
– Mais pourquoi vous me dites tout cela ! Qu’est ce que vous voulez me coller sur le dos ? Il y a eu un accident, hein c’est ça, et vous voulez me le mettre sur le dos ! Mais ça ne se passera pas comme ça, vous ne savez pas à qui vous avez affaire !
– J’ai affaire à Monsieur Bernier Patrick, qui ment.
– Je veux parler à mon avocat !
– Plus tard. Vous en aurez toute l’utilité, plus tard. Vous allez plaider la légitime défense ? Peut-être qu’il vous a agressé, l’autre ? Vous vous êtes défendu, il y a eu bagarre, et puis un mauvais coup, et vous vous êtes affolé ?
– Mais je ne comprends rien. Qu’est ce que vous voulez me mettre sur le dos ? Un accident, une bagarre !
– Meurtre ! »
Bernier devint pâle comme un mort, la rosée qu’il avait sur le front coula en rigoles dans son col. Les yeux papillotaient derrière les lunettes, qu’il retira après un long moment de silence, pour les nettoyer avec son mouchoir.
Beauvillain l’observait fixement, silencieusement, il tourna l’écran de l’ordinateur, rapprocha sa chaise, disposa le clavier et se mit ostensiblement en position confortable pour écrire.
« Maintenant, j’écoute. »
– Il y avait ce congrès. Vous savez, ce n’est pas marrant un congrès professionnel…
– …
– Il y avait ce congrès, j’étais inscrit, parce que dans ma profession, j’ai pignon sur rue, vous savez. Aux prochaines élections professionnelles, je devrais être élu à la direction régionale. Et puis je siège au Tribunal de Commerce. Bon. Cela vous intéresse ?
– …
– Alors qu’est-ce que vous voulez ?
– La nuit du quinze au seize avril, et le seize avril à dix heures du matin.
– La nuit du 15 au 16. Du samedi au dimanche, c’est ça ?….
Oui, c’est ça…
J’étais à l’hôtel. J’ai quitté le congrès après le repas samedi soir.
– Seul ?
– Non.
– Quel hôtel, avec qui, quels témoins ?
– Dans ma situation, ça me gêne terriblement.
– Avec qui, quels témoins ?
– Je ne peux pas le dire.
– Ni le nom de l’hôtel ?
– Non plus. J’étais avec une femme.
– Tous les goûts sont dans la nature.
– Pardon ?
– Nom, adresse, téléphone.
– Je ne peux pas. Vous ne comprenez pas ?
– Alors je note : je refuse d’indiquer mon emploi du temps pour la nuit du quinze au seize avril. Ça vous va ?
– Non, non, je ne refuse pas. Mais c’est quoi votre affaire ?
– Meurtre.
– Vous l’avez déjà dit, mais quand, où ?
– À votre avis, si je vous demande votre emploi du temps la nuit du samedi quinze avril, c’est pour vérifier l’audimat de Canal Plus ?
– Je ne pouvais pas être dans la Somme, puisque j’étais au Congrès à Montbéliard jusqu’au repas du soir. Je les ai quittés vers vingt et une heures.
– Je vérifierai. Noms des témoins ? Et la suite, parce que même si vous ne mentez pas, rien ne vous a empêché de filer ensuite vers le Nord. Par l’autoroute, il ne faut pas trois jours. Reprenons. J’ai assisté à un Congrès à Montbéliard, que j’ai quitté après le repas vers 21 heures. Plusieurs personnes m’ont vu, dont je donne le nom et le téléphone. Ca vous va ?
– Oui oui, très bien, enfin vous reconnaissez que je dis vrai.
– J’enregistre votre déclaration. Je vérifierai. C’est tout. Le nom de vos témoins. »
Paul scrutait son écran d’ordinateur, gardant les mains suspendues au-dessus du clavier. Bernier avait recommencé à se dandiner, et à promener ses fesses grassouil-lettes sur la moleskine du siège. La poussée de sueur était violente et commençait à auréoler les dessous de bras. L’odeur douceâtre de la trouille envahissait la pièce. Paul recula la chaise, posa les mains à plat sur le bureau, releva les lèvres dans un rictus silencieux.
Bernier essayait désespérément de réfléchir, perdant pied à vue d’œil, cherchant l’inspiration toujours dans la même gravure au mur. Il paraissait s’abandonner peu à peu à la panique.
« Reprenons. Mes témoins sont ? »
Le gros homme venait d’avoir une idée. Il s’était épongé le front avec la manche, sans élégance et plongea la main dans la sacoche qu’il portait avec lui :
« Attendez. Bernard, horloger, rue de Réaumur, Christian, bijoutier, boulevard de Sébastopol. Voilà, ça me revient. Bon, ça vous va ?
– Je note, il sera toujours temps de vous dire plus tard si vos témoins sont crédibles. Quand vous les appellerez, n’oubliez pas de leur rappeler les sanctions prévues au Code Pénal pour faux témoignage… Passons à la suite des festivités. Du samedi vingt et une heures au dimanche dix heures…
– Je ne dirai rien de plus. Je ne peux pas être parti de Montbéliard à vingt et une heures pour arriver dans la Somme la même nuit. Au fait, je serais curieux de voir cette photo dont vous m’avez parlé au téléphone.
– Pièce à conviction. Si vous êtes mis en examen, votre avocat aura tout le loisir de la consulter. Et pour le moment, vous êtes bien sur le chemin. Vous dites que vous étiez à l’hôtel. Vous avez payé par carte bleue ?
– Non.
– Chèque ?
– Non plus.
– Vous avez bien vu quelqu’un, portier, femme de chambre ?
– Je ne dirai rien.
– Comme vous voulez. Je note pour mon emploi du temps de vingt et une heures à l’aube je refuse de répondre aux questions. Le Juge d’instruction appréciera. Quelque chose à ajouter ?
– Oui : pour raisons personnelles d’éthique.
– Et ça ne vous fait pas mal ?
– Quoi ?
– L’éthique.
– Moi, je suis un honnête commerçant. J’ai une famille à protéger, des valeurs.
– Et des biens. Des réserves de champagne, de foie gras dans la maison de campagne.
– Non mais, vous êtes communiste ! Du foie gras ! J’ai du riz, des conserves, c’est un crime ? Vous allez m’accuser de marché noir ?
– Avez-vous dans vos réserves du champagne ?
– Non !
– Je déclare n’avoir stocké dans ma maison ni foie gras, ni champagne. D’accord ?
– Mais c’est le goulag !
– Et dans votre hutte, avez-vous des provisions stockées ?
– Quoi, dans ma hutte ? Mais vous êtes cinglé ! Vous me prenez pour un trafiquant maintenant ?
– Je vous demande de me répondre : avez-vous, avez-vous eu des provisions stockées dans votre hutte ?
– Non ! Voilà, vous êtes content !
– Je déclare n’avoir stocké aucune nourriture dans ma hutte de chasse. Ne vous faites pas d’illusions, je vérifierai absolument tout ce que vous avez déclaré. Autre chose à ajouter ?
– Foutez-moi la paix !
– Je déclare n’avoir rien à ajouter. Signez. »
Le gros type s’était levé. Sous ses fesses, les plis du pantalon étaient marqués d’humidité. Il demanda une copie de sa déposition, que Paul lui refusa, il sortit sans dire au revoir. S’il avait été courageux, il aurait claqué la porte.